dimanche 17 avril 2016

Mission Microscope / Interview de Gilles Metris, co-principal Investigateur du projet


Mission Microscope

Rencontre avec Gilles Metris
Co-Principal Investigateur du projet


Vendredi 15 avril 2016 s'est tenue au siège du CNES à Paris une conférence de presse sur la présentation de la mission Microscope. Les principaux responsables du projet étaient présents.

Voir le sujet complet sur la Mission Microscope (cliquez sur ce lien jaune).

Gilles Metris est le co-principal Investigateur de la mission Microscope, et il est attaché à l'Observatoire Côte d'Azur / CNRS.

Quel est exactement votre travail et pourquoi l’avez-vous choisi ? Pourquoi avoir choisi de travailler dans le domaine spatial ?
Je suis chercheur en astronomie, spécialisé en géodésie spatiale et dynamique orbitale. Concrètement, il s'agit d’utiliser les observations des mouvements des corps dans l’espace (et en particulier des satellites artificiels en orbite autour de la Terre) pour améliorer notre connaissance de l’environnement dans lequel ils évoluent.
Par exemple, les trajectoires des satellites sont influencées par la distribution des masses dans la Terre et permettent ainsi d’accéder à des modèles du champ de gravité terrestre ; l’atmosphère résiduelle à haute altitude « freine » le satellite et l’observation de ce freinage nous renseigne sur la densité de l’atmosphère ; on peut aussi mettre à l’épreuve différentes théories physiques et en particulier tester la gravitation.

Au départ, j’ai choisi de travailler dans le spatial par fascination pour cette discipline, pour accompagner les pionniers de la géodésie spatiale qui ont compris dès le début les immenses possibilités d’applications scientifiques comme celles que je viens de décrire. Il y a ensuite quelque chose d’unique que je n’ai découvert qu'ensuite : la pluridisciplinarité de cette activité et la multiplicité des experts avec qui nous sommes emmenés à collaborer, puisque nous sommes tournés à la fois vers la Terre et vers l’espace, vers l’instrumentation, la mesure et vers la modélisation.

Quel est votre rôle dans la Mission Microscope et depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ? Pourquoi avoir choisi de travailler sur un tel projet ?
L’aventure MICROSCOPE est à elle seule une synthèse de ce que je viens de décrire : la rencontre entre des théoriciens qui pensent que le test du Principe d’Equivalence est un des moyens les plus efficaces pour mieux comprendre le couplage de la gravitation avec les autres interactions et d’experts en physique instrumentale à l’ONERA qui ont développés une technologie d’exception et qui semblait pouvoir être utile pour ce test.

L’idée de ce type de mission spatiale existait donc mais il y avait un chaînon manquant : comment cette expérience s’insère t’elle dans l’environnement spatial, comment la modéliser, comment analyser les résultats ?
C’est ainsi que ces acteurs nous ont sollicités il y a plus de 20 ans, sachant que nous avions déjà collaboré avec l’ONERA dans d’autres projets. De ce point de vue, mon implication dans le projet était très logique mais c’était aussi un immense pari. Mais finalement, le facteur déterminant a été les hommes et les femmes avec qui je partais dans cette aventure : non seulement les meilleurs dans leur domaine mais surtout des personnes de qualité à tous les points de vue. Le projet MICROSCOPE a été soumis au CNES en 1999. 

Quel a été pour vous le plus gros challenge dans ce projet ?
Nous avons eu de nombreux moments délicats lors de l’étude et du développement de la mission MICROSCOPE : par exemple concernant l’instrument lorsque à plusieurs reprises un de ses éléments n’a pas résisté aux tests de vibration, ou bien concernant toute la mission lorsque nous ne trouvions pas d’opportunité de lancement adéquat puis que au contraire, une date de lancement étant imposée, il a fallu engager une course contre la montre pour être prêts à temps.

Il a fallu également, à plusieurs reprises, entrer en compétition avec d’autres projets pour confirmer notre sélection. Donc je dirais que le plus gros défi a été, pour tout le groupe, de faire preuve de persévérance et d’imagination pour franchir ces divers obstacles et à titre personnel de s’investir aussi longtemps dans le projet au détriment du reste de mon activité scientifique.

Pour ce qui concerne plus précisément notre activité d’analyse des données, la plus grande difficulté était de comprendre suffisamment bien tous les segments de la mission dont je n’étais pas expert comme le fonctionnement de l’instrument, du satellite, et leurs interactions.
Car dans MICROSCOPE, ce n’est pas juste un satellite qui sert d’hôte à un instrument : les deux fonctionnent en forte interaction comme par exemple le système dit de compensation de trainée, actionné par le satellite mais asservi sur les mesures de l’instrument. Tout cela doit être pris en compte pour la modélisation et l’exploitation des données.


A titre personnel, aimeriez-vous aller dans l’espace et pourquoi ?
Dans l’état actuel des technologies, oui, comme beaucoup de monde je crois.
Cela a peu à voir avec mon métier, ce serait un peu par goût de l’aventure mais avant tout pour la poésie, les émotions que cela doit procurer ; peut-être à l’image de ce qu’on ressent lors d’une randonnée hivernale en montagne.
En revanche je ne pense pas que j’aurais su prendre le risque qu’ont pris les premiers astronautes et cosmonautes, comme par exemple aller sur la Lune sans être bien certain d’en repartir ! Cela correspond à mon caractère : de l’aventure mais de façon très raisonnable.
C’est dans cet état d’esprit que je pratique la montagne et c’est dans cet état d’esprit que nous avons fait MICROSCOPE.

(Gilles Metris au micro au siège du CNES)


Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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