vendredi 15 janvier 2016

15 janvier 2016 - Présentation du programme EDRS à l'ESA


En fin de matinée ce 15 janvier se tenait, au siège de l'ESA à Paris, une conférence de presse de présentation du programme et système EDRS qui doit être lancé couplé au satellite Intelsat 9B le 29 janvier prochain  (heure Paris) par un lanceur Proton depuis Baïkonour (ce sera EDRS-A).

(Crédit : ESA)
Etaient présents lors de cette présentation :

- Jan Wörner, le Directeur Général de l'ESA
- Michael Witting, le Project Manager du programme à l'ESA
- Magali Vaissiere, le Directrice de Telecom and Integrated Applications (TIA) à l'ESA
- Evert Dudok, le responsable Communications, Intelligence & Security (CIS) chez Airbus Defense and Space
- Volker Liebig, le responsable Earth Observation Program de l'ESA
- Gerd Gruppe, Directeur Space Administration à la DLR



SpaceDataHighway : premier relais laser bientôt en orbite

Le premier nœud spatial du Système européen de satellites de relais de données (EDRS) sera lancé le 29 janvier depuis Baïkonour, au Kazakhstan.

Unique en son genre, EDRS est le programme de télécommunications le plus ambitieux entrepris par l'Agence spatiale européenne à ce jour. Il offrira des moyens inédits, qui permettront d'inaugurer un tout nouveau marché dans le secteur commercial des télécommunications par satellite.

Baptisé SpaceDataHighway (littéralement, « l'autoroute des données spatiales »), EDRS fournira des services de relais de mégadonnées en temps quasi réel, grâce à une technologie laser de pointe. Ce système révolutionnera l'accès à des données requises dans les délais les plus brefs, ce qui favorisera la rapidité de réaction des services d'urgence et de surveillance maritime, par exemple. 

Airbus Defence and Space (ADS), partenaire de l'ESA dans le cadre du programme EDRS, sera l'opérateur du service. Le premier nœud, EDRS-A, commencera cet été à relayer des données transmises par ses premiers clients : les satellites Sentinelle 1 et Sentinelle 2 de Copernicus (programme ESA/Commission européenne).

L'ESA et Airbus utiliseront ce premier nœud et les suivants pour augmenter la durée pendant laquelle les satellites en orbite basse, la Station spatiale internationale et les aéronefs télépilotés peuvent envoyer des données vers la Terre. Grâce à EDRS, ces possibilités de communication ne seront plus intermittentes mais quasi continues, ce qui ouvrira d'innombrables perspectives.

Une fois que la constellation sera entièrement déployée, EDRS relaiera chaque jour jusqu'à 50 téraoctets de données de l'espace vers la Terre. Le système éliminera le délai de transmission qui rend actuellement impossible l'accès immédiat aux données des satellites, et permettra à l'Europe de réduire progressivement sa dépendance vis-à-vis des stations sol situées hors de son territoire.

EDRS-A sera lancé en tant que charge utile auxiliaire à bord du satellite commercial Eutelsat-9B, le 29 janvier à 22 h 20 TU (23 h 20 heure de Paris, 04h20 heure locale le 30 janvier), par une fusée Proton. La séparation du satellite aura lieu environ 9 heures après le décollage, et les essais en orbite de la charge utile laser EDRS commenceront trois semaines plus tard. Les charges utiles ont été fabriquées par la filiale d'Airbus TESAT-Spacecom, et financées par le Centre aérospatial allemand (DLR).

(Crédit : ESA)
(Présentation du programme EDRS lors du Salon du Bourget 2015)
(Crédit : ESA)
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Le lancement s'est déroulé le 29 janvier 2016 à 23h20 heure de Paris


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Mise en service de l'autoroute spatiale de l'information européenne

22 novembre 2016

Article complet ici :
http://souvenirsdespace.lebonforum.com/t1276-lancement-du-systeme-edrs-a-29-janvier-2016



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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Sources : Communiqués Presse ESA / Airbus Defense & Space / DLR

15 janvier 2016 - Conférence de presse du Directeur Général de l'ESA Jan Wöerner


Au siège de l'ESA à Paris ce matin, le nouveau Directeur Général de l'ESA (depuis juillet dernier) Johann-Dietrich ''Jan'' Wöerner donnait la traditionnelle conférence de presse du début d'année.

Vous pouvez retrouvez l'intégralité de cette conférence, en anglais, sur le site de l'ESA en cliquant ICI.


Je vous propose un petit compte-rendu non exhaustif de cette conférence.


Tout d'abord, Jan Wöerner se différencie de son prédécesseur Jean-Jacques Dordain, par une utilisation plus didactique des moyens multimédias - sa présentation a été autant orale que visuelle.

Jan Wöerner a d'abord expliqué sa vision et le rôle de l'ESA auprès de ses états-membres et de la vision qu'avaient aussi ses membres de l'ESA - c'est le Driving#Space4.0


L'ESA est actuellement composé de 22 états-membres (20 de l'Union Européenne auxquels il faut ajouter la Norvège et la Suisse), ainsi que d'un état-coopérant (le Canada) et 7 autres états européens ayant passé un accord de coopération avec l'ESA.

Le Driving#Space4.0 représente donc l'évolution dans laquelle va se trouver et se positionner l'ESA dans le futur :

- Space1.0 : Astronomie (et l'astrologie)
- Space2.0 : Course à l'espace / Période Apollo
- Space3.0 : l'Espace comme prochaine dimension / Période de l'ISS
- Space4.0 : Nouvel Espace, relaxant, fascinant, compréhensible
                    - Interaction avec la société
                    - Augmentation des pays voulant se servir du spatial
                    - Commercialisation (partenariat sociétés privées /
                      agences spatiales)
                    - Spin off / Spin In
                    - L'Espace pour le public, le privé, le tourisme...

L'ESA se trouve et doit rester au centre de 4 grands secteurs interconnectés :


Et pour que le Space4.0 puisse fonctionner, Jan Wöerner fait l'analogie avec la musique où ces 4 secteurs doivent marcher de concert.



L'ESA doit aussi servir de médiateur entre ses états-membres et associés afin justement de concilier ensemble ces différents pays, les objectifs spatiaux de ceux-ci, leurs différentes compétences et leurs différentes cultures, notamment industrielles.

Pour ce faire, une étude est réalisée sur les attentes et objectifs de ces mêmes états  :

- Why are you in ESA ?
- What are your interests ?

Et à la question concernant les challenges globaux auxquels le spatial peut répondre, les états interrogés ont répondu :

- changement climatique
- les flux migratoires
- les communications
- l'énergie
- manque de ressources
- développement démographique
- catastrophes et conflits
- santé
- ... curiosité



Ensuite, Jan Wöerner a rappelé les grands événements spatiaux de l'ESA pour l'année 2015. Trois astronautes européens sont allés dans l'espace et ont visité la Station Spatiale Internationale (Samantha Cristoforetti, Andreas Mogensen, et Tim Peake sous survolant depuis le 15 décembre dernier).
L'ESA a été également très touché par les attentats en France.


Un point a été fait aussi sur les lanceurs, et bien sûr le futur lanceur Ariane 6.
Et choisir un lanceur qui doit répondre à la charte n°1 de l'ESA - garantir un accès indépendant à l'espace pour les états membres surtout pour les lancements institutionnels - n'est pas aussi facile que cela.
Ce choix dépend de plusieurs critères tels que la flexibilité, le choix de la propulsion, les types de carburants, les méthodes de production, etc ... Ariane 6 est actuellement le meilleur choix pour l'ESA. Et il faut aussi voir pour le futur les évolutions d'Ariane 6.


Il a été aussi, bien sûr, question de la ''réutilisation'' d'un lanceur - actualité américaine oblige avec Blue Origin et SpaceX.
Il n'est pas question de dire que cela est utile ou inutile, c'est comme comparé une bouteille en verre recyclable et une bouteille en plastique non recyclable : tout dépend de l'usage que l'on veut faire du lanceur, de l'intérêt économique, de la faisabilité, etc ...
L'ESA se pose des questions bien sûr sur ce concept de ''réutilisation'' :

- Aspect environnemental ?
- Y a t-il un marché pour cela ?
- Impact économique sur la production industrielle ?
- Impact technologique ?
- Disponibilité ?
- Est-ce approprié pour l'Europe actuellement ?


L'ESA est toujours partenaire de la NASA avec le module Orion pour laquelle elle fournie la partie ESM.



Et Jan Wöerner a parlé de sa vision de son village lunaire. Celui-ci ne pourra prendre forme qu'après la fin de l'utilisation de l'ISS, prévue en 2024.
Pour l'instant, la participation de l'ESA à l'ISS est jusqu'en 2020, mais elle rejoindra certainement les USA, la Russie et le Japon qui ont signé en 2015 un accord de prolongation jusqu'en 2024.
On saura à la fin de l'année, avec la Ministérielle à Lucerne en Suisse, si l'ESA sera partenaire jusqu'en 2024.


Après la fin de l'ISS, Jan Wöerner fait deux propositions :

- Proposition A : Accès plus fréquent à l'orbite terrestre
- Proposition B : Exploration spatiale internationale

La proposition A doit permettre un accès plus fréquent à l'orbite terrestre, notamment pour des expériences en microgravité et aussi pour la récupération de débris spatiaux.
L'utilisation du Dream Chaser de Sierra Nevada Corporation est fortement envisagée.


La proposition B met l'accent sur la coopération internationale avec la création d'un village lunaire.

Pour Jan Wöerner, le village lunaire est certainement actuellement le successeur idéal à l'ISS.

Cela fait plusieurs fois que Jan Wöerner évoque ce village lunaire, et l'intérêt pour cette proposition n'est plus si anecdotique que cela.
La création d'un village lunaire sera une coopération internationale mais qui sera totalement différente de la coopération actuelle pour la Station Spatiale Internationale.
La Lune servirait alors de prochaine station spatiale - un seul endroit mais de multiples usages pour de multiples utilisateurs. Des intérêts multiples mais rien d'individuel - la coopération doit être le maître mot. Chaque partenaire pourrait apporter ses compétences, tout ce qu'il voudra sur la Lune - << ... mais je n'ai qu'une restriction : aucune arme ! >> plaisante Jan Wöerner.

<< Nous devons sortir des sentiers battus - avoir des idées nouvelles ! Et puis, il n'y a pas de meilleures propositions pour l'après-ISS ! >> ajoute-t-il en souriant.


Voici ce que représente le coup du spatial pour les européens :



La conférence se termine avec les grandes dates spatiales de l'ESA pour 2016 :

- 28 janvier : Lancement EDRS-A par un lanceur Proton depuis Baïkonour
- 4 février : Lancement de Sentinel-3A par une Rockot depuis Plesetsk
- 14 mars : Lancement d'Exomars par un lanceur Proton depuis Baïkonour / Atterrissage sur Mars prévu en octobre
- 12 avril : Lancement de Sentinel-1B par une Soyouz depuis Kourou
- 5 juin : Retour sur Terre de Tim Peake
- mi-juin : Lancement de Sentinel-5 par une Rockot
- Septembre : Fin de la mission Rosetta
- Septembre : Lancement de Sentinel-2B par une Rockot depuis Plesetsk
- Octobre : Lancement des Galileo 13, 14, 15, 16 par une Ariane 5 depuis Kourou
- Nov-Déc : Lancement de SmallGeo par une Ariane 5 depuis Kourou
- 15 novembre : Thomas Pesquet s'envolera vers l'ISS
- 1 et 2 décembre : Conseil Ministériel à Lucerne en Suisse


Science et Exploration : 
Fascination, Inspiration, Motivation



Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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mardi 5 janvier 2016

Disparition du pilote d'essais André Turcat (1921-2016)



André Turcat, né le 21 octobre 1921 à Marseille, nous a quitté hier soir, 4 janvier 2016, à l'âge de 94 ans.

Pour beaucoup de personnes, le nom d'André Turcat évoque surtout le Concorde, dont il a été le commandant et le pilote d'essais en chef lors du premier vol, le 2 mars 1969.

André Turcat n'était pas que le pilote du Concorde - c'était un grand pilote (pas que par la taille) et certainement un de nos plus célèbres pilotes d'essais.

Sorti de Polytechnique en 1940, il rejoint à la fin de la seconde guerre mondiale, les Forces Aériennes de la France Libre, puis sera pilote de transport militaire sut C-47 jusqu'en 1950 où il intègre l'Ecole du Personnel Navigant d'Essais et Réception (la fameuse EPNER) alors basée au célèbre Centre d'Essais en Vol (CEV) de Brétigny-sur-Orge (l'EPNER est depuis 1962 basée à Istres).
Il en sort breveté Pilote d'essais en 1951 (brevet n° 131) et il sera directeur de l'EPNER de 1952 à 1953.

Quittant le CEV en 1954, il entre comme chef-pilote d'essais de la Société Française d'Etude et de Construction de Matériels Aéronautiques Spéciaux / SFECMAS (anciennement l'Arsenal de l'Aéronautique) qui sera absorbée par la Société Nationale de Constructeurs Aéronautiques du Nord (SNCAN) puis qui prendra le nom de Nord-Aviation en 1958.

Il dirigera la campagne du Nord 1500 Griffon II (appareil à propulsion mixte par turboréacteur et statoréacteur). Il pilotera le premier exemplaire du Griffon le 20 septembre 1955 (proto sans statoréacteur Nord-1500-01 Griffon, puis le Griffon II en 1957 avec lequel André Turcat bat le record du monde en circuit fermé sur 100 km avec une vitesse de 1 643 km/h - c'était le 25 février 1959.

Il obtient le fameux Trophée Harmon, toujours pour le Nord-1500-02 Griffon II qu'il poussa jusqu'a Mach 2,19 (remis par Nixon en décembre 1979).


(casque de vol stratosphérique d'André Turcat vendu en 2013 lors d'une vente aux enchères à Paris)

Il rejoint ensuite Sud-Aviation (qui deviendra SNIAS puis Aérospatiale en 1978) où il sera directeur des essais en vol jusqu'en 1976.
En 1962, le programme Concorde commence avec Sud-Aviation et il en est naturellement le chef-pilote d'essais.

Le 2 mars 1969, le Concorde (prototype SST) effectue son premier vol et décolle de Toulouse-Blagnac. André Turcat en est le pilote (avec Jacques Guignard comme copilote, ainsi qu'Henri Perrier, Michel Rétif et Guyonnet ). Si Turcat est le chef-pilote côté français, c'est son ami Brian Trubshaw qui est le chef-pilote du côté anglais (1er vol proto britannique le 9 avril 1969).
Avec ce premier vol de Concorde, André Turcat entre dans la légende de l'aéronautique.


(André Turcat avec Brian Trubshaw - en orange - partageant le gâteau après le 1er vol du Concorde anglais)
(Deux publicités de 1969)
Il conduira la plupart des essais en vol du Concorde SST jusqu'à sa retraite le 31 mars 1976 totalisant 6 000 heures de vol dont 4 000 rien qu'en essais.
Il est notamment le pilote pour l'éclipse solaire de 1973, ou grâce au Concorde, des scientifiques ont pu observer cette éclipse pendant près de 75 minutes.
- 40 ans Eclipse 1973 et Concorde (cliquez sur le lien en jaune).



Il s'engage ensuite en politique (avec le RPR de l'époque et il sera adjoint au maire de Toulouse de 1971 à 1977 puis député européen de 1980 à 1981.

En 1983, il est le principal promoteur de la création l'Académie de l'Air et de l'Espace (AAE) à Toulouse.

Passionné d'histoire de l'art, il a publié plusieurs ouvrages sur le sujet.

André Turcat a aussi écrit plusieurs ouvrages sur sa carrière, notamment sur le Concorde :

- Concorde, Essais et Batailles - 1977 (Stock) avec une réédition en 2000
- Pilote d'essais : mémoires (tome 1) - 2005 (Le Cherche Midi) avec réédition en 2009
- Pilote d'essais : mémoires (tome 2) - 2009 (Le Cherche Midi)


Le grand journaliste aéronautique Pierre Sparaco (qui nous a quitté en 2015) venait de publier en 2015 également), avec André Turcat, une biographie de celui-ci : André Turcat, biographie (chez Privat).


Le Griffon II ainsi que le prototype Concorde G-BSST (001) se trouvent au Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget.


En mai 2009, pour la commémoration du 40ème anniversaire du premier vol du Concorde, André Turcat était au Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget.



Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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