mercredi 31 mars 2010

Interview de Jean-François Clervoy, astronaute de l'Agence Spatiale Européenne, qui a effectué 3 missions à bord de la navette spatiale


Jean-François Clervoy est un astronaute français.

Sélectionné par le Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) en 1985, il rejoint l'Agence Spatiale Européenne en 1992.

Formé et entrainé d'abord pour voler sur Soyouz et la station spatiale MIR, il rejoint la NASA et devient Mission Specialist.

Au début du programme Hersmes, il y a été affecté aussi comme astronaute.

Il effectue 3 missions à bord de la navette spatiale : STS-66 en 1994, STS-84 en 1997 et STS-103 en 1999.
Il a été responsable du Programme ATV (avec le 1er vol du Jules Verne en 2008).

Il est actuellement Président de la société Novaspace et astronaute actif à l'ESA.

En 2009, il publie ''Histoire(s) d'Espace'', où il relate son expérience et sa carrière d'astronaute, notamment sa mission STS-103 qui était une mission de maintenance d'Hubble.

Pour nous, il revient sur sa première mission STS-66 et en anglais pour nos lecteurs anglophones).

How many years were you connected to the space program prior to your flight ?
9 years

How did you feel prior to the flight ?
Feeling the incredible was going to become true. Great excitement of feeling not in the reality
What kinds of sensations did you experienced during take-off ?
Mentally : mixed of concentration and excitement of living something very strong in my life.
Physically : sense of power behind my back
What does weightlessness feel like, and what did you think about during the flight ?
Weightlessness is the sensation of not feeling your weight nor your body anymore and flying like a free acrobatic bird
I thought about the great priviledge I had to live this experience, and cried when admiring the beauty of our planet

What were some of the problems you encountered and how did you fix them ?
Secondary computer crashing when passing the south atlantic anomaly- just reboot

Lost few reaction jets when separating from the external tank – remove them from the software matrix of available jets

Backup power of robotic arm didn’t work right – not use it

One air probe didn’t deploy on time during entry – jiggle the switch got it out.
2 meter long icicle formed during water dump, ground controllers took too much time to accept our proposal to knock it off with the robotic arm, as the end-effector camera failed in the meantime – just let it brake up during entry , knowing however it would likely damage some thermal shield tiles.

What did you eat, and did it taste real ?
Had a lot of different dishes from the NASA shuttle (dehydrated, thermostabilized, and natural food) menu but also from the France southwest cuisine (duck liver, cassoulet, duck confit, etc.)
In general it tasted like on the ground , but felt I could accept far more hot and spicy than on ground. I organize an internantional meal onboard Mir on STS-84 for which each shuttle crew member brought food from his/her home country (French, Chinese, Peruvian, Texan, etc.)

What was re-entry like ?
Feeling myself very heavy, the videocamera also that I was holding over the pilot shoulder to film the landing
Felt that I’d better not move my head too much to avoid being sick when gravity was coming back
Were you glad to be back on Earth, or did you feel you could have spent the rest of your life up there ?
Each time , I wished and felt I could have stayed far longer. I would have liked to stay long enough to learn visually my home planet by heart 

Crédit : Collection     Stéphane Sebile / Spacemen1969
                                   Space Quotes - Souvenirs d'espace

samedi 20 mars 2010

Rencontre avec Robert T. McCall, Space Artist

 
En hommage à l'une de mes véritables idoles qui nous a quittée ce 26 février...
 
Robert T. McCall (23/12/1919-26/02/2010) est certainement un des plus grands Space Artist de tous les temps. Et pour moi, il sera toujours le plus grand.
 
Inconnu ou presque du grand public, alors que des millions de personnes connaissent son oeuvre sans savoir son nom, c'est le paradoxe de cet immense artiste et de son humilité...
 
Il est l'auteur de la célèbre fresque murale du National Air and Space Museum de Washington, du logo des missions Apollo 17, Apollo-Soyouz et des 5 premiers vols de la navette.
Il a créé de nombreux timbres Espace pour la poste américaine.
Il a participé aux décors de 2001 Odyssée de l'Espace, Star Trek ou le Trou Noir.
Il est l'auteur des célèbres villles flottantes, etc...
 
Ses oeuvres sur le programme Apollo sont inoubliables et criantes de vérité...
 
 
 
Voici une interview réalisée en 2002 lors de la visite de son atelier en Arizona...
 
 
Quelques mots sur vous et quand et comment avez-vous su que vous deviendriez artiste ?
Je suis né dans l’Ohio, à Columbus, il y a quelques années déjà (rires)…
 
Mon grand-père était docteur, un de ces véritables docteurs que l’on rencontrait dans l’Amérique ‘’profonde’’ de cette époque. Mon père était instituteur…
 
Depuis tout petit, je lisais beaucoup de livres et revues, surtout tout ce qui concernait les sciences… Mon grand-père avait écrit plusieurs articles pour la revue médicale américaine et j’ai lu et relu ses articles pendant longtemps…
 
J’ai eu aussi la chance de pouvoir lire énormément les premières revues de Science-fiction comme Amazing stories, Astounding, etc…
 
Je dévorai aussi Popular Science et le National Geographic…
 
Et vu que dès mon plus jeune âge, je me suis aperçu que j’étais pas trop mal doué en dessin (rires), j’ai décidé de devenir artiste vers 8 ans, même si ma famille aurait préféré que je sois docteur comme mon grand-père…
 
Comment avez-vous débuté ?
Fasciné par les avions, je décide de m’engager dans l’Army Air Corps. C’était la 2nde guerre mondiale… Puis, par un hasard du destin, je ne suis jamais allé plus loin que le Nouveau-Mexique (rires)…
 
Si j’étais parti à la guerre, je n’aurai jamais rencontré ma femme Louise qui étudiait les Beaux-Arts à l’Université du Nouveau-Mexique.
 
A la fin de la guerre, nous nous installons à Chicago pour travailler dans la publicité.
Mon modèle était Norman Rockwell. Puis après direction New York où je créais des illustrations pour des magazines comme Popular Science, Life, etc… Principalement dans les pubs pour l’aviation….
 
 
Comment vous êtes vous retrouvé artiste de la NASA ?
Au début de la conquête spatiale, l’US Air Force avait fait appel à des artistes pour promouvoir le programme et l’US Air Force…
 
Pour moi, qui adorait dessiner des avions, des machines, etc… c’était ma chance, je l’ai saisie, je me suis présenté. J’ai été pris… C’était le bonheur absolu…
 
J’ai voyagé aux quatre coins du pays et du monde, j’ai pu voir, toucher, tous les avions, voler dans presque tous… Approcher les pilotes, les pilotes d’essais, etc…
 
Puis la NASA a été créée et j’ai continué… J’ai assisté à presque tous les principaux évènements spatiaux américains des années 60 à maintenant… J’ai pu tout voir, tout toucher, tout essayer, tout visiter…
 
Comment expliquer vous ce réalisme dans vos œuvres… un réalisme saisissant… Lorsque l ‘on regarde une de vos œuvres, on se croit vraiment au cœur de l’action, dans l’œuvre…
(sourire…) Pour moi, je pense qu’un artiste doit faire corps avec ce qu’il peint.
Je dois donc être au plus près de l’évènement, du sujet que je peins, sinon, je pense que je n’aurai pas la même ‘’force’’ dans ma peinture…
 
Puis je suis devenu ‘’célèbre’’ à la NASA et j’ai eu la chance d’avoir carte blanche (rires…).
 

Puis Stanley Kubrick vous contacte…
En parallèle de mes travaux avec la NASA, je travaillais aussi pour Life où je dessinais des futurs vaisseaux spatiaux… C’est comme cela, et aussi pour cela (rires…) que Stanley Kubrick m’a contacté pour 2001 Odyssée de l’Espace.
 
Il fallait inventer des engins spatiaux, combinaisons, etc… du futur tout en étant tout à fait plausible et compréhensible pour les gens de l’époque (nous sommes en 1968). Il fallait que tout soit réaliste… Un sacré travail, croyez moi (rires…).
 
 
Qu’est-ce qui vous caractérise le plus ?
Je vis dans le futur…




lundi 15 mars 2010

Interview de Jason Petula, qui a été candidat pour la sélection d'astronautes NASA en 2004 et 2009

Jason Petula, 37 ans, actuel responsable du département Mathématiques et Sciences d'une école américaine, a été candidat pour devenir Education Astronaut lors des sélections d'astronautes de la NASA en 2004 (Groupe 19) et 2009 (Groupe 20).


Il a, à chaque fois, terminé dans le groupe des ''demi-finalists''.

Il a gentiment accepté de répondre à cette interview afin de partager sa passion pour l'espace et de nous faire comprendre ce qui pouvait motiver une personne à se présenter à une sélection d'astronaute.

Interview réalisée en 2010.

QUESTIONS TO JASON PETULA, DOCTOR OF MATHEMATICS AND SCIENCE

Why have you decide to become candidate for NASA astronaut selection ?
I always dreamed of being an Astronaut since I was boy.
I remember vividly the Challenger tragedy as a seventh grade student. Despite the risks, I wanted to be part of something bigger than any individual.
I wanted to be a member of team that accomplished remarkable feats that challenged the boundaries of human exploration.
I consider the Astronaut Corp to be a wonderful way to serve my county and fellow humans.

What is your job and why have choose to do it ?
My current job is the Director of Mathematics and Science at the Abington Heights School District.
My responsibilities include the supervision of all K-12 teachers of mathematics and science; alignment of curricula to state standards; professional development of faculty; and acting as a liaison between the science and education research community and professional educators.

I choose this position because I feel that reforms in education underway in the United States are analogous to urgency experienced during the Apollo era.

During the Apollo era (aka, the space race) our nation was challenged to regain supremacy in space. Over 400,000 people were directly involved in the Apollo program, and many people consider the moon landing to one of our nation’s most amazing feats – a source of national pride.

Now, our education system is need tremendous reform. The changes needed in education cannot be accomplished by an individual – it has to be a team effort.
I feel that the next ten years in education will be remarkable. If we are able to reform our educational system, we will return our system to the best in the world.

I suppose you would like to go in space. But why ?
My reason for wanting to go into space is simple. I enjoy exploration.

I have been fortunate to travel to all corners of the world. Whether it is Atlas Mountains of North Africa or the Amundsen-Scott South Pole Station in Antarctica, the desire to travel a little bit beyond previous explorers lingers.

In addition to personal reasons, I see traveling in space as a unique vehicle for inspiring students around the world to take more interest in science, technology, engineering, and mathematics.
Finally, the Astronauts I have been fortunate to meet were the most amazing people. I would consider it honor to work with them.

Did you think it's important for the mankind to have a step in space, to send man in space and why ?
There are many reasons why I believe a human spaceflight program is important.
First, and the least measureable, is the impact it has on students.
I met so many people that entered a STEM field because they were inspired by the Human Spaceflight program.
Second, I want to support scientific research that is amplified by low-gravity environments.
I am always amazed how many spinoffs from the Human Spaceflight program improve our standard of living.
I believe that the average citizen would support the investment of their tax dollars into the Human Spaceflight program if they better understood the return on their investment.

What represent for you Yuri Gagarin ?
I am not sure what you are asking, but I will do my best. Yuri Gagarin was the first human in space and that earns him a rightful place in the history of human exploration.

What represent for you Apollo 11 ?
The Apollo 11 mission represents the accomplishments of a national effort and the vision of President John Kennedy.
Although I often feel intense patriotism when I reflect on the Apollo program, I also feel a deeper connect to my fellow man.
Humans are explorer’s by nature. And, we are all members of the same family.
In the future, I suspect human spaceflight will become less of a nation’s effort and more of a global effort.
Apollo 11 represented what one nation can accomplish when everyone works toward a common vision.
The future holds that space exploration will require the effort of nations. For example, the construction of the International Space Station (ISS) is a great example of how many nationals can work together to accomplish the unimaginable.
Perhaps the lessons learned from these collaborations can drive progress in other areas beyond human space flight (e.g., eradicating Malaria, eliminating starvation, curing cancer, etc.)

What is your most incredible space dream ?
My space dream is to sit strapped in a capsule and feeling the rockets ignite as the countdown approaches zero. Then, embrace the energy during the lift off as the rocket propels upward from the pad.
After the short flight into low-Earth orbit, I dream of floating to a window and catching my first glimpse of the Earth from such a tremendous altitude. Ninety minutes I would celebrate my first circumnavigation of the planet orbiting in spacecraft.

dimanche 14 mars 2010

Interview de Julie Payette, astronaute de l'Agence Spatiale Canadienne, qui a effectué 2 missions à bord de la navette spatiale


Julie Payette est astronaute canadienne.
Elle a été sélectionnée en 1992 par l'Agence Spatiale Canadienne. Specialiste de Mission (Mission Specialist), elle a effectué 2 missions spatiales à bord de la navette spatiale : STS-96 en 1999 et plus récemment STS-127 en 2009.
 
Pour nous, elle revient sur sa première mission spatiale.
 
Interview réalisée en 2010.

How many years were you connected to the space program prior to your flight?
I was selected in 1992 by the Canadian Space Agency and my first space flight was in 1999.
 
What does weightlessness feel like, and what did you think about during the flight?
The most amazing thing about flying in lower earth orbit, on the Space Shuttle, is to be able to see at our beautiful planet Earth from above. It is absolutely magnificent and the only home we have so far in the universe.
Second to this incredible view, is the possibility to work and, live in the weightlessness.
Floating in the cabin is a lot of fun and after a bit of practice, astronauts become very good at pushing off a wall and fly to go from one place to another.
 
What were some of the problems you encountered and how did you fix them?
We did not encounter any major problems.
 
What did you eat, and did it taste real ?
Les astronautes mangent très bien là-haut!
Et on mange des aliments tout à fait normaux, comme des œufs brouillés, des légumes, de la compote de pommes, des noix et des biscuits au beurre. On choisit parmi un menu qui comporte une grande variété.
La grande différence, c'est que tout est empaqueté avec soin dans des emballages en plastique bien scellés pour empêcher que la nourriture s’échappe et commence à flotter librement dans la cabine.
Et pour réduire le poids et aider à la conservation des aliments (nous n’avons pas de réfrigérateur dans la Navette spatiale), la nourriture est déshydratée avant d’être empaquetée. Une fois dans l’espace, il nous suffit d’y remettre de l’eau, attendre quelques minutes, et consommer !
 

dimanche 7 mars 2010

Interview de Terry Marotta, journaliste et une des 40 journalistes sélectionnés par la NASA pour le programme Journalist in Space in 1986

Caroline''Terry'' MAROTTA est journaliste free-lance.
Elle a sa propre rubrique que l'on peut lire sur le site du journal Daily Register.com. Elle a également son propre site www.terrymarotta.com et son blog.
C'est une journaliste spécialisée dans les sciences et l'éducation.
En 1986, elle est l'une des 40 journalistes américains sélectionnés par la NASA pour le programme Journalist in Space. Mais, après l'accident de Challenger, le programme est remis en question, puis finalement annulé...
Cette interview est également visible sur le site du Daily Register d'Harrisburg (Illinois) http://www.dailyregister.com/opinions/x723441431/Terry-Marotta-Space-questions
Interview réalisée en 2010.
Q : Why have you decide to become candidate for NASA Journalist in Space selection ?
A : When they announced the Teacher in Space Competition all I could think was ‘Oh WHY did I leave teaching after only seven years? If I’d stayed in the classroom I could apply for this!’ Then the next fall, with Christa McAuliffe in flight training at the Johnson Space Center, a new competition was announced for people in my current career. A shiver went down my spine. A second chance?.
Q : I suppose you would like to go in space. But why ?
A : All my life I have struggled for a kind of perspective that has mostly eluded me. But each time I fly in a plane I can suddenly see my life whole; see our lives whole. I feel this sudden sense of exaltation, and want to tell everyone, “There’s so much more than we can see! We don’t HAVE to live like ants!
Q : Did you think it's important for the mankind to have a step in space, to send man in space and why ?
A : I think it’s very important. The human race is in its infancy! We’re babies, still in our playpens! But we’re learning fast now. It’s time to leave the house; to look around some. And this little solar system is just our front yard.
Q : What represent for you Yuri Gagarin ?
A : A Russian the first person up there?! Americans were horrified. And sure, back in ‘61 we kids played endless games of the Commies against the Americans, but we had this young President, and a dawning sense that there just might be room for all of us in his New Frontier.
Q : What represent for you Apollo 11 ? Which memory(ies) have you of this event ?
A : July of ’69. I stayed up all night with my new boyfriend to watch it with his mom on her black-and-white TV. We waited and waited to see that first boot set down on moondust. Little did we know that we would soon be family and 40 years would whiz past fast as any rocket.
Q : What will be your most incredible space dream ?
A : That someday there will be more people like you, fascinated by the prospect of space flight. With only a handful of missions left, I realize NASA won’t be putting me up there but maybe you will go, Stéphane, and how’s that for a dream? And when you get back, maybe I’ll get to interview you!

Interview de Jay Mathews, journaliste et un des 40 journalistes sélectionnés par la NASA pour le programme Journalist in Space en 1986

Thomas J. ''Jay'' MATHEWS est journaliste au Washington Post. Il a sa propre rubrique que l'on peut lire sur le site du journal. La rubrique s'appelle Class Struggle (http://voices.washingtonpost.com/class-struggle/).
C'est un journaliste spécialisé dans les sciences et l'éducation.
En 1986, il est un des 40 journalistes américains sélectionnés par la NASA pour le programme Journalist in Space. Mais, après l'accident de Challenger, le programme est remis en question, puis finalement annulé...
Interview réalisée en 2010.
Why have you decide to become candidate for NASA Journalist in Space selection ?
A : I was one of those kids who read Robert Heinlein and other science fiction, and wanted to be an astronomer when I grew up. My career goals change but i remained fascinated by space and a supporter of human exploration.
Q : What was your job during this selection and what is your activity currently ? Why have you choose a journalist career ?
A : I was the Post's L.A. bureau chief. I choose journalism originally as a way to get to China.
Q : I suppose you would like to go in space. But why ?
A : That's the future. I would like to get a sense of what it feels like.
Q : Did you think it's important for the mankind to have a step in space, to send man in space and why ?
A : It is the obvious future of our species. We are an explorer race. If the governments can't afford it, private groups will find the money.
Q : What represent for you Yuri Gagarin ?
A : Not sure I understand the question. He was a great man who took an enormous risk for the future.
Q : What represent for you Apollo 11 ? Which memory(ies) have you of this event ?
A : I had just come back from serving in Vietnam as a soldier, and was at Middlebury College polishing my Chinese before I went to graduate school. It was terrifically exciting, even on the little black and white TV in the student lounge.
Q : What will be your most incredible space dream ?
A : The first persons to land on an extra solar planet. What will they find? But more than that, the first contact with intelligent life beyond earth.

vendredi 26 février 2010

Interview de Frederick ''Rick'' Hauck, astronaute de la NASA qui a effectué 3 vols en tant que pilote - commandant de la navette spatiale







Frederick ''Rick'' HAUCK, ancien pilote d'essai de l'US Navy, est un astronaute de la NASA sélectionné en 1978 dans le Groupe 8.


Il effectue 3 vols spatiaux. 1 en tant que Pilote de la Navette (STS-7), 2 vols en tant que Commandant de la Navette (STS-51A et STS-26).


Il a volé lors de 3 des missions les plus emblématiques du Programme Shuttle (et qui ont aussi parmi les plus patchs du Programme)...
STS-7 qui voit la première américaine, Sally Ride, aller dans l'espace.
STS-51A qui est la mission de récupération de 2 satellites en orbite avec cette célèbre photo.
STS-26, qui est la mission de retour dans l'espace des navettes spatiales après l'accident de Challenger.


Il quitte la NASA en 1989.

Interview réalisée en 2009.
Interview de Frederick ''Rick'' HAUCK, concernant sa première mission spatiale STS-7

How many years were you connected to the space program prior to your 1st flight ?
Five years.
Selected in 1978 in the new group for the new area after Apollo.

How did you feel prior to the flight ?
Great anticipation... Some nervousness...

What kinds of sensations did you experienced during take-off ?
Exhilaration, some fear, 3 x force of gravity... Incredible...


What does weightlessness feel like, and what did you think about during the flight ?
Like a dream.
I can't really describe it. Thought what a great adventure.

What were some of the problems you encountered and how did you fixed them ?
None - Really ...


What did you eat, and did it taste real ?
Normal food. I enjoyed it.

What was re-entry like ?
Fascinating to be inside a white hot copance.

Were you glad to be back on Earth, or did you feel you could have spent the rest of your life up there ?
Happy to be back...



lundi 22 février 2010

Messages des 6 nouveaux astronautes de l'ESA a l'attention des candidats malheureux de la sélection ESA 2009

Voici les 6 messages exclusifs des 6 nouveaux astronautes de l'ESA destinés aux candidats malheureux qui n'ont pas été sélectionnés lors de cette sélection ESA 2009 + le message de Michel Tognini, patron des astronautes européens...
Ils ont tous répondu à la même question :
Quel est votre message pour les candidats malheureux à cette sélection et comment garder sa motivation jusqu'à la prochaine sélection ?
Message de Samantha Cristoforetti, Italie, enregistré le jour de la présentation des nouveaux astronautes ESA au siège de l'Agence Spatiale Européenne à Paris le 20 mai 2009.
Message de Luca Parmitano, Italie, enregistré le jour de la présentation des nouveaux astronautes ESA au siège de l'Agence Spatiale Européenne à Paris le 20 mai 2009.
Message d'Andreas Mogensen, Danemark, enregistré lors du Salon du Bourget le 16 juin 2009.
Message de Timothy Peake, Grande-Bretagne, enregistré lors du Salon du Bourget le 16 juin 2009.
Message de Thomas Pesquet, France, enregistré lors du Salon du Bourget le 16 juin 2009.
Message de Michel Tognini, Chef des astronautes européens, enregistré lors du Salon du Bourget le 16 juin 2009.
Et ici, message écrit de Alexander Gerst, Allemagne, à l'attention des candidats malheureux et qui m'a été envoyé le 23 mai 2009.
What is your message for the all unlucky candidates who have not selected this time and how keep the motivation for until the next selection...
There's a text line in a song from Seal that always fascinated me: "In a sky full of people, there's only some that want to fly, isn't that crazy?".
I guess it is indeed crazy to have a unique chance and not to give it a fair try. But you are different.
My message to all you guys is that at the very first of all, you can walk home with your head held high, because unlike many others, you gave your dream a chance to be fulfilled.
Even though it did not work out this time (which was a very realistic and likely outcome for myself, too, until Monday), you dared to live your dream and apply, you went trough the effort and expense of getting a medical certificate, you answered long and painful questionnaires, and some of you even went through some of the tough tests (the first of which were the hardest by far).
Even though you got not selected in the end, this effort was not futile. In a few years time, looking back on your life, and maybe after seeing a person on Mars, you can tell yourself: I've tried, I was part of it!
Imagine someone who didn't apply (like, unfortunately, some of my friends), arguing that it might be the best job in the world but the chances of success seemed too slim to go through the effort.
For me it was always the worst imaginable situation when I'm old, looking back at my life, seeing someone on Mars and thinking: well, I could have possibly been one of them, but I'll never know because I didn't try!
You won't have that problem, because you gave your dreams a chance. Whether dreams are fulfilled is not fully in our control, I know that, and I am grateful that I was a lucky one.
But that's not the important point - the important point is that you and I tried. I am one of you guys, I was just a little more lucky, that's all!
Now, to a second real important thing. Don't stop trying! I just read an awesome book called "A Man on the moon" by Andrew Chaikin, describing the personal circumstances of the Apollo astronauts.
I read in astonishment that some of the astronauts that finally landed on the moon had unsuccessfully applied in several application campaigns before they got finally selected.
Several of them even failed the medicals in their first attempts if I remember it right. So, persistence pays!
Of course I know that apart from persistence, it also depends on the timing of the next campaign, and I don't know when it will be. But surely it is not out of question that many of you can apply again next time!
In any case I wish you all good luck for the next selection campaign, which will hopefully come soon.
I truly hope to eventually become a colleague of many of you guys. From meeting so many excellent and fascinating people during the campaign, I know that this WILL be the case!
And, after all, we shouldn't forget that we (i.e. ALL of us) are the ones carrying the fascination for human space flight out into the public, therefore you create the future of spaceflight as much as the new astronauts do!
All the best,
Alex

dimanche 14 février 2010

Interview de Joe Engle, pilote du X-15 et Commandant de la Navette Spatiale

Joe Engle, ancien pilote d'essai de l'US Air Force, est un astronaute de la NASA sélectionné en 1966 dans le Groupe 5.
Il a la particularité d'avoir été aussi pilote de X-15 avec lequel il effectuera 16 vols dont 3 ''vols spatiaux'' (Vols X-15 n° 138/143 et 153 en 1965). Il est donc le 1er et le seul homme a avoir été dans l'espace avant d'être sélectionné par la NASA comme astronaute.
Titulaire du poste de pilote du LEM lors de la mission Apollo 17, il devait être le 12ème homme sur la Lune. Mais il est remplacé par Harrison Schmitt suite aux coupures de budget. Il ne marchera pas sur la Lune.
Affecté au programme ALT-Enterprise, il effectuera 2 des 5 vols d'Enterprise en tant que Commandant. Il commandera 2 missions orbitales de la navette spatiale lors des missions STS-2 et STS-51i.
Il quitte la NASA en 1986.
Interview réalisé en 2002.
Q : Quand et comment vous êtes vous retrouvé pilote d’essai à la base d’Edwards ?
R : Je suis devenu pilote de l’US Air Force à ma sortie de l’Université où j’avais obtenu mon diplôme d’ingénieur en aéronautique. J’aime les avions depuis que je suis tout petit et les avions de chasse, et surtout pouvoir les essayer, me fascinaient énormément.
J‘ai donc opté pour un diplôme d’ingénieur qui était un excellent moyen de devenir pilote d’essai par la suite… J’ai été affecté dans différentes escadrilles avant d’être accepté pour suivre la formation de pilote d’essai de l’USAF (USAF Test Experimental Test Pilot School) à Edwards en 1959. Un de mes rêves se concrétisait… J’ai pu piloter et contribuer au développement d’avions formidables comme la série des F-100, F-102, F-104, F-105, F-106, etc…
La formation durait environ 1 an… Il faut croire que j’ai dû bien travaillé (rires…) car après on m’a proposé de suivre la formation de pilote d’essai aérospatial de l’USAF, toujours à Edwards et dirigé à l’époque par Chuck Yeager, en personne… Le rêve pour un jeune pilote…
Q : Vous êtes ensuite affecté au programme X-15 en 1963. Comment avez-vous réagi lorsque l’on vous a annoncé cette bonne nouvelle ?
R : J’étais tout content, très heureux… Pour moi, personnellement, c’était la reconnaissance de mon travail, mais surtout, c’était la joie de pouvoir piloter l’avion le plus extraordinaire de son temps…
L’objectif de cet appareil était de flirter avec l’espace et d’aller à une vitesse incroyable… Au moment de mon affectation, il avait déjà franchi Mach 5 et Joe Walker venait de faire officieusement un vol spatial… Comment être triste de cette affectation… (rires)
Q : Comment s’est passé votre entrainement au pilotage du X-15 qui diffère énormément de tous les appareils que vous aviez piloté jusqu’alors… ?
R : Outre les nombreux cours de formation au sol concernant l’appareil, ses performances… Bref, les cours de théorie, nous passions énormément, énormément de temps sur le simulateur… Chaque vol était préparé, répété sur le simulateur…
Chaque vol était un vol de recherche, donc ils étaient à chaque fois différents et les répétitions aussi. Puis nous terminions la préparation d’un vol par les phases d’approche et d’atterrissage, sur F-104…
Donc, chaque vol étant préparé, le pilotage n’était pas aussi compliqué que cela (rires…)
Q : Comment répétiez-vous donc avec le F-104 ?
R : Nous devions simuler le plus réellement possible l’approche et l’atterrissage que nous aurions en X-15. Vu que le X-15 atterrissait en planant, nous n’avions pas le droit à l’erreur.
On montait donc à 10 000 pieds (3 km environ) et on sortait tout pour l’atterrissage… Train, flaps, aérofreins. On descendait avec le nez à 30° en l’air par rapport à l’horizon, et on réduisait la puissance moteur d’environ 20-25% afin de coller au plus près aux exigences du X-15… Jusqu’au sol…
Q : Le F-104 était donc utilisé pour la simulation d’approche, mais comment simuliez-vous les vols en haute altitude ?
R : On avait un petit (sourire) avion spécialement transformé pour cela… Le NF-104.
Il s’agissait d’un F-104 sur lequel on avait rajouté un moteur-fusée au-dessus du réacteur…
Cela nous permettait d’atteindre une altitude suffisante pour utiliser le système de jets de peroxyde d’hydrogène, pour le manœuvrer, comme on aurait à manœuvrer le X-15…
De plus, cela nous permettait de simuler notre descente balistique à très haute altitude… Nez en bas, pour éviter trop de frottements, nous descendions ainsi jusqu’à la reprise du contrôle de l’appareil par les commandes classiques…
Q : A quoi ressemblait un vol du X-15 et comment se passait la journée ?
R : La journée était longue, très longue… Elle commençait aux aurores…
Il fallait revoir la mission tous ensemble le matin… Après, il fallait s’habiller et là aussi cela prenait du temps… Ensuite, on montait dans le X-15 puis le B-52 montait jusqu’à la zone de largage… Cela prenait souvent plus d’une heure… heure où vous en profitiez pour passer tout en revue dans la tête, car une fois dans la zone de largage, qui était énorme, on attendait que tout le monde soit prêt (B-52, avions-suiveurs, contrôle au sol, communications, etc…).
Puis, hop… largage… Le vol ensuite durait une dizaine de minutes, mais 10 minutes très intenses… Largage, mise en route du moteur-fusée pendant 90 secondes environ… En fonction du type de vol, soit on montait très haut, soit on allait très vite… Retour dans l’atmosphère, approche et atterrissage… Pour les retours des vols en haute altitude, vu que nous redescendions très vite, nous subissions plus de g que pour les vols dits Haute Vitesse. Vers 25 000 mètres, nous avions suffisamment freinés pour reprendre un pilotage normal…
Q : Parmi vos 16 vols en X-15, dont 3 qualifiés de spatiaux, quel(s) souvenir(s) gardez-vous ?
R : Que des bons (rires)… Notamment mon premier vol à plus de 50 miles où je devenais officiellement astronaute car j’étais militaire, ce qui n’avait pas été le cas de Joe Walker, qui était civil… Un problème avec la verrière de mon cockpit qui a craquée à haute altitude m’a causé un peu de stress mais sinon cela a été une période absolument fantastique…
Quel avion que c’était…
Q : Vous êtes ensuite affecté à la NASA en tant qu’astronaute, ce qui fait que vous êtes devenu le premier homme à avoir été dans l’espace avant d’être astronaute NASA. Comment cela a-t-il été ressenti…
R : Qu’est ce que l’on a bien rigolé… Au début on n’arrêtait pas de me charrier… Mais cela a passé très vite… (rires)
Q : Vous êtes sélectionné en tant que doublure pilote LEM pour Apollo 14, ce qui fait que vous deviez être automatiquement titulaire 3 missions plus tard, du fait des roulements d’équipages. Donc, pour Apollo 17… Mais à cause des suppressions de budget et de la suppression des 3 dernières missions lunaires prévues (Apollo 18, 19, 20), on vous remplace par Harrison Schmitt, car il fallait un scientifique pour la dernière mission. Comment avez-vous vécu cela ?
R : Une réelle catastrophe … (fait mine de se pendre en rigolant)… Non, pas jusqu’à là, mais une énorme déception. Enormément de travail, pour en arriver là…
Mais, bon, j’ai relativisé… A cause de ces suppressions de missions, il fallait envoyer un scientifique sur la Lune… C’était une décision logique…
Puis on ne fait pas carrière en se focalisant sur ses désirs personnels. Le programme Apollo était le travail d’un nombre considérable de personnes, et non autour de moi (rires…).
Q : Vous êtes ensuite affecté au Programme Navette. Vous ‘’qualifiez’’ Enterprise et le concept Shuttle avec Enterprise en effectuant 2 des 5 vols ALT. Le X-15 et les Lifting Body ont participé à la création de la navette spatiale, quelles différences entre la navette et le X-15 lors de la rentrée ?
R : Pour la rentrée, les angles ne sont pas pareils… En X-15, l’angle d’attaque était de 25-28° en rentrée d’atmosphère. On a un angle d’attaque de 40° pour la navette. Et comme la descente en X-15 est plus rapide que la navette, environ 1 minute contre 15 à 20, la rentrée demande plus de précision de pilotage pour le X-15.
De plus avec la navette, on commence la descente à 1,5° de pente puis nous arrivons à un taux de pente de 5-6° lors du passage en subsonique.
Et puis, surtout la navette est plus lourde, plus grande, donc les sensations ne sont pas identiques, tant visuellement que physique.
Q : Vous avez effectué 3 missions spatiales en X-15 et 2 missions spatiales en orbite avec la navette ? Quels souvenirs en gardez-vous ?
R : D’abord, beaucoup de fierté pour le travail accompli… Même si j’avais fait vols dits spatiaux en X-15, les sensations et impressions étaient différentes.
Si je devais retenir une chose, c’est de ne pas y être resté plus longtemps, là-haut… Car lors de ces missions, il y avait tant de travail à faire, expériences, tests, entrainement, etc… que je n’ai pas pu en profiter pleinement…
Je me verrai bien rester là-haut et ne rien faire, si ce n’est flotter…

lundi 8 février 2010

Rencontre avec Jean-Loup Chrétien, premier français dans l'espace, pour la sortie de son livre Rêves d'étoiles




Jean-Loup Chrétien est le premier astronaute français dans l'espace.
Sélectionné en 1980 par le Centre National d'Etudes Spatiales, il effectue son premier vol en juin 1982 à bord de Soyouz T-6 PVH.
Il effectue une deuxième mission, d'un mois cette fois-ci, à bord de Soyouz TM-7 Aragatz en nov-déc 1988 et effectue une EVA.
Il effectuera son 3ème vol à bord de la navette américaine Atlantis lors de la mission STS-86 en sept-oct 1997.
Il prend sa retraite en 2001.

Rencontre et interview réalisé lors de la Foire d'Automne de Paris le 17 octobre 2009 lors de la dédicace de son livre, écrit en collaboration avec Catherine Alric, Rêves d'étoiles...


Question : Quel était l’objet de ce livre ? Pourquoi avoir fait ce livre ? Cela fait longtemps que vous aviez envie de le faire ensemble…
Catherine Alric : Absolument, on avait envie de faire ce livre depuis très très longtemps… Depuis une vingtaine d’années. Ce livre était un projet de longue date.

J’ai eu envie de réunir toutes ces questions que les gens lui posaient… Aussi bien des questions d’enfants, que des questions d’adultes, sur comment vit un cosmonaute ? Qu’est ce qui se passe dans sa tête, dans son corps au moment du décollage ? l’entraînement, la vie dans le vaisseau, et le retour sur Terre…
Voilà… Toutes ces questions qu’on lui posait sans arrêt, j’ai voulu les traiter de façon très simple et très humaine, pas du tout scientifique, du moins pas vraiment scientifique, même si Jean-Loup, de temps en temps, explique des choses plus ardues. Mais je voulais surtout avoir son avis sur ce qu’il ressentait dans l’espace.
Ça, ça a fait partie de la première partie du livre…
Ensuite, j’ai fais plutôt l’aspect humain… Qu’est-ce qu’il en a retenu ? Quelles modifications dans son comportement intellectuel ? et est-ce que cela lui apporté des convictions autres après ce, après ces voyages, puisqu’il a fait trois vols…
C’est un livre en 2 parties : la vie du cosmonaute et la vie de l’homme après, dans tous les domaines… Ce qu’il a en a retiré ? quel a été le bénéfice de ses voyages ?
Puis, j’ai trouvé normal qu’il parle de ça, parce que c’est le 1er cosmonaute français, d’Europe de l’Ouest et qu’il n’y avait jamais eu un livre sur lui qui parle de cette façon-là.
Il avait déjà fait 2 livres avant, mais qui étaient beaucoup plus scientifiques, techniques, sur un vol bien spécifique. Mais pas sur une carrière, sur l’ensemble d’une carrière.
Ça çà m’intéressais de parler de çà, de façon simple, accessible à tous, aussi bien pour les enfants que pour les grands, et plonger dans la vie d’un homme qui a été dans l’espace…
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Question : Jean-Loup Chrétien, je pense que vous êtes d’accord avec ce que vient de dire Catherine… elle vient d’employer le mot de cosmonaute, alors, avant toute chose, qu’est-ce que l’on doit dire ? Cosmonaute ou Astronaute ?

Jean-Loup Chrétien : Je vais revenir sur ce qu’a dit Catherine – 2 ou 3 petites choses pour compléter, pour remettre le contexte.

On a mis beaucoup de temps à faire ce livre… Cela fait 27 ans que l’on se connait avec Catherine et cela fait 25 ans que l’on a eu l’idée de faire un livre.
Il y a 25 ans, on était un peu plus souple, on était des gazelles.
On a commencé à parler d’ébaucher un livre autour de la piscine de Catherine en Auvergne, et très vite on a senti que le soleil nous tapait dessus, que l’eau de la piscine était trop tentante, et que le pastis n’était pas loin… et on a fait une ½ page par semaine à peu près… Et le livre n’aboutissait pas…
Puis à l’époque, j’avais une carrière de cosmonaute-astronaute.
Il se trouve que j’ai commencé en URSS en 1980…et c’était une particularité. Cette situation avait déjà été rencontrée par d’autres occidentaux, par d’autres français pendant la 2ème guerre mondiale…
L’escadrille Normandie-Niemen avait défendu les couleurs françaises avec les soviétiques sur des avions de chasse soviétiques, et je me retrouvai dans une situation presque conflictuelle vis-à-vis de beaucoup de gens dans le monde, en tout cas dans le bloc de l’Ouest, en tant que cosmonaute.
Et ensuite, j’ai continué ma carrière également en France en tant que spationaute, puis je suis retourné en Union Soviétique, et j’ai terminé ma carrière comme astronaute américain à la NASA, vu que j’ai la double nationalité.
Donc c’est une particularité qui a beaucoup compté.
C’est les deux extrêmes que j’ai vécu avec beaucoup d’expérience entre ces deux jalons. L’un de départ, de départ de l’Armée Française vers l’Union Soviétique tout en restant, bien sûr, dans l’Armée Française, détaché en URSS et une carrière terminée chez les américains avec le drapeau américain sur la combinaison de vol.
Donc dans ce livre, cette situation, évidemment, transparait en permanence.
Beaucoup de questions et beaucoup de réponses à des réponses de Catherine sont colorées entre ces deux jalons essentiels, de 25 ans de carrière.
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Question : Pourquoi avoir choisi cette photo sur la couverture car vous êtes difficilement identifiable, Jean-Loup ?

Jean-Loup Chrétien : Si, si… c’est bien moi… même si on peut se demander qui est l’huluberlu qui est sur la photo (rires…).
Catherine, elle, on la reconnait au dos du livre…
Catherine Alric : J’ai choisi cette photo parce que je la trouve extraordinaire…
Elle a été prise par son collègue cosmonaute. J’ai regardé plein de films, de photos de cette période, et l’on peut toujours remarqué qu’il a le sourire, l’œil pétillant, comme si tout ce qu’il faisait était facile…
Même si on ne voit pas trop son visage, on peut voir que même là, alors qu’il est hors du vaisseau, un moment très très fort, très dur, très merveilleux en même temps, il pétille… Cette photo, pour moi, représentait bien tout ce qu’il a fait dans l’espace…
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Question : Alors, ce que vous racontez dans ce livre, ce sont aussi les questions que vous avez posées, Catherine. Comment on devient astronaute ? Beaucoup d’enfants rêvent d’être astronaute, beaucoup d’enfants rêvent de partir au-dessus de la Terre, de voler au-dessus de notre jolie planète. Alors, c’est facile ou pas facile ?

Jean-Loup Chrétien : Ça commence par l’école buissonnière… faut commencer très jeune (sourire…).

C’est l’époque où on est très curieux, extrêmement curieux… dans un petit village de Bretagne, sous les avions allemands, et régulièrement sous le feu des avions alliés et avions allemands qui venaient pilonnés régulièrement la région…
Les allemands étaient sur place… J’avais cette curiosité extrême : qu’est-ce que c’est que ces machines ?
Et puis l’école de ce petit village, l’école buissonnière, travailler quand on en a envie, des résultats scolaires qui étaient ce qu’ils étaient, et puis des essais en tant qu’organiste. Organiste c’était ma vocation initiale, une passion sentimentale…
Mais j’avais la passion de ces tas de ferrailles en l’air et de pouvoir y aller un jour.
Donc organiste, cela ne s’est pas fait. Puis c’est l’entrée dans l’Armée de l’Air. Affectation à l’école de l’Air à Salon de Provence et Elève-Officier quand Gagarine a volé et c’est là que j’ai eu le déclic…
Catherine Alric : Dans ce livre, j’ai voulu aussi parler de l’homme qu’il était avant d’être cosmonaute.
Il a eu à Orange un entrainement qui était extraordinaire, dont il ne lui paraissait pas important de parler.
Et pour moi, c’était important d’en parler, parce que c’était des pionniers, qui prenaient des risques invraisemblables, même si eux ne les considéraient pas comme tels…
J’avais aussi envie d’enlever un voile sur toute cette période là qui est très importante. On voit là de jeunes pilotes partir dans leur avion de façon incroyable, en prenant des risques extrêmes, et en s’amusant tout le temps. C’est ça que j’ai voulu aussi montré.
Tout ce qu’a fait Jean-Loup m’a sidéré, tout a été fait avec une joie de le faire, même si parfois il perdait des copains en cours de route...
Jean-Loup Chrétien : L’aviation de chasse dans les années 60 était dangereuse. Les machines n’étaient pas ce qu’elles sont maintenant, et on prenait aussi plus de risques et on perdait beaucoup de copains…
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Question : On va brûler les étapes… Le livre est à lire et chacun se reportera à celui-ci. Comment est-ce qu’on est choisi ? Comment est-ce qu’on passe du statut de pilote de chasse en France à celui de cosmonaute en Union Soviétique ?
Jean-Loup Chrétien : Actuellement, il y a 3, même 4 avec la Chine maintenant, endroits au monde, où on fait des appels à candidature relativement régulièrement.
Les premiers ont été les russes et les USA. Ensuite l’Europe a pris le relais, et puis la Chine maintenant, qui fait quelques appels à candidature… Régulier aux USA et en Russie, moins régulier en Europe. Chaque candidat se propose… En général, il y a beaucoup de candidats.
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Question : Y en a-t-il de présentés par les autorités militaires ou bien se présentent-ils spontanément ?

Jean-Loup Chrétien : Il s’agit d’une volonté personnelle de se présenter. Il n’y a pas de liste où on vous dit que vous serez candidat.
L’Armée de l’Air avait une liste mais basé uniquement sur le volontariat des pilotes.
C’est le volontariat qui prime… De toute façon si on n’est pas volontaire, et qu’on n’est pas motivé, on échouera…
Les agences reçoivent les dossiers de candidatures et les agences commencent à faire le tri et procèdent à des épreuves éliminatoires, qui en général, éliminent environ 50% de la population présentée.
Les épreuves durent de 6 mois à 1 an en général. On n’y est pas tous les jours… La première sert à éliminer, comme je le disais, environ la moitié. Cela prend beaucoup de temps. Pas trop aux candidats mais surtout à ceux qui font passer les épreuves.
Petit à petit, cela s’accélère..
Pour nous, les épreuves se sont étalées de septembre 1979 à juin 1980, soit environ 9 mois. Avec une trentaine d’épreuve pour terminer dans un petit groupe de 5-6… puis j’ai eu la chance de faire partie des 2 derniers sélectionnés. Quelques exemples, quelques images, si possibles les plus amusantes, que je peux vous donner concernant les épreuves.
L’organisation des épreuves est assurée par des spécialistes : les épreuves de psychologie par des psychologues, les épreuves physiques par des spécialistes d’épreuves d’effort, etc… Il y a plein de médecins.
Pour ma première épreuve, épreuve qui existe toujours, qui se déroulait au Centre d’Essai en Vol de Brétigny, chez les médecins militaires spécialistes de vol, et bien c’était le Tabouret Tournant.
Le Tabouret Tournant est une invention russe…c’est un tabouret qui tourne à une certaine vitesse sur lui-même. On est donc assis sur ce tabouret, les yeux bandés, et on doit baisser la tête, relever la tête, baisser la tête, etc … Et très rapidement, on a l’impression de tourner dans tous les sens. C’est une épreuve considérée comme redoutable, et les victimes les plus sensibles, avaient en 20 secondes, déjà rempli un sac… et hop, les épreuves sont terminées pour eux…
J’étais parmi les moins sensibles, en fait, j’avais la chance d’être insensible à ce truc là. Non pas parce que je suis né avec du béton dans les oreilles, mais avant les épreuves, j’avais passé tout l’été en mer du matin au soir, sur un caboteur avec mon frère, et qui faisait çà sur les vagues (montre un fort tangage avec les mains). Et là, forcément, le béton s’est installé petit à petit dans les oreilles et donc, le mal de mer je ne connaissais pas.
Cette épreuve, pour dire à travers cette petite image, vous avez de la chance ou vous n’avez pas de chance. Là je pense que j’étais relativement insensible par le fait d’avoir passé l’été à caboter sur les vagues…
Catherine Alric : Il est breton, il est modeste, et en plus, il a un estomac extraordinaire… il vous dit ça simplement, mais en fait il mangeait du cassoulet dans la cabine du bateau à 6h du matin…
C’est vrai qu’il a une résistance à plein de choses qui est un peu hors norme…
Jean-Loup Chrétien : Pour cette première épreuve, il y avait une ‘’conspiration’’, car la plupart des candidats ce jour-là, était de la région parisienne, ou travaillait au Centre d’Essai en Vol de Bretigny.
Et moi, je venais d’Istres, dans le sud de la France… et j’étais donc venu en avion militaire, en avion à réaction… Chose déjà à ne pas faire.
J’arrive à 11h du matin pour un début d’épreuve à 13h30… et les gars sur place m’ont dit – vas déjeuner, tu viens passer une heure et demie en l’air, faut aller manger – çà c’était le vrai coup fourré, car il ne fallait pas aller déjeuner… Le déjeuner, c’était de la choucroute garnie… donc j’ai mangé une choucroute garnie juste avant d’aller sur mon tabouret… Tout est resté en place, pas de problèmes (rires…)
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Question : Alors, au final, vous êtes choisi… Vous partez pour la Cité des Etoiles pour y suivre votre entraînement de cosmonaute… Catherine, vous avez visité la Cité des Etoiles …

Catherine Alric : Effectivement, j’ai eu la chance de passer plusieurs jours à la Cité des Etoiles, et je dois dire, que j’avais été émerveillée, par le site qui est exceptionnel car en pleine campagne sous la neige quand j’y suis allé, et il y avait une joie de vivre des cosmonautes parce que plein de pays étaient représentés.
Des cosmonautes de tous pays qui s’entrainaient ensemble. Il y avait là une entraide, quelque chose de chaleureux, qui respirait de cet endroit…
Et la 2ème chose qui m’a sidéré, c’était de voir les centres d’entrainement, notamment la piscine où la station MIR était recréée à l’intérieur, au fond de celle-ci, et tous ces hommes en scaphandres qui s’entraînaient justement pour apprendre à vivre en apesanteur… C’est extraordinaire comme endroit…
Et surtout, il y avait un homme… J’en parle toujours avec chaleur… Leonov, qui pendant que les hommes étaient dans l’espace, s’occupaient des femmes de cosmonautes pour éviter le vague à l’âme, lever les craintes, et cet homme m’a beaucoup marqué… Il était chaleureux, c’était un des plus anciens, des plus âgés…
Je vois la Cité comme un petit paradis, mais ce que devait vivre Jean-Loup à l’entraînement au quotidien, était dur mais l’ambiance était fabuleuse…
Mais avec Jean-Loup, on a toujours l’impression que tout est facile et même si c’est dur, cela a l’air facile…
Il a toujours confiance en lui. Jamais je ne l’ai entendu dire un mot de douleur, se plaindre, râler sur quelqu’un ou quelque chose qui ne s’est pas bien passé… On a l’impression qu’il n’a eut que des bons souvenirs, et la facilité pour le faire…
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Question : Jean-Loup, vous qui pensiez avoir fait le plus dur en étant sélectionné, vous qui n’attendiez que de monter dans un vaisseau spatial, vous avez un peu déchanté au début…

Jean-Loup Chrétien : Vous savez, on partait à 2. On savait que cela n’allait pas être tout rose… On avait des échos de ce qui se passait là-bas… Ce qu’on a vu, ce que l’on a entendu, ce qui nous a été dit dans les premiers jours, nous a fait descendre encore un peu plus bas…
J'ai vécu comme un retour en arrière, en pension, comme si je retournai au collège Saint-Charles à Saint-Brieuc. Pensionnaire avec autorisation de sortir le samedi après-midi, et encore…C’était un peu pareil…
Pas de téléphone pour appeler la France, pas de possibilité de vacances pendant deux ans…
On s’attendait à une douche tiède, la douche a quand même été assez froide…
Catherine Alric : En même temps, ils avaient une connivence ensemble entre cosmonautes. Je pense que Jean-Loup, à travers ses interviews que j’ai lues et les questions que je lui ai posées, ça été pour lui, une période de sa vie, peut-être même la période la forte au niveau amitié, dans tous les sens du terme… Il aimait la nourriture, la vodka, le caviar, la culture russe… Je crois que ses meilleurs souvenirs se situaient là-bas malgré l’austérité de l’endroit…
Jean-Loup Chrétien : C’était les premiers jours qui parurent difficiles.
Le lendemain de notre arrivée, on s’est retrouvé dans le bureau des patrons des cosmonautes soviétiques, qui était colonel de l’Armée Rouge… Un ‘’géant’’ en uniforme pétant de santé – il devait faire 4° dans son bureau, les fenêtres ouvertes – et nous expliquant comment cela allait se passer.
Mais après quinze jours trois semaines, les choses ont commencé à changer…
Mais il a fallut trois mois, trois mois pour que cela commence à se dérider et que l’on commence a être accepté dans cette grande famille…
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Question : Combien de temps dure la formation d’un cosmonaute, d’un astronaute ?
Jean-Loup Chrétien : Cela dépend… là, ça a duré 2 ans… Pour certains cosmonautes russes, cela a été plus long et il y a eu quelques formations plus rapides… Mais si l’on veut avoir la qualification professionnelle qui permette de bien connaître les systèmes et de prétendre être en équipage, il faut 2 ans… Un minimum de 2 ans…
Aux Etats-Unis, lorsque j’y suis allé en 1994-1995, j’ai été intégré à la promotion 1995 des astronautes américains et cela a duré un an et demi…
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Question : Comment est-ce que l’on vit un décollage ? A-t-on peur ?

Catherine Alric : Toute la première partie du livre, c’est vraiment cela… J’ai voulu donner dans les questions toutes les informations de ce qu’il a pu ressentir au moment du décollage, de l’arrivée en orbite, de la sortie extravéhiculaire, du retour sur Terre.
C’est cela qui m’a intéressé, c’est de la faire vivre de l’intérieur…
Pas uniquement de savoir où se trouve le vaisseau par rapport à la station…
C’est exactement ce qu’a fait Jean-Loup qui s’est donné, livré plus précisément…
Jean-Loup Chrétien : La formation dure 2 ans et on a largement le temps de se préparer… Le temps de l’imaginer.
La préparation nous fait tout savoir du véhicule, pour que vous sachiez vous en servir, que si cela ne marche pas que vous sachiez le remettre en route, etc…
Donc, il faut avoir confiance, on ne peut pas descendre en cours de route…
Si on a confiance, cela veut dire qu’au bout de 2 ans, on est complètement aguerri et qu’on peut imaginer tous les cas possibles de pannes graves, même si certaines fois, des pannes qu’on n’ avait pas prévu arrivent… On peut y faire face…
Il faut être bien préparé et il faut se dire, savoir, que l’on est conscient du risque…
Pour les américains, on sait qu'on peut perdre une navette pour 100 vols – c’est entre autre pour cela qu’on l’arrête, très dangereuse…
C’est comme si on vous proposait de jouer au Loto toutes vos économies et que vous aviez une chance sur cent de gagner, vous dites non …
Et bien, là c’est pareil… Vous vous dites qu’on a une chance sur cent que le système ne marche pas, cela ne fait pas beaucoup…
Beaucoup d’un côté mais aussi pas beaucoup de l’autre, et c’est pour cela que vous acceptez.
Durant ces 2 ans d’entraînement, on a le temps d’y penser, d’y réfléchir et de se dire… Est-ce que je suis prêt à jouer à ce jeu-là ? ou je ne joue pas ?... La roulette russe, il n’y a que 6 balles dans le barillet, il y a encore moins de chances et pourtant, certains y jouent…
La préparation est longue, elle est là pour vous donner confiance : ça peut arriver mais ça ne vas pas m’arriver… J’ai 1 chance sur 100 que cela m’arrive, mais j’ai aussi 99 chances sur 100 que cela ne vas pas m’arriver…
Ça c’est important… Ce qui fait que les gens ont confiance, ne sont pas inquiets… Si l’on est inquiet, c’est le début de la peur… On ne peut pas être inquiet, on ne peut pas avoir peur, puisque l’on a confiance…
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Question : Catherine dit que vous dormiez….
Catherine Alric : … Il ne va pas vous le dire, mais je trouve cela incroyable… Pour se mettre en confiance, sur son 3ème vol, sur la navette américaine…
Jean-Loup Chrétien : … On fait sur la navette américaine quelque chose que l’on ne fait pas sur Soyouz…
On fait 15 jours avant le départ, ce qu’on appelle une répétition générale.
On est dans la navette sur le pad de Tir. La navette est prête à partir sauf que les réservoirs sont vides… C’est une simulation…
Et au moment d’allumer les moteurs, on créé une panne virtuelle…
Psychologiquement, c’est important, car on est vraiment dans les mêmes conditions que l’on va être au décollage 15 jours après …
Là, c’est vraiment impressionnant, on pense à plein de choses : on pense qu’une navette c’est dangereux… On sait que s’il arrive quelque chose dans les 2-3 premières minutes, on n’a peu de chances dans réchapper…
Même si cela ressemble à un avion… Un avion de chasse est plus sûr qu’une navette ou un Soyouz…
Donc, pendant cette répétition, on y pense un peu plus, parce que l’on a que cela à faire, penser…
Qu’est-ce-que cela va être ? Comment cela va se passer dans 15 jours ? Et si …. ? Et si … ?
J’étais quand même impressionné car je me suis dis que dans 15 jours, c’est pour de bon…
Alors, je me suis dit que le meilleur moyen de vois si dans 15 jours j’ai confiance, c’est d’essayer de m’endormir…
On est deux heures, deux heures et demie dans la navette avant le décollage et, 20 minutes avant la mise à feu, il y a un moment de calme où l’équipage n’a plus grand-chose à faire…
On attend… Au sol, on continue le compte à rebours… On est allongé sur nos sièges. Assis mais les sièges sont à la renverse, le dos appuyé sur le dossier et les genoux en l’air – c’est d’ailleurs une position pas confortable du tout – et je me suis endormi…
Mon genou droit est tombé et a touché mon voisin. Je n’avais pas dû dormir longtemps… 30 secondes, peut-être une minute, mais j’avais fais le pari, non pas un pari, je m’étais posé la question de voir si je pouvais m’endormir…
Les 2 autres astronautes derrières moi parlaient du match de foot qui se jouait entre leurs deux écoles, Princeton et l’Ecole des Marines… Ils n’avaient rien à faire et parlaient du match… Ils en parlaient avec un tel enthousiasme que le Commandant de Bord, qui était Jim Wetherbee, leur a demander d’arrêter un peu et de mettre une sourdine car il n’entendait plus les gens du sol…
Catherine Alric : C’est aussi cela que j’ai voulu montrer à travers le livre…
Les rapports qu’ils avaient entre eux.
Comment ils peuvent vivre ce temps ensemble sans avoir des problèmes psychologiques, d’inimitié, et ça dans ce livre, Jean-Loup l’a bien rendu, bien expliqué en disant qu’effectivement d’abord, l’équipage a répété, travaillé ensemble, et que l’équipage à une telle confiance entre eux que de toute façon, tout se passe bien… Il n’y a pas de problèmes entre eux…
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Question : Vous avez été 3 fois dans l’espace et …
Jean-Loup Chrétien : Je devais y aller une 4ème fois en 2001-2002 mais, hélas, il y a un mexicain qui m’a lancé une caisse sur la tête… (sourire). Il ne l’a pas fait exprès bien sûr, mais j’ai été touché aux vertèbres et j’ai donc arrêté l’entraînement…
Question : Avez-vous eu peur lors de l’EVA qui est un autre moment fort de votre carrière ?
Catherine Alric : Jean-Loup avait fait une conférence dans une école d’enfant, celle de mon fils, et je dois dire que la question primordiale est de savoir ce qu’il ressent, ce qu’il ressent d’être attaché à ce cordon ombilical relié au vaisseau et d’être dans le vide de l’espace…
Cette question est toujours posée et Jean-Loup en parle de façon très poétique… C’est le passage du livre que je préfère…
Jean-Loup Chrétien : D’abord, entre le départ, 2 heures – 2 heures et demi avant le décollage, on sait que c’est la fin de la préparation.
On a passé 2 ans à attendre ce moment-là…
Pendant 2 heures on est assis, on est prêt à partir…
Les contrôleurs au sol mettent à feu les moteurs et 8 minutes après, on est dans l’espace… ça c’est important, parce que cette transition entre ces 2 années et puis l’arrivée sur orbite qui passe par ce moment incontournable, qui consume une quantité d’énergie phénoménale, ce sont des millions de tonnes de carburant pour envoyer tout ça là-haut, échapper à l’attraction terrestre.
Ça on le sent... On le sent bien qu’on est assis sur un énorme pétard et qu’il ne faut pas que le pétard pète trop vite.
Il y en a pour 8 minutes… 8 minutes et on est en orbite. On atteint les 400 km d’altitude quelques heures plus tard… On roule, on vole à 28 000 km/h… On fait le tour de la Terre en 1h30, et on flotte dans l’espace…
Cette transition est extrêmement importante… Essayer d’imaginer… On a attendu 2 ans, et puis tout s’accélère…
2 heures… On est déjà sanglés, puis… PAF… 8 minutes et on est déjà là-haut…
Et là on y est pour plus ou moins longtemps… Mon 2ème vol a duré un mois et là, on est installé en orbite, et on veut en profiter le plus possible, profiter de tout les instants…
Mais il y a une énorme différence par rapport à l’aviation, même s’il semble y avoir des similitudes…
Un exemple, c’est la vitesse relative. On a l’impression de survoler comme en avion, même à 400 km d’altitude, c’est évidemment une illusion, car on fait le tour de la Terre en une heure et demi…
L’ENORME différence est le fait FLOTTER.
Flotter est un privilège, outre que cela apporte des sensations très particulières que l’on éprouve en apesanteur.
Le privilège est de flotter soi-même.
Toute la ferraille, tout ce qu’il y a autour est un cocon qui nous amène de l’eau, de l’air, de l’oxygène, etc… mais si on l’enlève, on continue à flotter…
C’est ce qui se passe en sortie extra-véhiculaire… On est là, seul, comme un oiseau, et on flotte au-dessus de la Terre indéfiniment…
C’était la nuit pendant ma sortie extra-véhiculaire. Je voyais mes pieds dans l’ombre noire sur les torchères des puits de pétrole au bord de la Mer Rouge…
Et…. Je trouvais cette image assez incongrue… Je vois des torchères au bout de mes pieds 400 km plus bas et je vole comme un oiseau, et je vole à 28 000 km/h…
Ça c’est une sensation assez extraordinaire…
Sur Terre, on vous enlève le siège, vous tombez. En avion, on vous enlève l’avion, vous tombez aussi… Et là, le privilège, vous avez cette sensation de voler en permanence… C’est moi qui vole… Ce n’est pas le système qui vole pour moi, c’est moi…
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Question : Catherine, vous n’étiez pas inquiète quand il était en haut ?
Catherine Alric : Non, pas réellement parce que je pensais que c’était une passion qu’il a, que c’est sa passion…
Il l’a vit… et je suis sûr que si demain, on lui propose de partir, il partirai …
Pour tout vous dire, j’étais quand même un peu inquiète bien évidemment, mais on ne peut pas faire ça, sans que tout l’entourage, plus ou moins proche, famille, amis, collègues ne soient inquiets…
Mais c’est la chose la plus importante de sa vie, la chose qu’il aime le plus faire, et surtout, il a la possibilité de le faire… Il faut avoir les capacités morales, physiques, intellectuelles pour y arriver… C’est surtout ça qui est important…
Jean-Loup Chrétien : Maintenant, elle a tellement confiance, que lorsque je l’amène en avion, elle dort (rires…)
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Question : Vous décrivez ce que vous éprouvez quand on est au-dessus de la Terre dans le livre, mais maintenant, cette terre comment la voyez-vous ?

Jean-Loup Chrétien : La Terre évidemment, c’est une énorme boule bleue…
Le ciel est noir, d’un noir d’encre. On ne voit pas d’étoiles comme sur Terre car la luminosité de la Terre empêche cela !
Mais par contre, on peut voir quelque chose d’extraordinaire…
Ce sont les étoiles filantes que l’on voit en dessous de nous. Quand on regarde vers le bas, on en voit plein sous nous…
Les orages tropicaux sont quelque chose de phénoménal vus de l’espace… C’est un grand flipper. Comme un énorme flipper, avec ces énormes nuages qui sont éclairés de l’intérieur et qui ressemblent à des boules de flipper, et …
Catherine Alric :
… Ce qui m’a le plus sidéré, c’est quand tu m’avais dit que quand tu étais dans la station, tu voyais des reflets dans les panneaux solaires et que tu savais qu’il y avait un orage sur Terre.
C’est quand même extraordinaire car on n’arrive même pas à imaginer qu’on puisse avoir et voir cet effet si loin…
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Question : On se sent citoyen d’une Terre ? D’un pays ? On se sent quoi ? Citoyen de l’Univers ? …

Jean-Loup Chrétien :
Je crois que ce n’est pas vol spatial qui modifie quoi que ce soit…
De l’espace, on ne voit pas de frontières ! Les frontières, c’est quelque chose d’artificielle…
Mais cela amène des réflexions…
Comme lors d’un congrès pour les chefs d’entreprise que j’ai fais… Des réflexions sur la transcendance, entre les frontières de l’entreprise qui sont des frontières organiques.
J’ai pensé à un évènement spécial, qui montre bien l’artificialité des frontières quand on est dans l’espace…
Vous savez qu’un avion de ligne peut maintenant voler 15 heures et en 15 heures, on traverse la moitié de la planète.
Cet avion, même s’il vole très haut, est obligé de demander des autorisations de survol pour traverser tous les pays qu’il doit survoler…
L’atmosphère s’arrête à 80 km. Le jour où les avions de ligne voleront à 80 km, et cela arrivera, ils seront toujours tenus d’avoir ces autorisations…
Et si l’on s’élève de quelques millimètres, centimètres, et bien, on devient un engin spatial, et là, il n’y a plus besoin d’autorisation.
Donc, ce qui est important, c’est qu’on a dans l’esprit et dans la sagesse des gouvernants raisonnables, personne n’a osé dire qu’il faut une autorisation spatiale pour survoler son pays.
Je pense qu’il y a des pays qui y ont pensé, mais une certaine sagesse internationale fait que les astronautes, cosmonautes sont des citoyens du monde…
C’est une transition énorme, énorme, qui a demandé à tous les gouvernants de se mettre d’accord, même de façon tacite.
Le ciel est à tous, à tout le monde…
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Question : Catherine, qu’est ce que vous avez appris en écoutant Jean-Loup durant toutes ces heures et en écrivant ce livre avec lui ? Vous sentez-vous encore plus proche ?
Catherine Alric : J’ai appris beaucoup de chose. C’est un métier passionnant, exigeant…
Je suis surtout très heureuse de l’avoir poussé à faire ça. Il n’aime pas se raconter…
Donc, ça été au départ un peu difficile. Je suis contente d’avoir réussi à ce que le livre existe et qui témoigne d’une époque… et ça c’est très important pour moi…
Alors qu’est-ce que j’ai appris ? J’ai appris beaucoup de choses sur le plan humain, sur un plan …. C’est vrai qu’il y a des questions sur la croyance en Dieu, sur ce qu’il pense de la mort, des questions que les gens n’ont pas osé lui poser, qui pour moi avaient beaucoup d’importance, parce que c’est vrai, j’avais envie de savoir ce que cela lui avait apporté sur un plan personnel, religieux et autres, et cela je l’ai appris à travers ce livre…
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Question : Vous avez envie de repartir dans l’espace ?
Jean-Loup Chrétien : On en a toujours envie…
Ce serait dommage de ne plus en avoir envie…

Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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