lundi 20 mai 2019

10ème anniversaire de la sélection astronautes ESA 2009 -


La troisième sélection (2009)


Ce 20 mai 2019, nous célébrons les 10 ans de la 3ème sélection des astronautes ESA (après celle de 1977 et de 1992). Enfin, plus exactement, c'est ce jour-là que les six heureux sélectionnés ont été présentés à la presse au siège de l'ESA à Paris.

Un moment un peu particulier pour moi, puisque j'ai vécu cette sélection au plus près et cette présentation encore plus près 😊😊😊

Il y a eu plus de 8 500 candidatures pour ce recrutement qui a été annoncé le 18 avril 2008 lors d'une cérémonie spéciale à Paris au Palais de la Découverte, avec la présence de 4 astronautes français.
Jean-François Clervoy, Jean-Jacques Favier, Jean-Pierre Haigneré, et Michel Tognini nous ont vendu le métier d'astronautes. Je me souviens qu'il y avait du monde au Palais de la Découverte, surtout de jeunes étudiants et ingénieurs.


Et il faut croire que la communication, tant en France qu'en Europe était bien passée, puisqu'il y a eu plus de 8 500 candidatures.Je me suis moi-même prêté au jeu de la candidature, puisque le premier tour consistait en une sélection sur ordinateur avec une visite médicale aéronautique (du même type que pour préparer un brevet de pilote privé avion). Je savais que je n'irais pas plus loin, mais c'était sympa de postuler. Et... effectivement, je ne suis pas allé plus loin 😊😊😊


Un peu plus d'un an plus tard, la sélection est terminée et les heureux sélectionnés vont être présentés à la presse au siège de l'ESA à Paris le mercredi 20 ami 2009. Autant dire que je suis fin prêt pour assister à cette présentation lorsque j'ai reçu mon invitation.

Assister à cette présentation en direct, au siège de l'ESA, c'était un peu pour moi comme assister en direct à la présentation des astronautes Mercury. On va dire que j'exagère un peu, mais pour un passionné de spatial, assister au plus près à ce genre d'événement est quelque chose de magique. 
C'est déjà très rare... la sélection ESA précédente avait eu lieu en 1992 ! puis au niveau national, la dernière sélection du CNES remontait à 1991. Autant dire, que c'est un événement non seulement magique, mais aussi unique dans ma vie professionnelle (mais aussi personnelle).

Puis aussi, cela faisait un an que je suivais cette sélection grâce à divers contacts. Je savais qu'il restait dans les dernier finalistes un pilote d'essais d'hélicoptère Apache anglais et un pilote de chasse italien costaud et baraqué et multilingue. Je savais aussi qu'un pilote de ligne français se débrouillait plutôt très très bien. Mais c'est tout... (ce qui n'est déjà pas trop mal).

Et je peux vous dire, que malgré mes multiples rencontres avec des astronautes français entre avril avril 2008 et mai 2009, aucun n'a voulu ''lâcher le morceau''. C'était presque un jeu à chacune de nos rencontres. Juste avant de se saluer, j'avais le droit à un signe de bouche fermée avec un grand sourire 😊😊😊

Puis, ce mercredi 20 ami est arrivé. Le rendez-vous était fixé à 13h00 et je peux dire que je suis arrivé bien en avance. Si je voulais avoir une chance d'entrer dans la grande salle du conseil où se ferait la présentation, il fallait arriver de bonne heure. Et bien m'en a pris, car je me suis retrouvé placé à peine deux mètres de... (mais chut... vous verrez plus bas).

L'ESA avait fait les choses en grand, surtout à l'entrée de son HQ à Paris 😊


Les médias, radio, presse et télé, étaient venus en nombre. Et vu le nombre de médias français (surtout télé et radio), j'ai soupçonné qu'il y avait peut-être un français dans cette liste de quatre. Oui quatre, car au début, ce sont les informations que l'ESA avait donné. Elle souhaitait recruter 4 nouveaux astronautes.

Je me retrouve assis tout près de la place que vont occuper les nouveaux astronautes. Il y a un petit carton avec leur nom, qui est retourné face vers le mur. La tentation est grande de regarder... mais non... je résiste, la surprise n'en sera que plus grande. J'étais équipé...reflex, compact, téléphone...


A côté de moi se trouve mon ami Pif (alias Pierre-François Mouriaux, l'actuel rédacteur-chef de la rubrique Espace d'Air & Cosmos), puis Michel Tognini, qui est à l'époque le chef des astronautes de l'ESA et donc qui a eu une des responsabilités finales dans le choix des nouveaux, puis les six places libres que vont occuper les six heureux sélectionnés. Quand je vous disais que j'étais très très très bien placé (les photos signées sont de moi et elles ont été signées quelques jours après la présentation).

Jean-Jacques Dordain, le directeur d'alors de l'ESA ouvre la présentation puis c'est au tour de Simonetta di Pipo, alors responsable des vols habités à l'ESA, d'annoncer les nouveaux astronautes de cette sélection 2009.


Les heureux élus (leur ordre d'arrivée est aussi leur ordre alphabétique) sont :

Samantha Cristoforetti, Italie
Alexander Gerst, Allemagne
Andreas Mogensen, Danemark
Luca Parmitano, Italie
Timothy Peake, Grande-Bretagne
Thomas Pesquet, France


Chacun se présente en anglais puis c'est au tour des questions / réponses avec la presse. Je ne reviens pas sur cette partie-là que vous pourrez trouver sur le site de l'ESA en cherchant Selection ESA 2009.




(Michel Tognini prenant le groupe en photo)
(quand je vous sis que je suis bien placé - l'appareil au centre, c'est moi ! Crédit : ESA)
Après cette présentation, Thomas Pesquet a été assailli par les journalistes français, ce qui m'a permis de discuter avec Alexander Gerst, Tim Peake, Andreas Mogensen, Luca Parmitano et Samantha Cristoforetti. Et même faire quelques petites interviews, certainement leurs premières avec un média français (aussi modeste soit-il).



De sympathiques discussions ont eu lieu et j'en ai profité pour leur poser la même question : Qu'est ce qu'il souhaitait dire à tous ceux qui ont postulés et qui n'ont pas été retenus dans cette sélection ?

Ce jour-là, j'ai fait Luca Parmitano et Samantha Cristoforetti. Celle d'Alexander Gerst étant très peu audible, nous l'avons refaite pas mail le lendemain (avec d'autres questions). Tim Peake, Andreas Mogensen et Thomas Pesquet ont aussi répondu, mais nous l'avons fait quelques jours après lors du Salon du Bourget. Et j'en ai aussi profité pour avoir Michel Tognini.


Michel Tognini ici : https://flic.kr/p/6z7sbV

J'avais aussi emmené une photo de l'ISS (enfin, un dessin d'artiste) pour la faire signer par les nouveaux astronautes, ce qui donne cette belle pièce signée le jour même.


Les astronautes m'ont demandé que je leur envoie des photos de cette présentation en souvenir. Ce que j'ai fait, vous pensez bien 😊 Cette journée a été absolument formidable et j'en garde un très grand et beau souvenir même si j'étais vanné à la fin.


(- Mathias Maurer, Allemagne, vient compléter ce groupe en février 2017 (il faisait partie des 10 finalistes de 2009) afin de renforcer le corps actuels des astronautes de l'ESA.)

L'entraînement de base a commencé en septembre 2009 pour se terminer en 2011. Les astronautes se sont entraînés spécifiquement pour leur mission avec des formations aux Etats-Unis, Russie et Japon.

(Remise des diplômes)
Actuellement, les six astronautes de la sélection 2009 ont déjà volé tous une fois et sont susceptibles de revoler deux fois ou plus au cours des prochaines années - certains d'entre eux l'ont déjà fait comme Alexander Gerst en 2018 ou vont le faire prochainement comme Luca Parmitano qui s'envolera en juillet 2019. Thomas Pesquet est annoncé pour fin 2020, début 2021.
Seul Mathias Maurer, le 7ème astronaute du groupe arrivé en ce début 2017 n'a pas encore volé.



Un petit résumé des vols des astronautes 2009 par ordre de mission :

Luca Parmitano en 2013 avec Expedition 36-37 / il a passé à ce jour 166 jours 06 heures et 17 minutes dans l'espace.
Il doit s'envoler de nouveau dans l'espace en juillet prochain avec Soyouz MS-13 pour Expedition 60-61.


Alexander Gerst en 2014 avec Expedition 40-41 puis en 2018 avec Expedition 56-57 (il a été le commandant de cette dernière). Il a passé à ce jour 362 jours 17 heures et 50 minutes dans l'espace


Samantha Cristoforetti en 2014 et 2015 avec Expedition 42-43 / Elle a passé à ce jours 199 jours 16 heures et 42 minutes dans l'espace



Andreas Mogensen en 2015 avec le vol-taxi Soyouz TM-18M / Il a passé 9 jours 20 heures et 14 minutes dans l'espace


Timothy Peake en 2015 avec 2015 et 2016 avec Expedition 46-47 / Il a passé 185 jours 22 heures 11 minutes dans l'espace



Thomas Pesquet en 2016 et 2017 avec Expedition 50-51 / La mission est toujours en cours et le retour est prévu normalement pour le 2 juin


Crédit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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             NASA / ESA
Remerciements : ESA

dimanche 19 mai 2019

50ème anniversaire de la mission Apollo 10


(en cours de publication)


Crésit : Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969
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vendredi 3 mai 2019

Rencontre avec Jean-Yves Le Gall, Président du CNES / Centre National d'Etudes Spatiales


Je vous propose une interview/entretien qui va vous permettre de connaître un peu plus et un peu différemment Jean-Yves Le Gall, le Président du CNES / Centre National d'Etudes Spatiales.


Jean-Yves Le Gall est ingénieur et docteur en optique diplômé de l'Ecole Supérieure d'Optique (aujourd'hui Institut d'Optique Graduate School / IOGS). A ses débuts, il a travaillé notamment sur les satellites Hipparcos lancé en 1989 et le télescope spatial ISO lancé en 1995.

Il rejoint le CNES en 1993 et devient le directeur général de sa filiale Novespace (vous savez, avec le Zero G), puis en 2001, il est directeur général d'Arianespace.

En avril 2013, Jean-Yves Le Gall est nommé comme Président du CNES. Poste qu'il occupe toujours aujourd'hui.

En septembre 2016, Jean-Yves Le Gall devient également le Président de la Fédération Internationale de l'Astronautique (IAF) et en juillet 2017, il est nommé président du conseil de l'ESA.

Interview réalisée en avril 2019

Monsieur Le Gall, pourquoi avoir choisi de travailler dans le spatial ? Qu'est-ce qui vous a motivé pour choisir cette voie ?
J'avais 10 ans lorsque les astronautes d'Apollo 11 ont marché sur la Lune. Je pense que beaucoup d'enfants qui avaient 10 ans à l'époque voulaient devenir astronaute.
J'ai certainement manqué d'imagination... Certains ont choisi d'autres voies et moi, je suis resté fidèle au spatial.

Pourquoi avoir accepter de présider le CNES ?
Grâce au CNES, la France est l'une des plus grandes puissances spatiales, tant au niveau technique que politique.
Le CNES a aujourd'hui un portefeuille d'activités particulièrement impressionnant : lanceurs, satellites, applications, innovations, climat, exploration, militaire...

Je suis arrivé en pleine période de transformation et je ne cesse d'être impressionné par la compétence, l'engagement et la réussite des collaborateurs du CNES.
Il fau le dire, grâce à eux, la France et l'Europe font la course en tête pour les satellites de défense, de recherche ou encore dans la lutte contre le changement climatique...

Et le CNES est aussi sur Mars, ce qui me fait dire qu'aujourd'hui, le CNES, c'est ''The place to be'' !


Quel est le souvenir de votre carrière spatiale le plus marquant ? Et celui dont vous êtes le plus fier ?
Malheureusement, les souvenirs, il commence en y en avoir beaucoup...
Je ne sais pas s'il y en a un de particulier. Dernièrement, il y a eu l'atterrissage d'Insight-SEIS sur Mars. On ne va pas sur Mars tous les jours...

(Philippe Lognonné, le responsable de l'instrument SEIS 
et Jean-YvesLe Gall lors de l'atterrissage d'Insight)

Il y a aussi la qualité extraordinaire des images de CSO (lancé en décembre dernier = ndlr) qui montre que nos ingénieurs repoussent toujours plus loin les limites de la physique...

Le retour en vol d'Ariane 5 ECA en  2005 après 27 mois d'interruption (échec de son premier vol en décembre 2002 = ndlr) a été aussi un grand moment. Nous étions sur le fil du rasoir, et cela a été unne charge émotionnelle très importante (Jean-Yves Le Gall était alors Directeur Général d'Arianespace = ndlr).
Et quand je pense Ariane, je ne peux m'empêcher de penser aussi au premier lancement d'Ariane 1 dont nous allons fêter les 40 ans cette année.

Vous êtes toujours en déplacement aux quatre coins du monde. Comment faites-vous pour ne pas être fatigué ou ne pas avoir l'air fatigué ?
Je dors beaucoup, je ne bois pas d'alcool et je ne mange pas plus que de raison.
Quand je monte dans un avion, en général, je m'endors quasiment sur commande. Mais comme tout le monde, il m'arrive d'être fatigué. Et la, je ne dors pas sur commande (rires...).

A quoi avez-vous pensé lorsque vous avez-vu les premiers pas de l'homme sur la Lune ?
J'avais dix ans. C'tait quelque chose extraordinaire. La Lune, on la voit. On peut la voir.
Je regardais la Lune dans le ciel en me disant : Je la vois et des hommes marchent dessus ! C'était sidérant !

On n'a plus fait depuis, quelque chose d'aussi fort ! Marcher pour la première fois sur la Lune est certainement l'événement le plus fort en termes de force émotionnelle. On ne refera plus jamais cela...
On y retournera, mais cella ne sera pas du tout comme la première fois. Même le lancement du premier satellite, du premier homme dans l'espace, et je ne minimise en rien l'exploit de nos amis russes, n'ont pas apporté la charge émotionnelle véhiculée par les premiers pas de l'homme sur la Lune.

Qu'est-ce qui vous motive encore ? On n'est pas un peu ''blasé'' après des dizaines et dizaines de lancements ?
Non. Pas du tout. Le spatial change !
Ce qui se fait aujourd'hui est différent de ce qui s'est fait hier et de ce qui se fera demain.
Le spatial est devenu global, notre activité est de plus en plus diversifiée et il y a de plus en plus d'acteurs venus de tous les milieurx.

C'est ce qui fait que c'est extrêmement motivant et passionnant !


Avez-vous un hobby ? Que faites-vous lorsque vous ne faites pas de spatial ?
Je n'ai pas de hobby particulier. Mais je prends un réel plaisir à rencontrer des gens nouveaux, à découvrir de nouvelles cultures, des activités différentes et le fait de voyager me permet cela.
J'écoute aussi beaucoup de musiques du monde et je vais au concert quand je le peux.

A titre personnel, aimeriez-vous aller dans l'espace ? Et pourquoi ?
Oui, bien sûr car j'aimerais découvrir l'espace différemment qu'en réalité virtuelle, le découvrir autrement qu'en théorie.
Mais en même temps, je sais que je n'irai jamais. Parce que, outre des qualités physiques et psychiques exceptionnelles, il y a aussi une grande part de hasard et de circonstances pour devenir astronaute.
Et on ne peut pas compter que sur sa volonté pour y arriver. J'ai du mal à imaginer des gens qui ont rêvé d'être astronaute et qui ont gardé ce même rêve toute leur vie.

(Jean-Yves Le Gall et l'astronaute Thomas Pesquet)

Si vous n'aviez pas été dans le spatial, qu'auriez-vous fait ?
Je voulais aussi être chanteur de rock. Mais Mick Jagger était déjà là...

Crédit : Stéphane Sebile / Spaceme1969
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Un grand merci à Jean-Yves Le Gall et au CNES (particulièrement à Raphaël)