jeudi 12 novembre 2015

Mission Proxima pour Thomas Pesquet - 12 novembre 2015



Cet après-midi, au sein du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et en présence de Thierry Mandon, Secrétaire d'état en charge de ce ministère, l'astronaute français de l'ESA Thomas Pesquet a dévoilé le nom et le logo de sa mission - ce sera PROXIMA, le lancement étant prévu pour le 15 novembre 2016 avec l'américaine Peggy Whitson et Oleg Novitsky.

Etaient également présents, Johann-Dietrich Wörner, le directeur général de l'ESA, Jean-Yves Le Gall, Président du CNES, et les astronautes Frank De Winne et Thomas Reiter.
(les astronautes Frank De Winne et Thomas Reiter)
Le nom Proxima a été proposé par Samuel Planas, un jeune garçon de 13 ans originaire de Toulouse. 
Le logo a été dessiné par une personne de l'ESA, Karen.
(Karen, créatrice du logo de la mission Proxima)
Le nom, Proxima, a été choisi dans les quelques 1 300 propositions envoyées lors du concours organisé par l'ESA. C'est donc Samuel qui a gagné, non seulement le concours, mais surtout le choix de Thomas Pesquet.
<< Proxima est l'étoile la plus proche de notre soleil et donc en toute logique la première destination pour un voyage au-delà de notre système solaire >>, comme l'a expliqué Samuel lors de l'envoi de sa proposition.

Proxima s'inscrit aussi dans la tradition des noms des missions spatiales des astronautes français comme Aragatz, Antares, Altaïr, Andromède, Perseus, Cassiopée, ...).
Proxima fait également référence à la proximité et évoque l'idée que le spatial, les vols habités, et les expériences que mènent les astronautes à bord de la Station Spatiale Internationale ont des retombées direct pour les êtres humains sur Terre.
Et on peut y voir le X comme une référence au 10ème (X) astronaute français dans l'espace que sera Thomas Pesquet.

Le logo évoque l'espace et l'exploration spatiale au-delà de l'orbite terrestre avec des traînées d'étoiles. On peut aussi y voir deux planètes ''stylisées'' qui représentent la Terre et la Lune mais aussi la Lune et Mars.
Le X représente, on vient de le voir, le 10ème astronaute français dans l'espace, mais aussi l'étoile Proxima Centauri, et également l'inconnu (x en mathématiques).

La Station Spatiale Internationale est représentée par trois lignes verticales qui dessinent son contour, et les trois couleurs associées représentent la Terre, la Lune et Mars, mais aussi le drapeau français.

Thomas Pesquet se dit << très heureux du nom et du logo de la mission qui rendent hommage aux astronautes français tout en reconnaissant l'héritage des vols habités précédents et en ouvrant des perspectives vers l'avenir >>.

Le jeune Samuel se verra récompenser par un patch qui sera allé dans l'espace lors de la mission de Thomas Pesquet.

Le Secrétaire d'état a remis un drapeau tricolore a Thomas Pesquet afin que celui-ci l'emporte dans l'espace - une copie de Charte de la COP21 devrait aussi être remis à Thomas Pesquet le mois prochain, remise certainement par le Président de la République lui-même.
(Remise du drapeau par Thierry Mandon à Thomas Pesquet)

Après les discours de Jean-Yves Le Gall, de Thomas Reiter et Jan-Dietrich Wörner, Thomas Pesquet a expliqué le déroulement de son entraînement et a détaillé une partie des 55 expériences qu'il sera amené à conduire lors de son vol et il a répondu aux questions des représentants des médias présents cet après-midi.


Les principales expériences qui seront menées par Thomas Pesquet à bord de l'ISS

Le programme de recherche scientifique est important puisqu'il ne comprend pas moins de 55 expériences à ce jour sélectionnées. Il conduira des expériences proposées par l'ESA, le CNES, le CNRS, l'INSERM, le CEA-Leti, le CADMOS, le Medes, etc...

Cinq grandes thématiques vont se partagées ses expériences (quelques exemples) et qui auront des applications et retombées directes dans le domaine spatial mais aussi dans la vie de tous les jours sur Terre :

La physiologie humaine

La recherche en physiologie humaine dans l'espace permet d'étudier et de comprendre les mécanismes qui aident l'organisme à compenser les effets de la pesanteur.

Parmi les expériences de cette catégorie, il y aura l'utilisation de l'instrument Everywear qui est une sorte de tablette/iPad qui permettra de collecter et de transmettre les données sur la santé de l'astronaute. Développée par le CNES, l'INSERM et le Medes, elle utilisera des capteurs plus performants que ceux actuellement en service dans l'ISS.

Il sera aussi utilisé Echo (Echographe télé-opérable depuis la Terre) qui permettra à un médecin au sol de réaliser des échographies cardiovasculaires des astronautes à bord de l'ISS - l'appareil a été développée par le CNES et l'Agence Spatiale Canadienne.

Avec Energy, on surveillera aussi la nutrition pour déterminer la dépense énergétiques des astronautes et de permettre de prévoir à long terme les besoins alimentaires des astronautes (ce qui pourraient à terme aussi de limiter voir même de supprimer la dure épreuve journalière de sport actuellement obligatoire deux heures par jour à bord de l'ISS). L'expérience est menée par l'ESA et le CADMOS.

Il y aura aussi l'expérience GRIP-GRASP-Perspectives du CNRS, CNES, CADMOS et INSERM) qui doit permettre de mieux comprendre l'influence de la perception et de l'orientation dans un vol spatial, et de l'adaptation du système nerveux - et d'établir des contre-mesures.

Environnement spatial

AquaPad qui permettra de tester l'absence de contamination de l'eau de boisson à bord de l'ISS (par le CNES et bioMérieux).

Cassiss (Contamination des Surfaces Innovantes dans l'ISS) qui permettront de tester en apesanteur des revêtements de surfaces innovantes (biofilms) afin d'empêcher la prolifération de bactéries (par CNES, ENS Lyon et CEA-Leti). Cela pourrait être utiles aux milieux hospitaliers (et inhospitaliers).

EuCPAD (European Crew Personal Active Dosimeter). Opérés par le CADMOS et l'ESA, ces équipements permettront des mesures encore plus efficaces des radiations reçues par les équipages de l'ISS. L'expérience a déjà commencé avec la mission IrISS d'Andreas Mogensen en septembre dernier, et se poursuivra avec Tim Peake à partir de décembre.
Cette expérience sera complétée avec celle de DOSIS-3D (de l'ESA).
(EuCPAD / Crédit : ESA)
Physique des fluides

Fluidics qui sera une expérience du CNES qui étudiera les ballottements des fluides mais aussi les phénomènes de turbulences en micropesanteur - les données recueillies seront très utiles notamment pour les satellites où les ballottements de fluides dans les réservoirs de ceux-ci deviennent néfastes pour la performance de la plateforme. Et l'expérience validera, ou non, les théories de turbulences d'ondes (par ENS Paris-Ulm).

Il y aura également une expérience et étude des propriétés thermophysiques de métaux en superfusion avec l'expérience EML.

Physique fondamentale

ACES (Atomic Clock Ensemble in Space) / Pharao (Projet d'Horloge Atomique par Refroidissement d'Atomes en Orbite) qui consistera à installer à l'extérieur de l'ISS un ensemble dont une horloge atomique à césium (Pharao) qui a pour tâche de mesurer avec encore plus d'exactitude le temps et de se ''frotter'' d'un peu plus près à la théorie de la gravitation d'Albert Einstein.
Cette horloge sera placée sur le module Columbus, et à la date d'aujourd'hui, il semblerait que ce sera un vaisseau japonais HTV qui l'amènera sur l'ISS.

Expériences Jeunesse et culturelles

La communication auprès des jeunes n'est pas oubliée et plusieurs expériences proposées par des lycées seront effectuées à bord de l'ISS. Il y aura, entre autres, une expérience sur la germination et la croissance des plantes (CERES), une expérience sur l'étude de la croissance enzymatique (CatalISS) et une expérience sur la croissance cristalline (CrISStal).

Une expérience créative entre Thomas Pesquet et l'artiste Eduardo Kac sera également effectuée - elle consiste en une oeuvre de papier uniquement réalisable dans l'espace (proposée par l'Observatoire de l'Espace et nommée Téléscope intérieur).

Il y aura également une initiative éducative avec Entraînez-vous comme un astronaute dont l'objectif est de promouvoir l'exercice et une alimentation saine.

(petite séance de dédicace des logos pour les officiels
dont un pour Samuel, qui a proposé le nom de la mission
)

Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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(Crédit : ESA / Stéphane Corvaja)

mardi 20 octobre 2015

Le Cube du Climat du CNES et de l'ESA sur les Champs-Elysées du 17 au 27 octobre 2015

Après le Dôme du Climat au Ministère de l'Ecologie et du Développement durable :
http://www.spacemen1969.blogspot.fr/2015/10/inauguration-et-presentation-du-dome-du.html


Depuis dimanche et jusqu'au 27 octobre prochain, face au Grand Palais, se trouve le Cube du Climat de l'ESA et du CNES.

Source : ESA et CNES
Crédit photos : Spacemen1969 / Space Quotes - Souvenirs d'espace


''Installé par l’ESA et le CNES, l’Agence spatiale française, le Cube du Climat a vocation de présenter la contribution essentielle du spatial et de ses applications à l’étude du changement climatique, et ce à la veille de la conférence sur les changements climatiques, la COP21, qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre. 

Grâce à l’écran géant installé sur l’un de ses faces de 7 mètres de long, le Cube du Climat met l’accent sur le rôle vital joué par les satellites dans la compréhension du changement climatique, et sur la contribution essentielle du spatial à la recherche sur le climat et à la mitigation des risques associés au changement climatique. 

Pendant que l’écran diffuse en boucle une série de films sur les thématiques de l’espace et du climat, les trois autres faces présentent un aperçu des missions spatiales européennes qui mesurent les « variables fondamentales du climat » ; 26 de ces 50 variables ne sont mesurables que depuis l’espace. 

Le Cube montre également une image haute résolution de Paris et de ses environs, prise par le satellite Sentinelle-2A de l’ESA.''


Il y a également une réplique à l'échelle 1 de MicroCarb, qui sera lancé en 2020, afin de cartographier les sources et les puits de CO2 qui est le gaz principal de l'effet de serre - cela permettra aussi de vérifier si les engagements pris lors de cette COP21 seront tenus.

vendredi 2 octobre 2015

Inauguration et présentation du Dôme du Climat du CNES au Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie - 30 septembre 2015


Ce mercredi 30 septembre 2015, Jean-Yves Le Gall, président du CNES, a inauguré le Dôme du Climat du CNES qui est actuellement installé dans la Cour du Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie.

Cette inauguration a été faite en présence du Président de la République François Hollande, de Ségolène Royal, Ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, ainsi que du ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, et du nouveau Secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Jean-Yves Le Gall leur a présenté le Dôme du Climat en présence de personnalités du CNES ainsi que du climat - car nous l'oublions pas, la France est organisatrice de la COP21 en fin d'année (voir les articles déjà publiés à ce sujet depuis l'année dernière).

Les visiteurs du Salon du Bourget 2015 ont déjà pu visiter le Dôme du Climat qui présentait les missions du CNES et l'apport du spatial à l'étude du climat - sujet qui occupe le CNES depuis déjà de nombreuses années. Ce Dôme du Climat a été un vrai succès lors de ce Salon du Bourget, et Ségolène Royal avait beaucoup apprécié la visite qu'elle en avait faite en juin dernier, et elle a souhaiter que celui-ci soit encore visible par tous jusqu'à la fin de l'année, ce qui explique son installation dans la cour du Ministère, où tout le monde pourra s'y rendre.
(voir le site dédié au Salon du Bourget 2015 en cliquant sur ce lien en jaune).
(Jean-Yves Le Gall et le Dôme lors du Salon du Bourget 2015)
Une présentation du futur satellite MicroCarb a été faite également - devant être lancé en 2020, MicroCarb a pour mission de cartographier les sources de gaz carbonique, qui est le principal gaz à effet de serre, permettant notamment de vérifier que les engagements des états pris lors de la COP21 seront tenus et de les y aider.
(Le Satellite MicroCarb et ses missions / cliquez sur le lien en jaune/ Crédit : CNES)


Crédit : Stéphane Sebile / Spacemen1969
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             CNES
             Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie

jeudi 1 octobre 2015

Rencontre avec Chuck Yeager, premier homme à avoir franchi le Mur du Son

(en cours de publication)


Interview réalisé en mars 2015

When have you decided to become pilot and why ?

Last year, it was the 70th anniversary of the D-Day in France ? Which memories have you of this event and about yours time in France (in 1944 and in Toul-Rosières Air Base) ?

Why did you choose to become test pilot ?

What were yours first feeling when you have broke the sound barrirer ?

What is your most incredible flight experience had you during your pilot career ?

What is the best airplane have you piloted and why / what is your favourite aircraft ?

You have piloted some X-Planes - what is your favourite and why ?

How did you feel when you made your 1st glide flight with X-1 and Lifting Body ?

What is your best memory about your test pilot career ?


Crédit : Collection Spacemen1969 / Stéphane Sebile
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jeudi 27 août 2015

Interview d'Armelle Hubault - ROSETTA Operations Engineer


Armelle Hubault fait partie de l’équipe de contrôle de la mission Rosetta / Philae au centre de contrôle de l’ESA à l'ESOC à Darmstadt (Allemagne). 
Elle a accepté gentiment de répondre à nos questions sur son travail et sur la mission. Ainsi que du projet Space Girls Space Women avec lequel elle s’est engagée.
(Armelle Hubault, au centre, lors de l'inauguration de l'expo Space Girls Space Women)
Il y a un an exactement était décidé le site d’atterrissage de Philae sur la comète Churyumov-Gerasimenko.

Retrouvez les articles et les interviews consacrés à cette mission (cliquez sur les liens en jaune) :

(Armelle Hubault - tout à droite - lors de l'inauguration de l'expo Space Girls Space Women)
Le site de Space Girls Space Women

Rencontre avec Armelle Hubault 
de l’équipe de contrôle de la mission Rosetta / Philae

Quel a été votre parcours scolaire, universitaire, d’ingénieure et pourquoi avoir choisi le domaine du spatial ?
J’ai toujours été passionnée par l’astronomie et le spatial. Je lisais des magazines d’astronomie, j’adorais la science-fiction… Je me souviens de la première « Nuit des Étoiles » en Août 1991, ça a été un tournant pour moi. C’est là que j’ai su que je voulais travailler avec les étoiles.

Pendant mes années au collège et au lycée, il a été difficile de poursuivre ce but car personne ne pouvait me dire quelles études suivre. C’était avant Internet et l’information n’était aussi facile d’accès que maintenant ! Mais j’ai persisté dans une orientation scientifique et technique, car c’était ce qui m’intéressait.

Après un bac Scientifique j’ai passé mon diplôme d’ingénieur en Génie des Systèmes Industriels à L’EIGSI-La Rochelle. J’ai choisi cette école car elle proposait une formation en 5 ans, directement après le Bac. C’était important pour moi car je ne souhaitais pas entrer en Classe Prépa, cela ne me correspondait pas. Le côté pratique et progressif du cursus EIGSI me semblait plus adapté à ma personnalité.

En 4ème année , j’ai choisi de passer quelques mois en Allemagne en profitant du programme européen ERASMUS car il me semblait indispensable d’avoir une expérience à l’étranger. Quand j’ai appris que L’ESA, et plus particulièrement l’ESOC était justement situé à Darmstadt où je faisais mon échange, j’ai profité de l’occasion pour faire une demande de stage en vue de mon projet de fin d’étude.

A la fin de mon stage, j’ai pu rejoindre Rosetta en tant que YGT (Young Graduate Trainee) puis consultante.

Par une voie détournée, je suis finalement revenue à mon projet original. La boucle est bouclée.

Quel est votre rôle au sein de la mission ? Pourquoi avoir accepté ce poste et pas un autre ? Qu’est-ce qui vous plaisait dans cette fonction ?
Je suis Spacecraft Operations Engineer (ingénieur en opérations spatiales). En d’autres mots pilote de sonde spatiale. Mon rôle consiste à surveiller Rosetta au jour le jour et à réagir en cas de problème. En parallèle nous intégrons les commandes des instruments scientifiques, de la navigation de vol et de gestion des contacts avec les stations-sol afin de vérifier qu’elles sont valides et n’interfèrent pas entre-elles, avant de les envoyer à Rosetta.

Ce qui me plait dans ce poste, c’est le contact direct avec la sonde, la dimension « système » ainsi que l’environnement de travail international.

Comment arrive-t-on à se motiver, à continuer de s’impliquer pour des programmes spatiaux aussi long ? Certains de vos collègues travaillent sur Rosetta depuis 25 ans ou presque ? Entre le décollage de Rosetta et l’atterrissage de Philae, il vous a fallu attendre 10 ans.
L’une des particularités de Rosetta, c’est qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à préparer. Chaque assistance gravitationnelle - que ce soit avec la Terre ou avec Mars, chaque survol des deux astéroïdes Stein et Lutetia, l’hibernation puis le réveil, l’approche de la comète, la caractérisation qui devait être effectuée en un temps record, l’atterrissage de Philae puis la phase d’observation avec les difficultés que nous rencontrons actuellement à rester à proximité de la comète… chaque phase était unique.

Maintenant nous préparons aussi la fin de mission, c’est-à-dire la descente de Rosetta à la surface de CG.

C’est vrai que la mission est très longue. Mais à peine une phase critique est-elle passée que la suivante nous attend déjà, avec des délais plus ou moins long. Le rythme est resté soutenu en 10 ans, il y avait toujours tant à faire et à apprendre ! Ce n’est pas très difficile de rester motivé dans ces conditions.

Quelles ont été vos premières pensées, vos premières émotions, à trois moments clés de la mission Rosetta / Philae : le réveil en janvier 2014, la mise en orbite en août et surtout l’atterrissage de Philae ?
Au réveil j’ai ressenti un immense soulagement. Après tous ces mois de silence, nous ne savions même pas si Rosetta serait au rendez-vous ! Les dernières minutes d’attente ont été un calvaire. Pour nous, il n’y a rien de pire que le silence. Tant qu’on a un signal, un contact, on peut agir.
(le fameux ''pic'' annonçant le réveil de Rosetta)
La mise en orbite a été relativement impassible, dans le sens où cette manœuvre était très peu critique par rapport à celles exécutées les mois suivants. Un peu comme un amarrage à quai en douceur après une entrée au port à travers un chenal hérissé de récifs.
(L'arrivée de Rosetta sur la comète en août 2014)
L’atterrissage évidement, pour moi ça a été le moment le plus fort de la mission. Je suis le Lander quasiment depuis mon arrivée sur Rosetta, et chaque phase de la manœuvre était une épreuve en soi. Le réveil de Philae et sa préparation pour la séparation ne se sont pas bien passés, et au moment où je rentrais chez moi après mon premier shift, la situation était telle que nous étions NOGO. Pendant la nuit, l’autre équipe a réussi à changer la donne et à mon retour nous étions certes dans une situation incertaine vis-à-vis de Philae, mais GO pour la manœuvre. Ensuite tout est allé très vite. Joie au moment de la séparation et de l’acquisition du signal, plaisir de voir Rosetta se comporter aussi bien, exultation lors du contact avec la comète, angoisse quand le signal est devenu instable et que nous avons compris que Philae bougeait, et enfin soulagement et allégresse quand il s’est définitivement posé. Additionné à tout cela, beaucoup de fierté de travailler avec des collègues extraordinaires qui rendent ce genre de mission possible.
(Vue de Philae par Rosetta juste après son largage / CIVA-ESA)
(Vidéo avec séquence de 7 images depuis la caméra Rolis de Philae entre 67 et 9 mètres) 


Vous nous avez dit lors de votre présentation être très attachée à Rosetta – vous portez un joli pendentif Rosetta d’ailleurs (que ma fille aimerait beaucoup avoir ;-) ) – Quelle a été votre réaction lors du réveil de Philae après plus de 6 mois d’hibernation ? et quel est la suite maintenant que la mission a été prolongée jusqu’en septembre 2016 ?
Beaucoup de joie et un peu d’incrédulité. Après plusieurs séquences de recherches infructueuses, le doute commençait à s’installer. Nous avons passé une bonne partie de la nuit à analyser les données, l’atmosphère ressemblait à ce que nos avions vécu en Novembre.

Rosetta écoute Philae en continu. Dès qu’elle est positionnée de telle manière qu’un contact serait possible, nous essayons de le réveiller. Mais jusqu’à présent, les communications n’ont pas été satisfaisantes car hachées et irrégulières. Sans régularité ni prévision dans la durée et l’heure des contacts, il est impossible de construire un plan d’observation. Nous continuons donc d’essayer de trouver Philae. Même si à présent l’activité de la comète nous force à rester très loin du noyau (environ 300 km).

Je suppose que vous aimeriez vous aussi aller dans l’espace – pourquoi ? Et vers quelle destination aimeriez-vous vous envoler ?
En fait pas vraiment… je me trouve bien sur Terre et je suis contente d’y rester. Si l’exploration humaine a des bénéfices uniques, nous sommes encore très limités dans ce que nous pouvons réaliser sans prendre de risque inacceptable pour l’équipage.

Ce que je voudrais explorer à présent, ce sont nos deux géantes bleues : Uranus et Neptune.

La place des femmes n’est pas encore assez importante dans le milieu de l’ingénierie spatiale (et dans d’autres domaines aussi). Je sais que vous vous impliquez justement pour ‘’améliorer’’ cela et pousser plus de jeunes étudiantes dans les métiers scientifiques. Qu’est ce qu’il faudrait faire pour vraiment pousser les jeunes vers ces métiers et leur donner envie de faire des études ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer au projet Space Girls Space Women ? 
Je crois que l’une des choses les plus importantes à faire, c’est de donner à ces jeunes filles des exemples de ce qu’elles peuvent faire. Il faut créer des rêves, et prouver qu’ils sont réalisables. C’est justement ce que fait « Space Girls Space Women ».

Lors de l’inauguration de l’exposition à Paris, une jeune femme est venue me voir. Ce qu’elle m’a dit m’a démontré à quel point il était important d’agir. Elle exerce aujourd’hui son métier d’écrivain avec talent, mais étant petite fille, ce qu’elle voulait faire c’était travailler dans le spatial. Simplement les gens autour d’elle lui ont dit d’oublier ce projet, car étant une fille elle n’avait aucune chance d’y arriver. Elle les a crus et aujourd’hui elle le regrette.

Grace à cette jeune femme j’ai réalisé ma chance d’avoir été entourée d’une famille qui n’a jamais fait de différence entre moi et mes frères. Qui nous a poussé à faire ce que nous aimions, et qui nous a laissé tenter les projets qui nous attiraient. L’idée que je ne puisse pas faire quelque chose parce que j’étais une fille ne m’a jamais effleurée !

C’est ça qu’il faut obtenir. Il faut que chaque petite fille et chaque petit garçon choisisse sa carrière en fonction de ce qu’il souhaite devenir. Il faut que quand il ou elle entend quelqu’un lui dire que certaines professions sont réservées aux hommes où aux femmes, sa réaction soit aussi incrédule que si on lui disait que certaines professions sont réservées aux gauchers, à ceux qui aiment les épinards, qui dorment avec les bras au-dessus de la couette ou qui préfèrent le jazz à la country…

Nous devons, en tant qu’adultes et parents, prendre conscience du fait que chacun a le droit d’avoir son rêve, sa chance, et que ce n’est pas à nous de décider ce que nos enfants pourront ou ne pourront pas faire. Notre rôle, c’est de nourrir leurs rêves et de leur montrer que tout est possible et qu’il faut tenter sa chance. La pire chose que l’on puisse faire c’est de leur interdire d’essayer.
Crédit Photos : Stéphane Sebile / Spacemen1969
                         ESA