dimanche 2 octobre 2016

Clap de fin pour la sonde Rosetta / Rencontre avec Philippe Gaudon, chef du projet Philae au CNES


Philippe Gaudon est pour le CNES, le chef de projet de Philae.


Interview / questions posées par Charlyne, 10 ans, lors de la journée spéciale du vendredi 30 septembre 2016 à la Cité de l'Espace à Toulouse pour la fin de la mission Rosetta.

Pensez-vous qu’aujourd’hui les objectifs de cette mission soient pleinement atteints ?
Oui, les objectifs de la mission sont totalement atteints.
C’est-à-dire qu’on avait 22 instruments scientifiques, 12 sur la sonde Rosetta, 10 sur l’atterrisseur Philae, tous ont bien fonctionné. Et sur Rosetta, ils ont fonctionné pendant 2 ans et demi, donc on a des montagnes de données qui sont arrivées sur la Terre et qu’on va exploiter. Et on va savoir grâce à ça, la forme de la comète, mais aussi la composition, la température, le niveau de dégazage, l’interaction avec le vent solaire, et de toutes ces données, on va savoir ce qu’est vraiment une comète.

Quels sont les problèmes auxquels vous avez dû faire face lors de cette mission ?
Il y a eu beaucoup, beaucoup d’étapes. C’est-à-dire que malgré une fusée extrêmement puissante qui s’appelle Ariane pour nous lancer, la vitesse était totalement insuffisante pour arriver à la comète. Il a donc fallu survoler plusieurs planètes pour s’élancer, ça s’appelle l’effet de fronde, et grâce à ces survols de la Terre par 3 fois, et de Mars, et bien on est arrivé à aller vers la comète, ce qui fait, qu’on a passé 10 ans dans une phase dite de croisière pour arriver jusqu’à la comète.

Et une fois qu’on était là, on a découvert sa forme qu’on ne connaissait pas, car on ne connaissait presque rien de cette comète avant notre arrivée sur place. On a appris à connaitre cette comète très rapidement et à déterminer l’endroit où on va aller se poser dessus, donc il y avait ce challenge-là. Et puis après, c’est le challenge de Philae, pour arriver à se poser à l’endroit prévu. Alors là, on a un petit peu raté les choses, on a touché le sol à l’endroit prévu, mais il y a 2 systèmes qui n’ont pas fonctionné, alors on a rebondi et on s’est retrouvé un peu les pieds en l’air à la surface de la comète un peu plus loin. Donc ça c’était un gros challenge.

Pourquoi avoir coupé tous les systèmes de Rosetta au moment de son posé ? Ne pas avoir gardé  (ou tenté de garder) une quelconque communication après son posé ?
C’est vrai, moi j’aurai bien aimé qu’on essaie de continuer, mais avec la trajectoire qu’on avait aujourd’hui pour aller taper la comète, de toute façon, même si on n’avait rien fait, la sonde se serait cassée, et donc elle se serait éteinte d’elle-même. Je ne crois pas qu’elle pouvait survivre dans ces conditions-là, il aurait fallu changer la trajectoire d’atterrissage pour qu’elle survive à la surface.

Quels sont vos sentiments personnels, que ressentez-vous maintenant que la mission Rosetta est terminée, et après tant d’années de travail sur ce programme, que vous reste-t-il, aujourd’hui, de cette mission ?
J’ai un peu de mal à réaliser... moi, ça fait 15 ans que je travaillais dessus, et on a travaillé avec des évènements marquants, l’arrivée à la comète, l’atterrissage etc…, j’ai donc l’impression que dans 3 mois ou dans 6 mois, il va y avoir à nouveau une nouvelle étape, et ce n’est pas le cas, donc aujourd’hui, je suis triste, mais je n’arrive pas à le réaliser. Mais je pense que dans quelques semaines, quand on ne parlera plus du tout de Rosetta, plus du tout de nous, là ça y est, ce sera la fin de la mission et je serai encore beaucoup plus triste.

Qu’allez-vous faire maintenant, sur quel programme allez-vous travailler ?
Personnellement, je vais commencer à travailler non pas sur un projet unique, car j’essaie de mettre au point de nouveau projets d’exploration de planète, de comètes, d’astéroïdes ou d’observation lointaine, d’exo planète etc…
Je suis responsable de rechercher de nouveaux projets, et c’est très compliqué de les faire, parce qu’il faut les faire en coopération avec beaucoup d’autres pays, et que ça coute très cher, donc c’est compliqué.

Combien de temps prend une communication entre Rosetta et la Terre ?
C’est très variable parce que ça dépend de la distance entre la comète et la Terre. Donc entre Rosetta et la Terre aujourd’hui, c’était 40 minutes. Il faut savoir que par exemple entre la Terre et la lune, c’est 1 seconde, seulement la communication, et là c’est 40 minutes, donc nous étions 40 fois 60 fois plus loin que la Lune.

Peut-on envisager d’envoyer des sondes du type de Rosetta plus loin dans l’univers, en restant en communication ?
Oui, parce qu’on a l’exemple les sondes Voyager lancées par la NASA dans les années 80, et elles continuent à survivre. Et elles continuent à survivre parce qu’à l’intérieur on a mis une petite source radioactive, qui donne de l’électricité tout le temps. Si on avait envoyé Rosetta plus loin, malgré ces énormes panneaux solaires, elle ne pouvait plus fonctionner parce que le soleil devenait comme une étoile, trop petite. Mais c’est tout à fait possible.

Les sondes comme Rosetta fonctionnent grâce à des panneaux solaires qui ont montrés leurs limites. Des recherches sont-elles menées pour trouver une autre source d’énergie afin d’y pallier ?
L’autre source d’énergie qu’on connait actuellement, c’est surtout l’énergie nucléaire. Donc, il suffit de pas grand-chose, une toute petite source radioactive, pour générer à la fois de la chaleur et de l’électricité. C’est surtout à ça qu’on pense pour remplacer les grands panneaux solaires.




Crédit : Interview de Charlyne Mallet (10 ans)
             Arnaud et Céline Mallet
             Stéphane Sebile / Spacemen1969
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             Remerciements à Florence Seroussi de la Cité de l'Espace

Clap de fin pour la sonde Rosetta / Rencontre avec Marc Pircher, directeur du centre spatial du CNES de Toulouse


Marc Pircher est le Directeur du Centre Spatial du CNES à Toulouse.

Interview / questions posées par Charlyne, 10 ans, lors de la journée spéciale du vendredi 30 septembre 2016 à la Cité de l'Espace à Toulouse pour la fin de la mission Rosetta.


Une page se tourne avec la fin de mission pour Rosetta. Pouvez-vous nous donner vos impressions sur cette mission ?
L’impression de participer à une grande prouesse de tous les européens, et c’est une fierté aussi.

Peut-on espérer d’autres missions du même type dans le futur ?
Du même type oui, parce qu’on va aller sur des astéroïdes, d’autres « véhicules » qui sont un peu les fossiles du système solaire. Pour une comète, on va attendre un petit peu, on va d’abord analyser tous les résultats qui ont été engrangés pendant 2 ans. Les gens n’ont regardé pour l’instant que 5% des données, ça va durer encore.

Quels sont les missions marquantes du programme spatial pour les prochaines années ?
Il y a les missions d’exploration. Il va y avoir des missions vers Mars.
On va aller vers mars, on va se poser encore sur Mars, là, au mois d’octobre, le 19 octobre (ndlr = mission Exomars), ce n’est pas loin, c’est dans pas longtemps.
On va vers Mars tous les 2 ans a peu près, et à chaque fois, on envoie des instruments sur Mars avec des partenaires parce qu’on ne fait pas les missions tous seuls, on les fait avec des partenaires internationaux.

Et puis, on fait aussi des instruments qui regardent la Terre, et donc on surveille la Terre, parce que la erre elle a besoin d’être surveillée pour savoir ce qu’il s’y passe. On surveille les gaz à effet de serre, le climat. On envoie des satellites pour regarder comment la Terre, elle vit dans son environnement. La Terre tourne autour du soleil et la Terre a une atmosphère, et cette atmosphère est fragile. La Terre est fragile et c’est pour ça qu’on la regarde depuis l’espace.

Rosetta, elle, a observé le ciel beaucoup plus loin. Elle a été observer une comète qui se trouve à 7 fois la distance entre le soleil et la Terre.

(Charlyne avec Marc Pircher / Crédit via Florence Seroussi)

Crédit : Interview de Charlyne Mallet (10 ans)
             Arnaud et Céline Mallet
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             Remerciements à Florence Seroussi de la Cité de l'Espace

Clap de fin pour la sonde Rosetta / Rencontre avec le Professeur Henri Rème, responsable de l'expérience ROSINA


Le Professeur Henri Rème est astrophysicien, Professeur émérite et chercheur sur les missions cométaires à l'Université de Toulouse III IRAP/OMP/CNRS. 
Le Professeur Henri Rème est le responsable de l'expérience ROSINA à l'IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie) à Toulouse


Interview/questions posées par Charlyne, 10 ans, lors de la journée spéciale du vendredi 30 septembre 2016 à la Cité de l'Espace à Toulouse pour la fin de la mission Rosetta.


Pouvez-vous nous dire en quoi consistait l’expérience ROSINA ?
Rosina est un instrument très complexe qui est équipé de 2 spectromètres d’ions et de neutrons, et d’un détecteur de densité. C’est pour la recherche sur la composition de l’environnement de la comète.

Cette expérience a-t’elle fonctionné et vous a-t-elle apprise des choses importantes sur la comète ?
Cette expérience a parfaitement  fonctionné depuis la mise en orbite autour de la comète et même avant dans le milieu interplanétaire, et elle a très bien fonctionné jusqu’à l’arrivée puisque j’avais les résultats encore hier, des résultats tout récents. Elle a très très bien fonctionné et elle nous a amené énormément de renseignements sur la composition de l’environnement de la comète et donc sur ce qu’il y a sur la comète.

Pensez-vous reconduire ce type d’expérience à l’avenir ?

J’avais déjà, sur la sonde Giotto qui a survolée la comète de Halley en 1986, ce genre d’instruments de détection des ions et des neutrons et puis aussi des électrons. Mais entre Giotto et Rosetta, Giotto a survolé la comète de Halley en 1986, Rosetta est arrivée en 2014 autour la comète, il y a des délais énormes. Pour le moment, on espère pouvoir avoir une autre mission comme celle-ci,  mais il est difficile de dire quand.

(Charlyne avec le Professeur Henri Rème)

Crédit : Interview de Charlyne Mallet (10 ans)
             Arnaud et Céline Mallet
             Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Clap de fin pour la sonde Rosetta / Rencontre avec Philippe Garnier, membre de l'équipe de l'expérience ROSINA


Philippe Garnier est astrophysicien. Spécialiste des environnements planétaires à l'IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et de Planétologie) à Toulouse, Philippe Garnier est membre de l'équipe de l'expérience ROSINA de la sonde Rosetta.

Interview / questions posées par Charlyne, 10 ans, lors de la journée spéciale du vendredi 30 septembre 2016 à la Cité de l'Espace à Toulouse pour la fin de la mission Rosetta.


Rosetta a recueilli un grand nombre de données, quels sont les pays qui vont participer aux analyses de celles-ci ?
Il y a tout d’abord beaucoup de pays européens parmi lesquels la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, etc… il y a aussi d’autres pays qui sont partenaires de la mission et qui analysent les données, par exemple les américains.

Pensez-vous qu’avec ces données, nous pourrions un jour, connaître avec certitude les origines de notre univers et de l’apparition de la vie sur terre ?
Ce serait un peu exagéré de dire qu’on en sera certain. Par contre ce qui est sûr, c’est que l’on sait, grâce à Rosetta, que les comètes, notamment celle-ci, ont tous les petits ingrédients qui permettent de créer la vie sur Terre avec une recette qui en général nécessite de l’eau liquide.

Peut-on envisager que dans les données recueillies par Rosetta, des traces de vies différentes de la nôtre soient découvertes ?
Je crains que non, que ce soit effectivement très compliqué. On mesure un certains nombres de choses, comme des composés plus ou moins complexes, mais par contre, il n’y a aucune trace de vie. Et de toute façon, on n’en attendait pas sur une comète puisqu’il fait beaucoup trop froid et les conditions sont telles que la vie ne peut pas se développer, a priori directement, de la manière que celle qu’on connait sur Terre. Après la vie différente de celle sur Terre, ça reste des hypothèses et complétement imaginaire.


(Philippe Garnier avec Charlyne)
Crédit : Interview de Charlyne Mallet (10 ans)
             Arnaud et Céline Mallet
             Stéphane Sebile / Spacemen1969
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vendredi 30 septembre 2016

30 septembre 2016 - Clap de fin pour la sonde Rosetta / vu depuis la Cité des Sciences et de l'Industrie de Paris


CLAP DE FIN POUR LA MISSION ROSETTA


Space Quotes - Souvenirs d'espace a inauguré une nouvelle formule pour relater la fin de la mission Rosetta ce vendredi 30 septembre 2016. Grâce à des amis collaborant à l'article, nous avons pu donc nous trouver à trois endroits à la fois : Au Centre de Contrôle de l'ESA (ESOC) à Darmstadt (Allemagne) grâce à Géraldine, à la Cité de l'Espace à Toulouse grâce à Charlyne (10 ans), Céline et Arnaud, puis moi-même à Paris à la Cité des Sciences et de l'Industrie.

Clap de fin pour Rosetta depuis Darmstadt
Clap de fin pour Rosetta depuis la Cité de l'Espace


Avant de revenir sur cette fin de mission, et l'ambiance qu'il y avait dans ces trois lieux, je vous propose de vous replongez dans les temps forts de cette magnifique mission Rosetta/Philae (cliquez sur les liens en bleu) déjà publiés par Space Quotes - Souvenirs d'espace :

Atterrissage de Philae (12 novembre 2014)
Interview de Stephan Ulamec (Program Manager pour la DLR de Rosetta / Philae)
Interview d'Andrea Accomazzo (Flight Director)
Interview d'Elsa Montagnon (Deputy Flight Director)
Interview d'Armelle Hubault (Rosetta Operations Engineer)
Réveil de Philae (13 juin 2015)

C'est donc ce vendredi 30 septembre 2016 à 10h39 UTC exactement (12h39 heure de Paris) qu'a pris fin la mission Rosetta. Mais avec les 40 minutes de délai de transmissions des données (à plus de 700 millions de km de la Terre, les signaux mettent 40 minutes à nous parvenir en vitesse lumière), ce n'est qu'à 11h19 UTC (13h19 à Paris) que les écrans de la salle de contrôle de Darmstadt ont confirmé le crash contrôlé de Rosetta pour son ultime action : une sorte de baiser d'adieu à la comète 67P/Tchuriumov-Gerasimenko.

Rosetta s'est éteinte définitivement à 3,2 km/h (90 cm par seconde) sur une région de la comète appelée Ma'at (au niveau du petit lobe), un endroit où se trouvent beaucoup de puits de dégazage. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) avait prévu la coupure totale et automatique de tous les transmetteurs et système de transmissions de Rosetta dès qu'elle toucherait le sol. C'est donc à l'observation de l'effondrement du graphique du signal (ressemblant à un électrocardiogramme), au tracé plat de celui-ci, que nous avons pu savoir que Rosette avait accompli son ultime action non sans nous avoir livré une dernière image prise par la caméra OSIRIS à 20 mètres du sol environ.

(Dernière image de Rosetta à environ 20 mètres du sol)
Comme l'a dit Roger-Maurice Bonnet depuis Darmstadt, << Rosetta est une formidable réussite scientifique, technique, européenne, et aussi une réussite humaine et financière. >>

Quelques chiffres-clés permettent  de mesurer pleinement la GRANDE mission qu'a été Rosetta : 

- Programme en route depuis près de 25 ans
- 12 ans de mission depuis son lancement
- plus de 500 scientifiques et ingénieurs mobilisés en Europe
- plus de 300 000 heures de travail consacrées à la mission
- coût de 250 millions d'euros sur 20 ans
- plus de 6,5 milliards de km parcourus
- 116 000 clichés transmis
- des découvertes extraordinaires
- du travail d'analyses pour les 10-20 prochaines années encore


La Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris organisait aussi un événement avec le public pour la fin de la mission Rosetta : Rosetta la dernière séance.

Réuni autour de l'ami Gilles Dawidowicz qui présentait cette séance, plusieurs experts et ingénieurs travaillant au programme Rosetta / Philae sont venus expliquer à un public très nombreux (l'amphithéâtre de près de 400 places était plein) ce que la mission avait apporté comme connaissances nouvelles sur les comètes en général et cette comète en particulier. Plusieurs duplex ont également eu lieu avec Darmstadt où l'ami Frédéric Castel interviewait aussi certains experts sur place.

Je ne vais pas tout vous retranscrire, car vous trouverez leurs interventions sur le Replay de la Cité des Sciences et de l'Industrie, mais plutôt une ambiance photos de ce que nous avons vu et quelques impressions des personnalités présentes.

(Dernier briefing entre le modérateur et les invités)
Les communications avec Darmstadt ont été au début un peu difficile, ce qui fit dire à un Gilles Dawidowicz amusé : << La communication marche mieux entre la Terre et Rosetta qu'entre Paris et Darmstadt. >> puis finalement tout est rentré dans l'ordre.

Mais je dois dire que, même si l'émotion des personnes ayant travaillé sur ce programme était là, il n'y avait pas la même ambiance que lors du réveil de Rosetta ou de l'atterrissage de Philae. Une ambiance plus feutrée, et plus technique régnait à Darmstadt et à la Cité des Sciences et de l'Industrie.

Discutant un peu avant le début avec Francis Rocard, responsable au CNES du programme d'exploration spatiale, celui-ci déclare : << C'est certain que nous aurons tous une boule dans la gorge au moment de l'impact qui nous signifiera la fin de la mission. >>
<< 67P est une comète extrêmement froide. Elle n'a pas évoluer, ou si peu, depuis sa naissance. On a un objet qui est resté tel quel, et ça, c'est extrêmement enrichissant. >>
<< Une comète, c'est un objet petit. Ce sont des objets qui sont riches en carbone et en glace. C'est unique et extrêmement bien préservé, à l'inverse des astéroïdes qui sont des objets riches en cailloux avec du silicate. On s'intéresse aux composés très primordiaux de ces objets que sont les comètes. >>

J'ai pu aussi converser un peu avant avec Nicolas Biver : << Rosetta va arriver sur une partie de la comète qui n'est pas très loin de l'endroit où Philae s'est posé. >>
Pourquoi avoir choisi cet endroit, la région Ma'at ?
<< Il a été choisi d'une part pour des contraintes de navigation, afin que la sonde reste en permanence en communication avec la Terre, et qu'elle reste aussi face au soleil. Et d'autre part, parce qu'il y a des puits de dégazage sur la croûte qui vont peut-être nous donner un aperçu sur la structure interne de la comète dans les parois de ces puits.
On va prendre des images jusqu'au dernier moment, et on espère avoir des images de résolution millimétriques de cette structure interne de la comète pour en apprendre encore plus. >>

Qu'est-ce qui le plus surpris sur la surface de 67 P ?
<< La plus grande surprise a été la typographie à laquelle on ne s'attendait pas du tout ! On pensait avoir une surface lisse sans trop de structures et en fait on avait surtout un terrain qui est extrêmement riche, qui est fascinant ! >>


Grâce à Philippe Kletzkine, ancien responsable du projet Philae pour l'ESA, nous apprenons que la comète << dégaze beaucoup dont environ l'équivalent de deux cuillères à soupe d'eau/glace chaque seconde. D'ailleurs, les puits de dégazage intéressent beaucoup les scientifiques et c'est une des raisons du choix d'atterrissage / acométissage de Rosetta qui en possède beaucoup à proximité. >>


Francis Rocard nous explique une grande première de cette mission : << On a trouvé pour la première fois un acide aminé sur une comète : de la glycine. >>
<< On a trouvé aussi de l'oxygène moléculaire qui s'est formé dans de minuscules grains de glace. >>

Nicolas Biver qui travaille sur l'instrument MIRO nous parle de la composition de la comète et des saisons sur celle-ci.


Pierre Drossart du LESIA et responsable de l'instrument VIRTIS
<< Cette dernière séance est pour moi très émouvante - je travaille sur ce projet depuis plus de 20 ans ! >>
Il nous explique le phénomène de dégazage et de jets de poussières de la comète.


Nicolas Fray, Maître de conférence au LISA aborde un sujet hautement technique au niveau de la chimie de la comète mais Ô combien passionnant (comme dirait Gilles Davidowicz, ça donne envie de reprendre des cours de chimie).
Il nous parle de la chimie organique, des molécules gazeuses, du concept du fameux ''zoo cométaire'' (j'ai tout compris maintenant), bref de toute la diversité chimique de 67P.
<< Il y a de la matière organique sur le noyau. Grâce à Rosetta, on est passé de 20-25 molécules connues sur les comètes à plus de 60 aujourd'hui ! >>

(Nicolas Fray commentant une photo prise par Rosetta lors de sa descente - ici, à 16 km du sol)

Marc Chaussidon, Directeur de l'Institut de Physique du Globe nous explique pourquoi il faut étudier les comètes, << (...) connaissance indispensable si on veut comprendre la formation du système solaire. >>


Thierry Martin du SONC nous explique tout ce qu'il ya à savoir sur la dynamique de vol et sur la problématique de se poser sur une comète.


Jan Wöerner, directeur de l'ESA, Jean-Yves Le Gall, Président du CNES et de l'IAF, et Pascale Ehrenfreund, directrice de la DLR, ont tous les trois adressés leurs voeux de réussite à Rosetta en direct depuis Guadalaraja au Mexique où ils se trouvaient pour le 67ème Congrès de l'IAF.


Jean-Loup Bertaux du Latmos nous a longuement expliqué la composition des comètes et leurs noyaux et aussi, et surtout, de la composition de 67P qu'il << adorerait manger - elle est d'une texture plus proche de la meringue que du gâteau basque. >>
Il nous a expliqué aussi qu'il y a eu de nombreux effondrements de falaises sur la comète et que c'était << absolument fascinant de voir ce monde qui se dessinait et redessinait sous leur yeux grâce à Rosetta. >>


(Holger Sierks, responsable de la caméro OSIRIS nous montrant
une mosaïque brute de photos prise à 1 000 mètres d'altitude par Rosett
a)
Parmi le public présent, il y avait aussi des scientifiques comme Thérèse Encrenaz qui est astrophysicienne à l'Observatoire de Paris :
<< J'ai eu la gorge serrée quand le signal a disparu, quand le signal s'est éteint. C'est la fin d'une formidable aventure collective, scientifique, humaine. >>
<< Il y en a pour plus de dix ans de travail d'analyses de données avec Rosetta. J'ai travaillé sur les données de la comète de Halley (en 1986), et nous avons eu dix ans de travail, alors là, imaginez la somme d'informations et de données reçues pendant les deux ans de la mission de Rosetta en orbite. >>

La fin de cette séance nous a permis de découvrir de fabuleuses images en 3D de la surface de 67P/Tchurioumov-Gerasimenko grâce au travail incroyable d'Olivier de Goursac.


(Nicolas Biver et Jean-Loup Bertaux commentant la dernière photo de Rosetta)
Claudie Haigneré a ajouté quelques mots lors de la fin de ce moment riche en émotions, remerciant les équipes de Rosetta, et lançant un vibrant appel à la science, et à l'intérêt qu'elle doit susciter auprès des jeunes.

Outre l'aspect scientifique, un des autres grands succès de la mission Rosetta / Philae est l'intérêt suscité auprès du public. Et le public présent ce jour-là a aussi été très ému lorsque la fin de mission a pris physiquement forme avec ce tracé plat...

Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
             Space Quotes - Souvenirs d'espace
             Géraldine G. (envoyée spéciale pour vous)
             ESA / CNES / DLR

Remerciements à la Cité des Sciences et de l'Industrie pour son accueil

30 septembre 2016 - Clap de fin pour la sonde Rosetta / vu depuis la Cité de l'Espace de Toulouse


CLAP DE FIN POUR LA MISSION ROSETTA


Space Quotes - Souvenirs d'espace a inauguré une nouvelle formule pour relater la fin de la mission Rosetta ce vendredi 30 septembre 2016. Grâce à des amis collaborant à l'article, nous avons pu donc nous trouver à trois endroits à la fois : Au Centre de Contrôle de l'ESA (ESOC) à Darmstadt (Allemagne) grâce à Géraldine, à la Cité de l'Espace à Toulouse grâce à Charlyne (10 ans), Céline et Arnaud, puis moi-même à Paris à la Cité des Sciences et de l'Industrie.

Clap de fin pour Rosetta depuis la Cité des Sciences et de l'Industrie
Clap de fin pour Rosetta depuis Darmstadt


Avant de revenir sur cette fin de mission, et l'ambiance qu'il y avait dans ces trois lieux, je vous propose de vous replongez dans les temps forts de cette magnifique mission Rosetta/Philae (cliquez sur les liens en bleu) déjà publiés par Space Quotes - Souvenirs d'espace :

Atterrissage de Philae (12 novembre 2014)
Interview de Stephan Ulamec (Program Manager pour la DLR de Rosetta / Philae)
Interview d'Andrea Accomazzo (Flight Director)
Interview d'Elsa Montagnon (Deputy Flight Director)
Interview d'Armelle Hubault (Rosetta Operations Engineer)
Réveil de Philae (13 juin 2015)

C'est donc ce vendredi 30 septembre 2016 à 10h39 UTC exactement (12h39 heure de Paris) qu'a pris fin la mission Rosetta. Mais avec les 40 minutes de délai de transmissions des données (à plus de 700 millions de km de la Terre, les signaux mettent 40 minutes à nous parvenir en vitesse lumière), ce n'est qu'à 11h19 UTC (13h19 à Paris) que les écrans de la salle de contrôle de Darmstadt ont confirmé le crash contrôlé de Rosetta pour son ultime action : une sorte de baiser d'adieu à la comète 67P/Tchuriumov-Gerasimenko.

Rosetta s'est éteinte définitivement à 3,2 km/h (90 cm par seconde) sur une région de la comète appelée Ma'at (au niveau du petit lobe), un endroit où se trouvent beaucoup de puits de dégazage. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) avait prévu la coupure totale et automatique de tous les transmetteurs et système de transmissions de Rosetta dès qu'elle toucherait le sol. C'est donc à l'observation de l'effondrement du graphique du signal (ressemblant à un électrocardiogramme), au tracé plat de celui-ci, que nous avons pu savoir que Rosetta avait accompli son ultime action non sans nous avoir livré une dernière image prise par sa caméra OSIRIS à 20 mètres du sol environ.

(Dernière photo de Rosetta à une vingtaine de mètres du sol)
Comme l'a dit Roger-Maurice Bonnet depuis Darmstadt, << Rosetta est une formidable réussite scientifique, technique, européenne, et aussi une réussite humaine et financière. >>

Quelques chiffres-clés permettent  de mesurer pleinement la GRANDE mission qu'a été Rosetta : 

- Programme en route depuis près de 25 ans
- 12 ans de mission depuis son lancement
- plus de 500 scientifiques et ingénieurs mobilisés en Europe
- plus de 300 000 heures de travail consacrées à la mission
- coût de 250 millions d'euros sur 20 ans
- plus de 6,5 milliards de km parcourus
- 116 000 clichés transmis
- des découvertes extraordinaires
- du travail d'analyses pour les 15-20 prochaines années encore



(Crédit : ©-CNES/ESA/Rosetta Navcam - David Ducros/Création Hakuna)
La Cité de l'Espace à Toulouse avait organisé un événement, Bye Bye Rosetta, en direct avec le public et des experts, des ingénieurs, des personnes travaillant sur le programme. Le public a donc suivi en direct depuis Toulouse ce qu'il se passait dans la salle de contrôle de l'ESOC à Darmstadt.

(Philippe Droneau de La Cité de l'Espace animant les débats avec les experts / 
avec les micros le Prof. Rème et Marc Pircher en haut, et en bas avec Philippe Gaudon)
(La salle de contrôle de l'ESOC à Darmstadt)
(Sylvain Lodiot, le directeur des opérations Rosetta, très ému, annonçant la fin de la mission)

Retrouvez les interviews de certains des invités réalisées lors de cette journée (en cliquant sur les liens en bleu)

Philippe Gaudon (Responsable CNES de Philae)
Marc Pircher (Directeur du Centre Spatial de Toulouse du CNES)
Professeur Henri Rème (Astrophysicien et responsable de l'expérience Rosina)
Philippe Garnier (Astrophysicien et membre de l'équipe de l'expérience Rosina)

Le public a été au rendez-vous et est venu très nombreux assister à la fin de la mission, aux témoignages des personnes travaillant sur ce programme, et il a aussi pu découvrir le monde spatial, et particulièrement les comètes dont un atelier ''cuisine ta comète'' très apprécié, grâce aux activités pédagogiques mises en place par La Cité de l'Espace.

(Maquette ''géante'' de Tchouri de près de 4 mètres d'envergure)

(Atelier ''Cuisine ta comète'')
Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
             Space Quotes - Souvenirs d'espace
             Charlyne, Céline et Arnaud Mallet (envoyés spéciaux)
             ESA / CNES / DLR / Cité de l'Espace à Toulouse

Remerciements à Florence Seroussi/Cité de l'Espace pour son aide et accueil