jeudi 15 septembre 2016

Rencontre avec Thomas Pesquet - Mission Proxima / Paris le 15 septembre 2016


Thomas Pesquet est à 60 jours de son envol vers la Station Spatiale Internationale prévu le 15 novembre prochain. Il est dans ''la dernière ligne droite''.

Il vient de terminer la semaine dernière son entraînement à Houston et va retourner pour les quelques deux mois qui restent en Russie. Et pendant un court laps de temps, quinze jours, il est à Cologne au centre d'entrainement des astronautes européens pour des derniers préparatifs, réglages, examens, mesures, travailler sur les expériences françaises dont il aura la charge à bord, etc...
Et ce jeudi, il était sur Paris pour rencontrer différents médias. Il est ainsi venu au petit-déjeuner presse de l'AJPAE (Association des Journalistes Professionnels de l'Aéronautique et de l'Espace) afin de nous parler de sa mission.



Il avait déjà fait une conférence de presse le mois dernier via visioconférence depuis Houston :
Visioconférence de Thomas Pesquet (cliquez sur ce lien en jaune)


Décollage le 15 novembre à 23h05 (heure de Paris)

<< Le décollage est prévu le 15 novembre prochain à 23h05 heure de Paris. Nous serons (avec ses deux collègues Peggy Whitson et Oleg Novitsky) l'Expedition 50. Nous rejoindrons les trois premiers membres de cet équipage qui part pour l'ISS le 23 septembre prochain. Et eux, lorsqu'ils rentreront sur Terre, nous deviendrons Expedition 51. >>

<< Pour le retour, cela est un peu avancé pour le moment à la mi-avril 2017, mais nous sommes dans le spatial, cela peut encore changer et glisser vers le mois de mai, comme prévu à l'origine. >>


J'ai les meilleurs des collègues avec moi

<< J'ai l'habitude de dire que Peggy ''a construit'' la station spatiale. Elle a déjà volé deux fois en mission longue durée (ndlr = 376 jours à bord de l'l'ISS à ce jour), a déjà fait 6 sorties extra-véhiculaires (EVA), a été chef des astronautes de la NASA. C'est quelqu'un avec un palmarès exceptionnel, un passé très impressionnant. 
Je ne suis pas intimidé, car Peggy, au-delà de tout ça, est quelqu'un d'extrêmement facile à vivre, et c'est une de ses plus grandes qualités. 
C'est aussi grâce à cette qualité qu'elle a plusieurs vols à son actif. Il faut avoir aussi un esprit d'équipe pour être astronaute. >>

<< Je suis très content de voler avec elle. Elle a plein de choses à m'apprendre. C'est mon premier vol, et s'il y a quelque chose que je ne sais pas, je sais que je peux demander à Peggy. C'est hyper confort pour moi ! 
Ce sera son dernier vol certainement et elle est contente de faire la transmission avec la nouvelle génération. >>

<< Oleg est un militaire russe, c'est son deuxième vol. C'est aussi le mec le plus sympa de la Terre. >>

<< J'ai beaucoup de chance de voler avec ces deux-là, et on s'entend super bien ! C'est important de bien s'entendre lorsque l'on part six mois dans l'espace. ça marche super bien et je suis content ! >>

(Crédit : NASA)

C'est effectivement un rêve qui va se réaliser

<< C'était un rêve d'enfant. Je pense que c'est le rêve de beaucoup de petits enfants, mais le problème, c'est que la plupart des gens abandonnent leur(s) rêve(s) en route au fur et à mesure qu'ils avancent dans la vie. Mais c'est possible ! >>

<< Je pense aussi qu'il faut en avoir sacrément envie ! Ce n'est pas forcément facile tous les jours. On voit toujours le côté sympa, mais bon, c'est la faute des astronautes aussi, car on n'arrête pas dire ''Regardez, comme c'est beau''. Mais c'est énormément de boulot, d'investissement de soi, de sacrifices. >>

<< C'est un rêve qui va se réaliser - En même temps, on en parlera lorsque je serai dans la station. Pour l'instant, c'est un peu virtuel. Cela fait 7 ans que je me prépare et la réalisation du rêve se fait de plus en plus proche. >>


La capture par le bras robotique est quelque chose de sympa

Il y aura plusieurs vaisseaux cargo qui viendront ravitailler la Station Spatiale Internationale. Cela va du Dragon de Space X au HTV japonais, du Cygnus d'Orbital au Progress russe.

<< On devait avoir la visite d'au moins deux Dragon de Space X, un en début de mission, un à la fin, mais avec l'explosion du lanceur Falcon en début de mois, je ne suis pas sûr qu'on verra les deux Dragon. On verra certainement le deuxième, à la fin de la mission. >>

<< Trois Progress doivent arriver pendant la mission. Les vaisseaux Progress sont des capsules Soyouz inhabitées et sont lancés par des fusées Soyouz qui sont les mêmes fusées qui lancent les capsules habitées qui s'appellent Soyouz - il y a souvent confusion. >>

<< La capture par le bras robotique est vraiment de quelque chose de sympa, que les astronautes aiment faire, même si bien sûr, il ne faut pas se planter ! >>

<< Le HTV japonais doit arriver en décembre pour emmener des nouvelles batteries pour l'extérieur de l'ISS. >>


J'espère bien faire une EVA - Je suis prêt à faire une EVA

<< Il y a 4 sorties extra-véhiculaires de prévues - deux en début de mission et deux en fin de mission. J'espère bien en faire une  ! J'espère bien faire une EVA - je suis prêt à faire une EVA. J'ai fait une vingtaine d'entrainements en piscine pour cela. >>


On peut évacuer la Station Spatiale en moins de 20 minutes

<< Parmi les dangers, il y a le feu, un trou dans la coque avec dépressurisation et des produits toxiques qui peuvent se répandre, liquides ou gaz. En cas d'extrême danger, on peut évacuer la station en moins de 20 minutes par le Soyouz. Cela ne veut pas dire que nous allons rentrer sur Terre en 20 minutes. Mais une fois quittés la station, nous serons à l'abri dans notre capsule. >>

<< En apesanteur, les produits toxiques se répandent très vite. On se prépare bien sûr à ce genre d'accident et nous avons les équipements adéquats. On a des masques, comme celui de la photo, contre les fuites de produits toxiques comme l'ammoniac qui est utilisé à l'extérieur pour le refroidissement thermique de la station. Ce genre de produit ne devrait pas se trouver à l'intérieur, mais nous avons des scénarios extrêmement improbables qui nous entraînent à faire face à cette situation. Tout ça est prévu d'avance, il n'y a pas d'improvisation. >>

<< Ces procédures d'urgence sont énormément travaillées, préparées. Nous sommes extrêmement bien entraînés. On passe beaucoup de temps sur ces scénarios là. Même une fois à bord, on continue de s'entraîner. >>

<< Le risque d'un feu extrêmement grave, voir non contrôlé comme vous dites, à bord de l'ISS, est plus que très improbable. Même s'il y avait le feu à bord, il serait très vite maîtrisé. Nous avons toutes les sortes d'extincteurs à bord, eau, mousse, CO2 - bien sûr, il ne faut pas se tromper d'extincteur. En apesanteur, un feu ne peut pas se propager par convection. Il fois qu'il a utilisé l'oxygène autour de lui, il s'éteint de lui-même. >>


(Apprentissage au massage cardiaque et ventilation artificielle / Crédit : NASA)

Le problème de l'eau dans le scaphandre est réglé

En juillet 2013, l'astronaute italien de l'ESA Luca Parmitano avait eu lors d'une sortie extra-véhiculaire une poche d'eau importante qui s'était formée à l'intérieur de son scaphandre et qui était remontée dans son casque. Il avait dû rentrer en urgence à bord pour ne pas finir ''noyé''.
(voir l'interview de Luca Parmitano racontant cet incident en cliquant sur ce lien en jaune)

<< Le problème d'eau dans le scaphandre est réglé. On a changé la manière dont on sépare l'eau (l'humidité produite par le corps) et l'air ambiant de scaphandre qui consistait à un séparateur qui tournait à 30 000 tours/min et qui était dans le sac à dos. Cette manière de faire a été un peu changée et depuis il n'y a pas eu de nouvel incident. Puis on a ajouté un système absorbant dans le casque derrière la tête de l'astronaute. 
Maintenant, cela fait partie des procédures et à l'entraînement au sol, une fois dans le casque, on remue la tête d'avant en arrière, pour essayer de ressentir l'eau versée par les instructeurs, afin de s'habituer à cette sensation, et donc à pouvoir vite réagir si cela se produit en EVA. >>


Dans l'ISS, nous sommes reliés en permanence à la Terre

Il n'y a pas de problèmes de communication avec la station spatiale car celle-ci se trouve en permanence reliée avec le sol grâce à une constellation de la satellites géostationnaires. La visibilité communication est donc couverte à 95% environ. Les 5% étant la ''perte'' en puissance des signaux lorsque cela passe d'un satellite à l'autre.

<< Cela nous permet de travailler efficacement avec le centre de contrôle, de communiquer avec sa famille régulièrement, de faire des conférences depuis là-haut, d'envoyer des emails, de skyper. >>


C'était la version sprint, et là, on passe à la version marathon

Thomas Pesquet a été doublure par deux fois. La première, c'était l'année dernière, en étant la doublure d'Andreas Mogensen, premier danois dans l'espace.

<< Comme le vol était un vol court, 10 jours, et bien il a fallu concentrer les moyens sur 10 jours au lieu de six - c'est pour ça que je dis que j'étais préparé pour la version sprint, et je suis passé à la version marathon. >>

En juillet, il était la doublure du japonais Onishi, et c'est donc préparé à une mission de six mois en doublure, d'où la ''version marathon''.

Avec son rôle de doublure par deux fois, Thomas Pesquet était naturellement prêt à avoir le rôle d'ingénieur de bord n°1, en place gauche, pour sa mission.
Voir son rôle exact lors de cet article en cliquant sur ce lien en jaune.

Il revient sur le rôle de doublure et la différence qu'il y a avec le rôle de titulaire, tant dans l'entraînement que dans le mental.
<< Avant, on était prêt, fin prêt même, mais on savait qu'on ne partirait pas. Il y avait donc un petit ''switch'' dans la tête qui ne s'était pas activé. En devenant titulaire, le ''switch'' s'est switché. Tout cela devient plus réel. >>

<< L'équipage doublure et l'équipage titulaire suivent exactement le même entraînement, la même chose, jusqu'aux examens finaux. Par contre, une fois à Baïkonour, les emplois du temps diffèrent quelque peu. L'équipage principal a plus de choses à faire, et est donc plus occupé. Je serai donc plus occupé que les fois précédentes. >>


Je suis le dentiste du bord

<< En cas d'urgence médicale, tout est fait pour être soigné à bord. Sinon, on sera en relation avec des médecins urgentistes au sol qui nous indiquerons ce qu'il convient de faire. 
Nous sommes entraînés à faire face à beaucoup de situations médicales urgentes, comme le massage cardiaque. Je serai le dentiste du bord. Je sais anesthésier une dent, et même l'arracher s'il fallait. Nous avons le matériel adapté à cela. >>

<< On s'entraîne à ces situations d'urgence. Le scénario du pire serait d'être obligé d'évacuer. >>


L'astronaute ambassadeur

Beaucoup de choses sont prévues avec les enfants notamment, dont plusieurs expériences communes entre Thomas Pesquet et les scolaires, comme faire pousser des plants, faire du sport comme un astronaute, des contacts radios, etc...

<< L'astronaute est aussi un ambassadeur de la vie saine, et si en plus, on peut donner le goût aux sciences, aux sports, à certaines valeurs, alors profitons-en. >>


La douche va beaucoup me manquer

A la question de savoir ce qui va vraiment lui manquer une fois là-haut, la réponse a été rapide :
<< Je ne sais pas... La douche va certainement beaucoup me manquer. La sensation de l'eau, car se laver à la lingette pendant six mois, ce n'est pas vraiment génial. >>

<< J'aime aussi beaucoup les activités en plein air, la montagne, donc l'extérieur va aussi me manquer. Voir un horizon, sentir le vent... Oui, l'extérieur va me manquer ! >>

<< Il y a déjà des affaires qui m'attendent, et d'autres qui viendront après. Concernant le choix des couleurs et des motifs de mes vêtements, un astronaute n'a pas le choix. Sur Terre, je m'habille comme je veux, là-haut, ce sera impossible. >>


A défaut d'emmener mon saxophone, je ferai de l'Air Saxo

<< Je ne sais toujours pas si je pourrais emmener mon saxophone avec moi. Il y a les contraintes de place et de poids. Et comme, il va falloir certainement redispatcher le frêt prévu à l'origine dans la capsule Dragon de Space X, le choix va être simple. Les expériences de l'ESA et du CNES passent quand même avant mon saxophone. Je ferai de l'Air Saxo ! >>

<< Jean-Pierre Haigneré (ndlr = qui avait son saxo dans MIR en 1999) m'a expliqué que la salive se déplaçait différemment dans l'embout, et qu'il fallait donc s'y habituer. >>


Être astronaute c'est être un opérateur, mais aussi être un cobaye

Thomas Pesquet a terminé son entraînement spatial à Houston, et va donc regagner la Russie pour les deux prochains mois qui précèdent son lancement.

<< J'ai donc fini la partie entraînement spatial à Houston - c'est un peu triste, beaucoup même, de quitter toutes les personnes qu'on a côtoyé pendant ces deux années là-bas. 
Je suis actuellement pendant deux semaines à l'ESA à Cologne (ndlr = au centre des astronautes européens - EAC). Et là, c'est un entraînement avec les instruments pour la manipulations de mes expériences scientifiques. ëtre astronaute, c'est aussi être opérateur. On apprend le matériel, à le manipuler, à savoir comment ça marche, les procédures, etc..., et être astronaute, c'est aussi un rôle de cobaye. 
C'est ce que je suis en train de faire à Cologne. Cela va se finir la semaine prochaine avant de retourner en Russie. >>

<< En Russie, on va revoir toute la partie Soyouz, il y aura aussi les examens finaux, les examens médicaux, et à partir de fin octobre, on sera à la quarantaine médicale à Baïkonour. C'est là qu'on va découvrir notre vaisseau spatial, qu'on va entrer dedans, qu'on va le tester, le manipuler. >>


J'emmène ma ceinture noire de Judo

Thomas Pesquet est ceinture noire de Judo, et bien sûr, il ne l'oubliera pas lors de son vol

<< J'emmène ma ceinture noire de Judo avec moi, ainsi que quelques souvenirs pour la Fédération Française de Judo. Je pense également qu'on l'on organisera un petit quelque chose pour le tournoi de Paris (ndlr = en février 2017). J'emmène aussi quelques souvenirs personnels pour la famille et des amis ainsi que de la lecture, notamment St Exupéry. >>


Je suis impatient !

Thomas Pesquet, à l'approche de son envol, ne ressent pas de pression, du moins pour le moment !

<< Cela fait 7 ans que je m'entraîne dont 3 années ou presque pour cette mission. Je ne suis pas, je n'arrive pas en terrain inconnu. Bien sûr, je ne dis pas que lorsque je serai en haut de la fusée, je ne serrerai pas les fesses. 
Mais pour l'instant, c'est plutôt chouette. Plus on approche de la mission, plus on approche du bout, du but, plus cela devient réel. Cela approche, ça approche, je suis impatient ! >>



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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mardi 6 septembre 2016

Disparition de Duane E. ''Doc'' Graveline (1931-2016), candidat astronaute NASA Groupe 5 de 1965

C'est avec tristesse que nous apprenons la disparition de Duane ''Doc'' Graveline ce lundi 5 septembre à l'âge de 85 ans, des suites de maladie.


''Doc'' Graveline est né le 2 mars 1931 à Newport dans le Vermont.
Il obtient son doctorat en médecine en 1955 et une maîtrise en santé publique en 1958.
Durant son service militaire en 1956 et 1957, il passe la qualification Flight-Surgeon et c'est le lancement de Spoutnik qui le motivera pour entrer à la NASA.
Il décide de rester dans l'armée et travaillera en médecine spatiale sur différentes bases et labos spéciaux de l'armée jusqu'à sa sélection comme astronaute-scientifique. Il se spécialisera entre autres sur les expériences en Zero G (il restera une semaine sous l'eau pour des tests) et développera les premiers tests d'alitement prolongé.

(Photo presse présentation des astronautes du Groupe 4 de la NASA)
En juin 1965, il est sélectionné comme astronaute dans le Groupe 4 de la NASA - le groupe des astronautes-scientifiques (avec Owen Garriot, Ed Gibson, Harrison Schmitt, Curtis Michel et Joe Kerwin).
Moins de six semaines plus tard, il annonce sa démission comme astronaute pour des raisons personnelles. En fait, il était en pleine procédure de divorce, un divorce très houleux, et la NASA ne voulait pas ''de mauvaise publicité autour de cela'' - nous sommes en 1965, ne l'oublions pas.
''ça été la décision la plus difficile de ma vie'' déclara plus tard ''Doc'' Graveline au travers de nombreuses conférences, ouvrages, et même sur son site internet (un des précurseurs en matière de site puisque la création de celui-ci s'est faite à la fin des années 1990).

Il est le premier astronaute NASA sélectionné à démissionner.

Il quitte définitivement la NASA à la fin 1965 et ouvre un cabinet de médecin de famille dans le Vermont jusqu'à sa retraite.

(Photo officielle du Groupe 4 / sans ''Doc'' Graveline)
Crédit : Collection Spacemen1969 / Stéphane Sebile
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mardi 30 août 2016

Visioconférence de presse de Thomas Pesquet - Mission Proxima / 30 août 2016


Je suis prêt à 95%

Cet après-midi, à 14h00 (heure de Paris), l'astronaute Thomas Pesquet a donné une visioconférence de presse en direct depuis Houston. Le siège du CNES à Paris a reçu les médias accrédités pour que ceux-ci puissent poser des questions à Thomas Pesquet, au sujet de lui-même, de sa préparation, de son entraînement, etc...


Au lieu de retranscrire la conférence de presse qui était visible en direct par le grand public sur le site de l'ESA, je vous mets le lien de celle-ci qui est maintenant en ligne.

 Avant le début de la conférence, Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, nous a parlé du rôle du CNES dans les vols habités français depuis le vol de Jean-Loup Chrétien en 1982.


Sébastien Barde, responsable au CADMOS des expériences françaises embarquées par Thomas Pesquet, nous a expliqué celles-ci.


Enfin, l'astronaute belge Frank De Winne, responsable du Centre des Astronautes Européens (EAC) à Cologne, nous a parlé de l'entraînement, des procédures d'une mission spatiale.


Thomas Pesquet partira donc bien le 15 novembre prochain (ou le 16 à heure Baïkonour) pour une mission de 6 mois à bord de la Station Spatiale Internationale - Il sera accompagné de Peggy Whitson de la NASA et du russe Oleg Novitsky, tous deux vétérans des vols spatiaux.

Le retour est annoncé pour le mois de mai, mais pas de certitude sur la date exacte (voir plus bas avec l'entretien de Frank De Winne) - d'ailleurs, cette incertitude de date amuse Thomas Pesquet qui déclare << Je pense être de retour pour voter à la présidentielle mais au cas où, je vais faire une procuration dans les 15 jours où je serai en Europe avant le décollage >>.

<< La mission sera une belle mission >> a aussi annoncé Thomas.

Et on peut ajouter qu'elle sera aussi dense car plusieurs expériences (environ 200) y sont prévues dont 55 françaises, 4 sorties extra-véhiculaires (EVA) de programmées et aussi la venue de tous les vaisseaux-ravitailleurs dédiés à l'ISS (Dragon, HTV, Cygnus et Progress).

Il y fêtera son anniversaire. Pas de gâteau << mais espère qu'on pensera à lui >> dit-il en rigolant. << ma commandante Peggy fêtera le sien aussi à bord, et j'amène un petit cadeau pour elle >> ajoute t-il.
<< J'ai aussi en charge le repas de Noël - avec l'aide des grands chefs Thierry Marx et Alain Ducasse >>

Thomas Pesquet termine sa dernière phase d'entraînement à Houston - il y restera encore 15 jours, avant de regagner l'Europe et Cologne, puis une dernière phase au Japon et en Russie. Nous sommes à moins de 100 jours du décollage, autant dire que le planning d'ici là sera très chargé.

Pour plus d'infos sur la mission Proxima, voir le sujet de Space Quotes - Souvenirs d'espace ici (cliquez sur le lien en jaune)
Mission Proxima



La conférence terminée, j'ai pu discuter avec François Spiro, responsable des vols habités au CNES et avec l'astronaute Frank De Winne qui répondu à mes questions.

- Pourriez-vous nous expliquer le rôle de Thomas Pesquet en tant qu'ingénieur de bord n°1 lors du décollage ?
Lors de cette phase de décollage, c'est le Commandant de Bord qui est au centre (ndlr : ici, Oleg Novitsky) et l'ingénieur de bord ou de vol n°1 est en fauteuil gauche. Le commandant st donc au centre et un peu en recul. il peut voir ainsi tous les écrans de contrôle. C'est le commandant qui commande le vaisseau et c'est l'ingénieur de bord n°1 qui exécute.

Donc, la plupart des appuis sur boutons et la plupart des opérations qui seront faites le seront pas Thomas. Et c'est le commandant de bord qui a toute la responsabilité de vérifier que tout soit bien fait. On suit SCRUPULEUSEMENT LA PROCEDURE, il n'y a pas de place à l'improvisation, pas de place à la créativité ! (rire...).

- Qui choisît les rôles, les places d'un équipage ?
Ce sont des anciens astronautes de toutes les agences participantes et partenaires du programme ISS. Ils se concertent afin de choisir, de former au mieux un équipage. C'est un rôle que moi j'ai par exemple, en tant que Chef des astronautes européens. Et j'essaie aussi de donner un maximum de responsabilités à nos astronautes européens lors de ces vols. Le siège gauche (ingénieur de bord n°1) est celui qui a le plus de responsabilité lors d'un décollage.
Il faut trouver un équilibre. On ne peut pas donner toutes les responsabilités à une seule personne lors d'une mission et rien aux autres.
C'est une question d'équilibre, mais aussi une question de formation. Thomas a été promu siège gauche en doublure lors du vol d'Andreas Mogensen l'année dernière. Il avait donc déjà toute l'expérience nécessaire pour occuper ce rôle lors de ce vol. Il était entraîné, qualifié. Il avait d'excellents résultats.

- La date de retour ne semble pas encore fixée semble t-il. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Il y a beaucoup de facteurs qui font qu'une date de retour puisse changer. Des vaisseaux-ravitailleurs qui ont du retard, des soucis techniques, une position mauvaise de l'ISS par rapport à la Terre.
Il y a beaucoup de contraintes, comme la position du soleil par exemple : on ne peut pas rentrer sur Terre dans le noir, si le soleil est trop élevé par rapport à l'ISS, on ne pourra pas s'amarrer, etc... C'est une mécanique de gestion très complexe. On agit en planning flux continu.

Mais cela n'a rien d'exceptionnel. On a vu cela avec Tim Peake ou avec Samantha Cristoforetti, qui sont rentrés sur Terre avec presque un mois de plus par rapport à la date de prévue.

- Quels sont les qualités de Thomas Pesquet ?
Ah, je ne voudrais pas le faire rougir (rires...)
Non, il est très travailleur. On peut dire aussi qu'il est très intelligent. Et il est doué. tout à l'heure, il a parlé de l'apprentissage des langues, notamment du russe, et de ses difficultés, mais en fait, Thomas a été très bon. D'ailleurs, la qualité principale qu'on demande à un astronaute n'est pas d'être très bon ou excellent en une matière. Thomas l'a d'ailleurs dit tout à l'heure. Un astronaute doit être bon dans toutes les matières. Et Thomas est très bon dans toues les matières.



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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lundi 4 juillet 2016

La mission spatiale JUNO vers Jupiter

(en cours de publication)

Lancée le 5 août 2011 par une fusée Atlas V 551 (le modèle le plus puissant de ce lanceur) depuis Cape Canaveral, la sonde JUNO doit se mettre en orbite autour de Jupiter dans la nuit du 4 au 5 juillet 2016 (heure américaine) après un périple de près de 5 ans.


JUNO, qui est une mission spatiale de la NASA (deuxième mission du programme New Frontiers) avec une coopération italienne, a pour objectif l'étude de Jupiter, la planète la plus massive de notre système solaire.
Malgré des observations intenses depuis le sol, et depuis Galilée surtout, et les différentes missions spatiales qui se sont approchées, nous connaissons encore mal, très mal même, la structure et le mode de formation de cette planète géante gazeuse. JUNO, en se plaçant sur orbite, va pouvoir collecter de nombreuses données sur Jupiter, la composition de son atmosphère, de ses couches internes, de sa magnétosphère. Et de permettre ainsi aux scientifiques de pouvoir reconstituer la manière dont Jupiter s'est formée et donc, de ce fait, d'apporter plus de précision sur la formation des planètes de notre système solaire.


JUNO n'a pas effectué un trajet direct vers Jupiter, mais a bénéficié d'une assistance gravitationnelle de la Terre lorsqu'elle a survolé celle-ci à basse altitude (800 km) le 9 octobre 2013.

Le véritable travail de JUNO commencera dès sa mise en orbite - orbite qui sera très elliptique, qui aura une période de 11 à 14 jours. Cette orbite fera passer la sonde à très basse altitude au-dessus des pôles de Jupiter ce qui évitera à la sonde de traverser en grande partie la puissante ceinture de radiations de la planète qui pourrait l'endommager. La mission prévoit 36 survols de la planète et doit durer un an.

JUNO emporte huit instruments scientifiques qui se composent de deux spectromètres, d'un radiomètre, d'un magnétomètre et de plusieurs instruments devant servir à l'étude des pôles de la planète géante.


La planète Jupiter

Revenons un tout peu d'abord sur l'objectif de la mission, à savoir la planète Jupiter.

Jupiter est la plus grosse planète de notre système solaire. Elle a une taille d'environ 11 fois celle de la Terre, soit environ 136 000 km de diamètre.

Jupiter est une planète géante gazeuse (au même titre que Saturne, Uranus et Neptune). Elle est composée essentiellement d'hydrogène et d'hélium (comme le soleil) et possède un noyau central certainement rocheux d'une masse d'environ 10 fois celle de la Terre.

Jupiter tourne sur elle-même en un peu moins de 10 heures et tourne autour du Soleil en 11,9 années (terrestres). Elle est situé à environ 777 908 927 km du Soleil (soit 5,2 unités astronomiques) et à 628 millions de kilomètres de la Terre.

L'atmosphère de Jupiter est très agitée et soumise à de violents phénomènes physiques et chimiques. On divise cette atmosphère en trois couches :

- jusqu'à 100 km de profondeur, l'atmosphère est composée de nuages de glace d'ammoniac
- jusqu'à 120 km de profondeur, l'atmosphère est composée de nuages d'hydrogénosulfures d'ammonium
- à partir de 150 km, des nuages d'eau et de glace.

En dessous de cette profondeur, l'hydrogène se transforme sous la pression en hydrogène métallique et devient conducteur d'électricité. Cela constitue un champ magnétique très intense (plus de 10 fois supérieur à celui de la Terre) et donc la formation d'une ceinture de radiation extrêmement puissante. La magnétosphère de Jupiter s'entend de jusqu'à 3 millions de km en direction du Soleil et jusqu'à 1 milliard de km à l'opposé.

Jupiter est aussi, et surtout, célèbre pour ses satellites, puisqu'elle n'en compte pas moins de 67. Les principaux sont Callisto, Europe, Ganymède (qui est aussi le plus gros satellite naturel du système solaire) et Io - tous les quatre sont appelés ''satellites galiléens'' car découvert par Galilée en 1610 grâce à sa lunette astronomique.

On connait mal la formation de Jupiter. La sonde Galileo (voir plus bas) a relevé dans l'atmosphère des éléments chimiques qui remettent en causes les théories de la formation de Jupiter et donc aussi sur la formation de notre système solaire. Jupiter est un élément central de la formation du système solaire et comprendre comment Jupiter a pu se former, c'est donc comprendre comment notre système solaire s'est formé.

Il est couramment admis qu'il a fallu de l'eau pour que des éléments lourds s'incorporent dans le processus de formation des planètes gazeuses (appelées aussi planètes externes) du système solaire. Or, si Jupiter semble riche en éléments lourds, elle semble très pauvre en eau.

Et l'autre grande question est de savoir si Jupiter s'est formée en un ou deux temps (effondrement gravitationnel) avec la composition d'un noyau solide ou non.

Ce sont donc les objectifs de la mission JUNO  que nous verrons un peu plus bas.


Historique de l'exploration spatiale de Jupiter

Ce n'est pas avant 1973 et la sonde Pionner 10 que débute l'exploration et l'étude de Jupiter par des sondes spatiales. Certaines sondes seront dédiées exclusivement à Jupiter, d'autres ne feront que passer à proximité et seront mises à contribution pour effectuer des observations lors de leur passage.

Pioneer 10

Lancée le 3 mars 1972 par une fusée Atlas-Centaur D, Pioneer 10 est une sonde de 258 kg qui avait pour objectif de faire une première reconnaissance du système solaire et de ses planètes extérieures. C'est la première sonde équipée d'un générateur nucléaire.
La sonde, une fois lancée, se déplace à la vitesse de 51 312 km/h (vitesse la plus rapide pour un engin spatial fabriqué par l'homme) et dépasse la Lune moins de 12 heures après le lancement.

Elle sera la première sonde à dépasser l'orbite de Mars et à traverser la ceinture d'astéroïdes.

Elle survole Jupiter le 3 décembre 1973 à 130 354 km et envoie des photos de la planète et de ses satellites et transmet des informations sur l'atmosphère de Jupiter, sa composition et aussi sur les radiations.

Après son survol, Pioneer 10 se dirige vers l'étoile Aldébaran qu'elle pourrait atteindre dans 2 millions d'années.
Le dernier contact avec la sonde a eu lieu le 22 janvier 2003. Depuis, d'après les calcules, elle aurait quitté le système solaire.

Pioneer 10 (ainsi que Pioneer 11) est surtout célèbre pour la plaque qu'elle emportait - voir le sujet qui lui avait été consacré sur Space Relics :
Pioneer 10 et Pioneer 11 (cliquez sur ce lien en jaune)



Pioneer 11

Jumelle de Pioneer 10, la sonde Pioneer 11 est lancée 5 avril 1972 par une Atlas-Centaur. Elle atteint Jupiter et la survole le 2 décembre 1974 et transmet de nombreuses photos et des données sur l'atmosphère et la surface de la planète géante.

Profitant de l'attraction de Jupiter, la sonde accéléra jusqu'à 153 000 km/h pour se diriger vers Saturne qu'elle survola le 1er septembre 1979 à une altitude de 22 000 km.

Le dernier contact avec la sonde eût lieu en novembre 1995 et depuis ce temps, al sonde se dirige vers les confins de notre système solaire en direction de la Constellation de l'Aigle.


Voyager 1 et 2

Voyager 1 et Voyager 2 sont deux sondes jumelles de la NASA destinées à l'observation des planètes extérieures de notre système solaire.

Voyager 1 est lancée le 5 septembre 1977 par une Titan III-Centaur. Elle commence son survol de Jupiter le 14 décembre 1978 et passe au plus près de celle-ci le 5 mars 1979 à 278 000 km de sa surface.
(Approche de Voyager 1 sur Jupiter)

Elle survole également au plus près les satellites Io, Ganymède, Europe et Callisto. Le volcanisme de Io sera la principale découverte de Voyager 1 ainsi que la découverte de fins anneaux autour de Jupiter. plus de 19 000 photographies seront prises. Elle découvre aussi deux petites lunes (Thébé et Métis).


En avril 1979, elle accélère et se dirige vers Saturne qu'elle atteint le 12 novembre 1980 en la survolant à 124 000 km.

De nos jours, Voyager 1 transmet encore des données et se trouve aux confins du système solaire qu'elle n'a pas encore quittée.


Voyager 2 est lancée le 20 août 1977 par une Titan IIIE-Centaur.

Elle survole Jupiter le 9 juillet 1979 à une altitude de 721 670 km. Elle observera l'atmosphère sud de Jupiter et transmettra 13 350 photos de la planète de de ses satellites (notamment Europe et Ganymède).

Voyager 2 continue sa route vers Saturne qu'elle survole le 26 août 1981 à 161 000 km d'altitude puis elle survolera respectivement Uranus et Neptune. Elle est actuellement aux confins du système solaire et elle doit le quitter en 2017.


Ulysses

La sonde Ulysses est une sonde conjointe de la NASA et de l'ESA (Agence Spatiale Européenne) et elle a été lancée le 6 octobre 1990 par la navette spatiale Discovery lors de la mission STS-41, et dont l'objectif est l'étude du Soleil.

Voir article de Space Relics :
Mission STS-41 et sonde Ulysses (cliquez sur ce lien en jaune)

Pour rejoindre son orbite solaire en dehors de l'écliptique, Ulysses va utiliser l'assistance gravitationnelle de Jupiter et la survolera en février 1992. Durant son survol, elle étudiera la magnétosphère de la planète.



Galileo

La sonde Galileo est une sonde de la NASA qui avait pour objectif l'étude de Jupiter et de ses lunes.
Elle est lancée le 18 octobre 1989 par la navette spatiale Atlantis lors de la mission STS-34 - voir sujet sur la mission STS-34 sur Space Relics :

Galileo va mettre 6 ans avant de se placer sur orbite autour de Jupiter - elle profitera de l'assistance gravitationnelle de la Terre par deux fois (en 1990 et 1992) et de celle de Vénus (en 1990).

En juillet 1995, elle largue une petite sonde atmosphérique qui ne rentrera dans l'atmosphère jovienne que le 7 décembre de la même année. Celle-ci sera détruite lors de son entrée atmosphérique mais fournira de précieux renseignements sur la composition de l'atmosphère.

Galileo se mettre en orbite le 7 décembre également. C'est le premier vaisseau spatial à se mettre en orbite autour de Jupiter. Durant les 8 années de sa missions (originellement prévue pour 23 mois), Galileo fournira des milliers de photos, données sur Jupiter et ses lunes, sur son atmosphère et magnétosphère, remettant ainsi en cause les théories avancées jusque là pour la formation de la géante gazeuse.
La fin de mission de Galileo est annoncée le 21 septembre 2003.



Cassini-Huygens

La sonde Cassini est lancée le 15 octobre 1997 par une fusée titan IV-Centaur. L'objectif principal est l'étude de la planète Saturne par la sonde Cassini de la NASA et l'atterrissage d'un lander, Huygens, de l'ESA sur ltitan, une des lunes de Saturne.

Le 30 décembre 2000, la sonde Cassini passe à 9,72 millions de km de la surface de Jupiter et va, en coordination avec la sonde Galileo, fournir des photos en continue de l'atmosphère de Jupiter (la période d'observation avait commencée dès octobre 2000 et s'est achevé en mars 2001).


Cassini-Huygens continue sa route vers Saturne qu'elle atteint en se mettant sur orbite le 1er juillet 2004. Le 25 décembre, l'atterrisseur Huygens se détache et se pose sur Titan le 14 janvier 2005.

Voir article dédié sur Space Relics :
Cassini-Huygens (cliquez sur ce lien en jaune)

New Horizons

Lancée le 19 janvier 2006 par une Atlas V-551, la sonde New Horizons a pour objectif principal l'observation de la planète Pluton (qui était encore la 9ème planète de notre système solaire à ce moment-là).

Le 14 janvier 2007, New Horizons s'approche de Jupiter et on profitera de ses instruments ultra-performants pour faire une campagne d'observation qui va durer près de quatre mois.

New Horizons survolera Pluton et Charon au plus près le 14 juillet 2015 et continue sa route vers des objets de la Ceinture de Kuiper.

Article dédié sur Space Relics :
La mission New Horizons (cliquez sur ce lien en jaune)



La mission JUNO

Comme dit plus haut, JUNO doit répondre aux nouvelles interrogations posées par la formation de Jupiter et de la formation du système solaire.

L'orbite très elliptique de la sonde devrait permettre d'en savoir plus et éventuellement de répondre à ces questions sur Jupiter :

- quel est son mode de formation
- la structure interne
- présence d'un noyau solide et sa taille
- comment est généré le champ magnétique
- quelles sont les proportions d'eau et d'oxygène présentes
- origines des aurores polaires
- études des zones polaires
- quelles relations entre les mouvements internes de la planète et les déplacements des couches atmosphérique
- quelle est la composition de l'atmosphère et quelle est sa structure
- étude de la magnétosphère
- étude sur le champ de gravité

L'orbite donnée à JUNO est très importante car ses instruments seront plus performants au plus près de la planète mais ils doivent être aussi le plus possible à l'abri de la ceinture de radiations qu'elle va traverser émise par le champ magnétique. Pour ce faire, une forte orbite elliptique est nécessaire pour passer à travers cette ceinture de radiations : le périgée (au plus près) sera de 4 500 à 5 200 km d'altitude et l'apogée sera d'environ 2,8 millions de km).
Chaque orbite durera 11 jours et une phase de 6 heures est dédiée à chaque orbite pour la collecte des données.

Caractéristiques de la sonde JUNO

JUNO pèse 3 625 kg dont 2 025 kg rien que pour les ergols et mesure environ 3,5 m de haut pour 3,5 m de large.
La charge utile composée de 8 instruments pèse 170 kg.
Elle est équipée de trois panneaux solaires repliables qui donneront une envergure de 20 m à la sonde.


JUNO possède 5 antennes pour pouvoir communiquer et transmettre aux stations de réception terrestres en bande Ka et X  :

- Antenne parabolique grand gain (HGA) de 2,5 m de diamètre tournée vers l'avant
- Antenne moyen gain (MGA) tournée vers l'avant
- Antenne faible gain (ALGA) au nombre de deux, une vers l'avant et l'autre vers l'arrière, utiles en mode de survie
- Antenne moyen gain toroïdale (TLGA) tournée vers l'arrière (rôle crucial dans les manoeuvres de correction de trajectoire et d'insertion en orbite)



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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             NASA / JPL


dimanche 15 mai 2016

Disparition d'André Brahic (1942 - 2016)


C'est avec une grande tristesse que nous avons appris aujourd'hui la disparition d'André Brahic. 


Ne disons pas Au Revoir André, mais plutôt Merci ! pour tout ce qu'il a apporté et partagé. Sans lui, sans ses talents de conteur d'espace, beaucoup de gens, beaucoup parmi nous, n'aurions pu comprendre le monde de l'astronomie, le monde des beautés de l'espace... 

Il était incroyablement simple, passionné, et facétieux (ah les conférences qui pouvaient se terminer plusieurs heures après la fin prévue, ou qui auraient pu se terminer à pas d'heure si personne ne lui rappelait le temps qui passe.
Et ses facéties lors de séances photos  ;)

Nous avons discuté de nombreuses fois ensemble pour tenter de faire une interview que nous n'aurons jamais terminée hélas. 

Merci André !




samedi 7 mai 2016

Disparition du pilote d'essais Joseph ''Joe'' Cotton (1922-2016)


Le colonel Joseph F. ''Joe'' Cotton est né le 21 janvier 1922 et il s’engage dans l’US Army Air Corps en tant que cadet en 1942.


En 1944, lors de sa ‘’première sortie de guerre’’, son B-17 est abattu au-dessus de la Grèce et il est fait prisonnier. Il s’évade 4 mois plus tard et retourne en France.

Il commence sa carrière de pilote d’essais en testant le Bell RP-63A, the Flying Pinball machine. Il est affecté à la Base d’Eglin puis de Ladds Fields avant de suivre une formation de pilote d’essais à l’Empire Test Pilot School en Grande-Bretagne.



Joe Cotton devient le Chef-Pilote des bombardiers à Wright-Patterson. Son rôle consiste à tester les appareils dans toutes les conditions, notamment par tous les temps.

Il participe en tant que pilote de B-52 au programme X-15 en tant que pilote-largueur.
(Photo signée par Joe Cotton et par le pilote de X-15 Robert White)

Il était pilote et directeur des tests pour le Convair B-58 Hustler.


En 1962, il est le Chef-Pilote du programme XB-70 Valkyrie à Edwards.
Il effectuera 62 vols avec celui-ci et battra un record de vitesse avec un vol à Mach 3.08. Il est présent à bord d’un des F-104 qui suivent le XB-70 lors de la collision en vol entre ce même XB-70 et le F-104N de Joe Walker le 8 juin 1966.

(1er vol du XB-70 Valkyrie. Enveloppe signée par les deux pilotes de ce vol, AlWhite et Joe Cotton)

En 1966, il est nommé Pilote de l’Année.

Il quitte l’US Air Force en 1968 et devient pilote d’essais pour United Airlines.

Joe Cotton a plus de 16 000 heures de vol sur plus de 80 appareils différents.

Joe Cotton nous a quitté le 5 mai 2016 à l'âge de 96 ans.


Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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dimanche 1 mai 2016

Rencontre avec Séverine Vidal, auteure de ''La drôle d'expédition'' (livre pour enfants)


Séverine Vidal est auteure.

Parmi ses œuvres, elle est la créatrice de Zach Mackenzie-Mouchon, un petit garçon à qui il arrive de drôles d’aventures. Depuis quelques semaines est paru le 2ème tome de ses aventures : ‘’La drôle d’expédition’’ et là, Zach va rencontrer et côtoyer Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins, le mythique équipage d’Apollo 11, rien de moins !



Le premier tome, ‘’La drôle d’évasion’’ a été récompensé plusieurs fois par la critique et le public, et je peux vous dire que cette nouvelle aventure sera aussi plébiscitée par les jeunes lecteurs, mais aussi par des plus âgés amoureux du spatial. Je crois bien que c’est le premier roman de fiction en français (pas sûr même qu’il en existe dans une autre langue) qui a parmi les protagonistes principaux l’équipage d’Apollo 11.

Séverine Vidal a un blog où vous pourrez en savoir beaucoup plus sur elle et ses œuvres :
http://severinevidal.blogspot.fr/ (cliquez sur ce lien en jaune)

Vous trouverez les deux aventures de Zach dans la collection Pépix aux Editions Sarbacane.
Le livre est illustré par Marion Puech (qui a aussi réalisé la couverture et qui a aussi illustré le premier tome des aventures de Zach).


Qui êtes-vous Séverine Vidal ? Comment vous êtes-vous tournée vers l’écriture, plus particulièrement vers l’écriture enfantine ? 
Ex-enseignante, j'ai commencé à imaginer des histoires pour mes élèves et es enfants. Petit à petit, j'ai décidé d'envoyer mes textes aux éditeurs. Je suis éditée depuis 2010. J'écris pour les enfants, les adolescents, les adultes, des romans, des BD, des albums. Et aussi pour la presse, l'édition scolaire ...
En 2011, j'ai dû faire un choix car exercer les deux métiers était devenu difficile. Je suis donc auteure à plein temps. Vive la liberté !

Pourquoi avoir choisi le spatial comme thème de la 2ème aventure de Zach ? Et pourquoi avoir choisi la mission Apollo 11 comme toile de fond de cette aventure ? Vous êtes née l’année de l’alunissage d’Apollo 11 – le spatial, l’espace, l’astronomie, étaient-ils des thèmes qui vous intéressaient avant l’écriture de ce livre ?
Après le succès de La Drôle d'évasion qui avait embarqué Zach dans une sacrée aventure (l'évasion d'Alcatraz), il fallait offrir au personnage une aventure encore plus folle, encore plus incroyable. 
Je n'ai pas eu à chercher longtemps : je suis née en 1969 et cette image de Neil et Buzz marchant sur la lune m'a toujours impressionnée !

Quelles recherches avez-vous effectuées concernant la description des caractères de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Mike Collins ? Concernant le déroulement de la mission ? Phases de vol ?
J'ai regardé des documentaires, d'assez mauvais docu-fiction (rires) et j'ai lu des tas de choses pour ne pas dire de bêtises. 
Comme dans le tome 1, je m'amuse beaucoup à tenter de placer tout un tas de détails de la vraie vie et de les intégrer à la narration. La cuillère, les têtes en papier mâché, l'accordéon dans l'évasion d'Alcatraz... J'ai donc repéré au cours de mes visionnages des détails qui ont ensuite de l'importance dans l'aventure de Zach à bord d'Apollo 11 (des répliques véridiques de Neil, Buzz ou Mike, l'interrupteur cassé au moment du décollage de la Lune, les vidéos que Buzz enregistre avec la tartine...). 
Et enfin, techniquement je n'y connaissais rien : j'ai trouvé des informations sur le Net, plan du vaisseau, chronologie des événements, durée de chaque étape de vol.
J'ai aussi eu de la chance : pendant le travail d'écriture, la femme de Neil Armstrong a fait une découverte dans son garage : le trésor de Neil !

A titre individuel, aimeriez-vous vous-même aller dans l’espace ? Et pourquoi ?
Je suis une froussarde, surtout quand il s'agit de quitter le plancher des vaches ! J'ai peur de tout ce qui vole, avion, hélicoptère ... J'aurais donc beaucoup trop peur ! Mais c'est l'avantage d'être auteure : je peux vivre un tas d'expériences grâce à mes personnages !

Crédit : Collection Stéphane sebile / Spacemen1969
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             Pépix / Editions Sarbacane

mercredi 20 avril 2016


Mission Microscope

Rencontre avec Sylvie Leon-Hirtz
responsable de la physique fondamentale
dans l'espace, au CNES


Vendredi 15 avril 2016 s'est tenue au siège du CNES à Paris une conférence de presse sur la présentation de la Mission Microscope. Les principaux responsables et chefs de projet étaient présents.

Voir le sujet complet sur Mission Microscope (cliquez sur ce lien en jaune)

Sylvie Leon-Hirtz travaille au CNES et est la responsable de la physique fondamentale dans l'espace.

Quel est exactement votre travail et pourquoi l’avez-vous choisi ? Pourquoi avoir choisi de travailler dans le domaine spatial ?
Je travaille à la Direction de l’Innovation et des Applications du  Centre National d’Etudes Spatiales, au sein de l'équipe SME traitant des Sciences de l’univers, des sciences en Microgravité et de l’Exploration robotique et habitée. Je suis responsable du programme de  physique fondamentale dans l’espace. 
Le CNES s’adresse à la communauté scientifique à travers des appels à propositions.  Le programme est construit  en s’appuyant sur  les recommandations d’un groupe d’experts scientifiques qui évaluent les propositions reçues.
Ce  travail a de multiples facettes en relation avec la communauté scientifique (élaboration des priorités et de la prospective,  soutien aux laboratoires, conventions de recherche, allocations  pour des doctorants et post-doctorants..), avec  les équipes du Centre Technique du CNES à Toulouse, surtout en amont pour les études de faisabilité et en aval pour l’exploitation des missions mais aussi durant la réalisation des projets, et avec d’autres agences spatiales pour établir des coopérations.   

Avant de travailler pour le CNES, j’ai fait de l’enseignement et de la recherche au CNRS en cristallographie-minéralogie, à l’université Paris-6. J’étudiais la formation de défauts dans les cristaux liés à leurs conditions de croissance, notamment le rôle de la convection naturelle dans la phase fluide.  
J’ai entendu parler de la possibilité d’expériences en microgravité et suis venue au CNES, mise à disposition pour une année sur le programme de physique de la matière condensée.  J’y suis finalement restée, attirée par la multitude de sujets auxquels l’espace peut être utile, et profitant de la chance de me voir confier des sujets nouveaux tels que l’exobiologie et la physique fondamentale.

Quel est votre rôle dans la Mission Microscope et depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ? Pourquoi avoir choisi de travailler sur un tel projet ?
J’ai travaillé sur Microscope depuis le début avec beaucoup d’enthousiasme. Mon rôle a été très actif lors de différentes étapes : en 1999 l’étude de faisabilité que le Comité des Programmes Scientifiques avait recommandée, en 2001 l’accord de coopération ESA-CNES signé au salon du Bourget, l’élargissement du projet à des laboratoires allemands, la mise en place d’un comité directeur entre les agences CNES, ESA, DLR.
Après cette phase de montage du dossier de projet et son approbation par le CPS et le conseil d’administration du CNES, le projet est passé sous la responsabilité du centre technique de Toulouse. J’ai gardé l’accompagnement scientifique, avec l’organisation de la communauté scientifique intéressée par le projet, l’organisation de colloques et l’ouverture à de nouveaux participants pour la phase d’exploitation du projet.  

Microscope cherche une piste pour aller au-delà de la théorie de la relativité générale d’Einstein,  en tentant de mettre en évidence  une violation du principe d’équivalence au niveau de 10-15, deux ordres de grandeur de mieux que ce que l’on sait faire aujourd’hui.  C’est un enjeu exceptionnel et motivant.      

Quel a été pour vous le plus gros challenge dans ce projet ?
Microscope a été sélectionné comme une petite mission,  sur un  microsatellite.
Pour  rester dans ce cadre, il a fallu innover, trouver les solutions les plus simples et les moins coûteuses tout en respectant des spécifications de mission très contraignantes. C’était quasiment mission impossible et cela nous a demandé beaucoup d’imagination et de persévérance.
Pour arriver à ce niveau de performances, il a fallu inventer une nouvelle méthode de travail flexible et interactive entre l’équipe projet du CNES et les scientifiques prenant en compte tout le système et réévaluant constamment l’impact de la moindre modification de l’instrument, du satellite, de l’orbitographie. Cela a été un défi permanent et n’aurait pas pu aboutir dans un contexte industriel classique.  
Il y eu par exemple une période de turbulences lorsque le CNES a dû abandonner les micro-propulseurs ioniques initialement prévus par l’ESA et revoir sa copie avec des micro-propulseurs à gaz froid comme ceux de la mission Gaia. Le satellite a alors grossi subitement en incorporant des réservoirs de gaz froid et a bien failli dépasser la taille limite autorisée.
   
A titre personnel, aimeriez-vous aller dans l’espace et pourquoi ?
L’idée ne m’a pas effleurée. Je serais une vraie catastrophe,  je ne vois que d’un côté et me cogne partout. 
Je suis très admirative de ce que les astronautes sont capables de faire mais pas du tout convaincue  par la maxime qui dit que l’homme est fait pour quitter son berceau, en l’occurrence la Terre.  Je reste persuadée que la Terre est notre destinée, fragile, et nous nous devons avant tout de la protéger.

Par curiosité, lorsque je m’occupais d’expériences sur la physique des fluides, j’ai eu   l’occasion de participer à une campagne de vols en chute libre, à l’époque sur la Caravelle au centre d’essai en vol de Brétigny. Cette sensation de flotter, pendant une vingtaine de secondes, quarante  fois de suite sur une série de paraboles, m’est restée comme une agréable surprise.



 Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Mission Microscope / Interview de Yves André, chef du projet


Mission Microscope

Rencontre avec Yves André 
chef du projet Microscope


Vendredi 15 avril 2016 s'est tenue au siège du CNES à Paris une conférence de presse sur la présentation de la Mission Microscope. Les principaux responsables et chefs de projet étaient présents.

Voir le sujet complet sur Mission Microscope (cliquez sur ce lien en jaune)

Yves André travaille au CNES et est le chef du projet Microscope.

Quel est exactement votre travail et pourquoi l’avez-vous choisi ? Pourquoi avoir choisi de travailler dans le domaine spatial ?
Je suis chef du projet Microscope.
Je manage une équipe au CNES en m’appuyant sur un groupe de responsables très efficaces pour mener à terme ce projet en interne CNES.
Gérer le projet, c’est trouver les solutions pour tenir le planning, organiser le travail en particulier pour surmonter les difficultés techniques, gérer les ressources humaines et le budget en respectant les ressources prévue dans le contrat interne CNES.

J’ai choisi le spatial car dès mon adolescence j’étais passionné de physique et surtout d’astrophysique. Après mon DEA en Astrophysique, j’ai choisi une thèse en astrophysique instrumentale cofinancé par le CNES et j’ai adoré ce travail. Alors quand j’ai eu la chance d’avoir un poste au CNES, j’ai sauté sur l’occasion.

Quel est votre rôle dans la Mission Microscope et depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ? Pourquoi avoir choisi de travailler sur un tel projet ?
J’ai travaillé 5 ans en tant que responsable satellite et 2 ans en tant que chef de projet.
J’ai choisi ce projet quand le chef de projet précédent Michel Bach est parti à la retraite. A ce moment-là, j’étais chef du projet Pilot, projet d’Astrophysique submillimétrique à bord de nacelle ballon stratosphérique.
Et je l’ai choisi car c’est un beau projet compliqué, passionnant, un mouton à 5 pattes que je connaissais bien car j’avais été responsable satellite pendant 5 ans de septembre 2004 à octobre 2009. J’avais envie aussi de retravailler avec cette équipe et de mener à terme avec eux ce projet difficile.

Quel a été pour vous le plus gros challenge dans ce projet ?
C’est difficile d’en choisir un car ils ont été si nombreux.
Tout ce qu’il a fallu faire pour tenir le bilan de performance en termes d’études, d’analyses, de tests et de développement. L’instrument, le satellite et la propulsion sont de véritables challenges. Tenir le planning après 2012 quand il a fallu gagner 1 an et le tenir malgré les difficultés majeures rencontrées fut un gros challenge et amené les autres à y croire.

A titre personnel, aimeriez-vous aller dans l’espace et pourquoi ?
Non pas vraiment. J’adore observer les étoiles, nébuleuses et galaxies mais aller dans l’espace dans les conditions actuelles ne me tente pas. Je préfère les voir depuis la Terre.



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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