mercredi 27 juin 2012

Commémoration 30ème anniversaire du premier français dans l'espace Jean-Loup Chrétien


Ce mardi 26 juin, se déroulait la commémoration, à Paris, du 30ème anniversaire du premier vol spatial d’un français dans l’espace, Jean-Loup Chrétien.

Cette journée de célébration du premier vol franco-russe était divisée en 2 parties : La première au Musée de l’Air et de l’Espace, au Bourget, où se trouve la capsule Soyouz T-6 et la combinaison de Jean-Loup Chrétien pour ce premier vol, et la seconde à l’Ambassade de la Fédération de Russie, enfin plus exactement, dans la résidence personnelle de l’Ambassadeur de Russie, à Paris.

 Parmi les invités, il y avait Jean-Loup Chrétien bien sûr. Celui-ci s’est prêté au jeu de quelques interviews pour des médias télévisées à proximité de la capsule Soyouz T-6 (pour BFMTV) ou de la maquette de Saliout 6 (pour France 3).


Il y avait également les astronautes français (dans l’ordre de vol) Patrick Baudry, Michel Tognini, Jean-Pierre Haigneré, Jean-François Clervoy et Claudie Haigneré. Mais aussi, les cosmonautes Alexandre Ivanchenkov, qui vola avec Jean-Loup Chrétien, lors de premier vol, et Vladimir Titov, qui lui, revint sur Terre avec Jean-Loup Chrétien lors de Soyouz TM-7 Aragatz et aussi lors de la mission avec la navette Atlantis pour STS-86.
(Michel Tognini devant la capsule Soyouz T-6)

(Jean-François Clervoy devant la capsule Soyouz T-6)

(Le cosmonaute Alexandre Ivanchenkov émue devant sa capsule Soyouz T-6)
La présentation de la cérémonie était assurée par l’animateur Vincent Perrot. Le message d’introduction et de bienvenue a été fait par Catherine Maunoury, directrice du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.


L’Ambassadeur de Russie Alexandre Orlov a prononcé également un message de bienvenue.


Il y eu les discours de tous les astronautes et cosmonautes présents. Chacun racontant un souvenir personnel ayant un lien avec la mission PVH ou avec Jean-Loup chrétien.

Bien sûr, Jean-Loup Chrétien a raconté un peu de son aventure. Quelques anecdotes personnelles concernant sa sélection (en fait la deuxième car il avait échoué à la première), son entrainement (le caviar au petit déjeuner), sur sa somnolence au moment du décollage car il n’avait rien à faire (‘’c’était toujours Volodia et Sacha qui faisaient tout ! et qu’il n’avait rien à faire, et que Sacha l’avait réveiller, etc…’’), etc, etc… Il était très en forme et très en verve. Il nous a raconté certains de ses rêves spatiaux lors de ses missions. En voici deux exemples…

- Lors de ma deuxième mission, j’ai rêvé que je voyais Sacha Volkov qui volait dans la station, non pas grâce à l’apesanteur, mais grâce à ses deux énormes, géantes, oreilles, comme Dumbo !

- J’ai rêvé que j’étais à l’arrière de la station (Saliout) et que je voyais distinctement les montagnes, puis au passage d’après, je les voyais encore plus lentement. Je m’aperçois que la station descend de plus en plus près de la Terre, et à peine le temps de dire Ouf, que celle-ci se pose en catastrophe, en Bretagne, sur une autoroute. Et que nous descendons de celle-ci, pour la pousser sur le côté pour ne pas gêner les automobilistes et causer d’accidents…


Autant vous dire que ces rêves ont eu un franc succès auprès de l’assistance.

Ensuite, Patrick Baudry, qui a été la doublure de Jean-Loup Chrétien, vient aussi parler de son expérience en Russie. Il a d’ailleurs présenté un très beau film, qui était diffusé en continue sur des écrans à proximité de la scène (sans le son, hélas), à base d’images d’archives et donc forcément inédites.

Puis tous les astronautes présents viennent parler à tour de rôle.
Claudie Haigneré, qui a été sélectionnée en 1985, n’a donc pas vécu en lien direct la mission PVH, mais a eu par la suite des contacts très étroits avec Jean-Loup Chrétien, notamment comme ‘’sujet d’étude’’ pour sa thèse en médecine spatiale.


Jean-Pierre Haigneré nous a parlé de son émotion ressentie lors du décollage de Jean-Loup Chrétien pour sa deuxième mission Soyouz TM-7 Aragatz en 1988. Il était parti en URSS (à l’époque) avec la délégation française en Concorde et que celui-ci avait atterrit à Baïkonour. Qu’il avait eu le privilège de voir Bourane de très près, alors qu’elle venait de rentrer sur Terre quelques jours auparavant.


Michel Tognini, lui est venu nous raconter que s’il a sauvé ses dents, c’est grâce à Jean-Loup Chrétien. Doublure de Chrétien pour la mission Aragatz, il avait eu un souci avec le médecin-dentiste de la Cité des Etoiles, qui voulait lui retirer des dents. Sans entrer dans les détails, car la description orale de la scène est bien plus cocasse qu’écrite, on ne lui a pas retiré ses dents. Ce qui a beaucoup fait rire le public.

Patrick Baudry devant partir plus tôt, a adresser un dernier petit message à Jean-Loup et au public, qui a laissé un ‘’petit froid’’ auprès de certains.
Tout le monde connait les critiques de Patrick Baudry envers les responsables politiques et la frilosité de certaines agences spatiales (notamment le CNES) envers le vol habité. Certains politiques et responsables spatiaux ont donc été ‘’habillés pour l’hiver’’.
Il regrette profondément que l’Europe soit incapable d’envoyer par elle-même ses propres astronautes dans l’espace.
Il n’aime pas le mot spationaute, car cela sous-entend que la France soit capable d’envoyer par elle-même ses ressortissant. On est donc obligé de se contenter d’appellation d’autres pays comme astronautes (pour ceux envoyés par les américains), de cosmonautes (pour ceux envoyés par les russes) et certainement bientôt taïkonautes (pour ceux envoyés par les chinois).
Au final, il préfère le terme ‘’franchenaute’’, et se retire en lançant un Salut et en faisant la bise à Jean-Loup Chrétien !


Jean-François Clervoy nous raconte ensuite que c’est Jean-Loup Chrétien qui lui a posé les dernières questions lors de sa sélection, et qu’il suppose avoir bien répondu à celles-ci, puisqu’il a été sélectionné. De plus, c’est Jean-Loup Chrétien qui lui a annoncé sa nomination sur son premier vol STS-66 lors d’un repas dans un restaurant indien à Houston.


Puis vient le tour du journaliste Bernard Chabbert, qui nous parle un peu de la mission, et surtout de son bonheur et de l’honneur d’avoir fait partager auprès du public, les exploits de ces héros…

Daniel Meztlé, responsable du service de presse du CNES à l’époque, nous parle surtout de la confection du logo de la mission qui a occasionné quelques soucis et des retouches de la part de l’artiste français Michel Granger (voir son interview sur Space Quotes – Souvenirs d’espace).


Puis c’est à Alexandre ‘’Sacha’’ Ivanchenkov de parler un peu de la mission et de Jean-Loup. Il a été son collègue d’équipage lors de ce premier vol. Cela a été surtout beaucoup de compliments, d’échanges d’amitiés entre les deux hommes. Jean-Loup Chrétien était très ému.


Vladimir Titov, qui est rentré sur Terre avec Jean-Loup Chrétien, après avoir passé 366 jours dans MIR lors de la mission Aragatz et qui revola avec lui près de 10 ans plus tard avec la navette (STS-86), nous parle de l’effet Chrétien auprès des dames de la Cité des Etoiles qui étaient comme des tournesols tournant dans la direction du soleil (ah, le lyrisme russe !) .


Alexeï Krasnov, directeur des vols habités russes, nous a parlé de la coopération franco-russe.


Il y eu ensuite le discours du responsable communication du CNES, qui a excusé l’absence de Yannick d’Escatha, directeur du CNES, ainsi que celui de Lionel Suchet, ancien chef de projet sur Altaïr, Cassiopée, Perséus et Andromède) et actuel Directeur-Adjoint du Centre de Toulouse du CNES.

Après cela, nous avons pu faire quelques photos de groupe.


A la fin de la cérémonie, il y avait un tirage au sort afin d’offrir un vol en Zero G… Je n’ai hélas pas été tiré au sort… Le grand gagnant à été… Didier Marouani, le célèbre musicien, grand ami de Jean-Loup Chrétien, avec qui il a fait un concert l’année dernière en Russie.

Avant de gagner la résidence de l’Ambassadeur de Russie pour la suite des festivités, plusieurs rencontres avec certaines personnalités du spatial, ont enrichies cette commémoration (dont Michel Viso et Michel Viellefosse).

(avec le cosmonaute Alexandre Ivanchenkov)
Un cocktail spécial a été organisé par l’Ambassade de Russie. La suite de la commémoration de se passe dans la résidence de l’Ambassadeur de Russie.

Accueilli en personne par son Excellence Alexandre Orlov, je suis invité à me rendre au premier étage où se tient le cocktail et la cérémonie. Tous les invités de l’après-midi sont présents (sauf Patric Baudry), il y a également d’autres personnalités. Discussions et rencontres autour d’un verre, avec tous les astronautes et cosmonautes présents.

Ensuite un discours de son Excellence Alexandre Orlov a lieu, ainsi que la retransmission des vœux d’anniversaire de ce vol franco-russe par l’équipage actuel de l’ISS (enfin les russes et l’européen = pas de message des américains !) Gennady Padalka, Serguei Revin, Oleg Kononenko et André Kuipers.

Discours de Jean-Loup Chrétien, encore très ému, de Sacha Ivanchenkov et de Vladimir Titov, puis remise de cadeaux par son Excellence à Jean-Loup Chrétien et à Claudie Haigneré. Photos de la remise d’une médaille l’année dernière par le président Medvedev.


Jean-Loup Chrétien a eu droit à un deuxième cadeau concernant sa visite au musée de Kalouga en 1986.

Tout le monde a souhaité longue vie et bonne santé à Jean-Loup Chrétien. Son Excellence a terminé son allocution par un trait d’humour : La cérémonie du soir ayant commencé avec beaucoup de retard pour cause de bouchons à Paris, il suppose que la cérémonie de 50 ou 100 ans se fera sans aucun retard et surtout qu’elle se passera dans l’espace, puisque tout le monde sera déjà sur place…

L’Ambassade de Russie a aussi offert à tous les invités un souvenir de ces 30 ans. Un joli poster, un autocollant et un patch, réalisé à partir du logo, par le responsable russe de la société Starsem.

Une excellente journée pour ce trentième anniversaire du Premier Vol Habité d’un français.



(Avec le cosmonaute Vladimir Titov à la résidence de l'Ambassadeur de Russie)


dimanche 24 juin 2012

30ème anniversaire - 24 juin 1982 Jean-Loup Chrétien devient le premier français dans l'espace - Soyouz T-6

(Dessin de Jean Eiffel signé par l'équipage)

Ce 24 juin 1982, Jean-loup Chrétien décolle de Baïkonour à 18h30 (heure de Paris) à bord de la capsule Soyouz T-6 avec Vladimir Djanibekov et Alexandre Ivanchenkov.
(Soyouz T-6 prête au décollage / Photo signée par Jean-Loup Chrétien)
(Photo signée par les 3 membres d'équipage)
FDC Départ CNES signé par Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry et Michel Granger)

Jean-Loup Chrétien devient le premier français dans l'espace.

Interview de Jean-Loup Chrétien sur Space Quotes - Souvneirs d'espace
Sélectionné par le CNES en 1980 avec Patrick Baudry (qui sera sa doublure), il commence son entrainement qui va durer deux ans à la Cité des Etoiles, près de Moscou.

(Présentation des astronautes français à la presse en 1980 - Photo signée Jean-Loup Chrétien)

(Entrainement - Photo signée par Jean-Loup Chrétien)
(Photo signée par Jean-Loup Chrétien et Patrick Baudry)
(Equipage à l'entrainement dans le simulateur)

(Enveloppe commémorant l'entrainement de l'équipage Soyouz T-6)

La mission Soyouz T-6 doit rejoindre la nouvelle station spatiale russe Saliout 7 (en orbite depuis avril 1982) et où se trouve l'équipage résident Soyouz T-5 (Anatoli Berezovoï et Valentin Lebedev).

(Anatoli Berezovoï et Valentin Lebedev)

L'arrimage doit se faire manuellement à cause d'un problème du système d'arrimage automatique.

(FDC arrimage Soyouz T-6 signé par les 2 équipages)

Le séjour de Jean-Loup Chrétien se passe sans problèmes et de nombreuses expériences sont effectuées.
(La station Saliout 7 vue par Soyouz T-6 / Photo signée par Jean-Loup Chrétien)
(Vue de la Terre depuis Saliout 7)

Après 7 jours 21 heures et 50 minutes de vol, Jean-Loup Chrétien et son équipage rentrent sur Terre et atterrissent près d'Arkalyk.


Le logo de la mission, qui en fait n'aura pas de nom particulier -PVH Premier Vol Habité - est conçu par l'artiste français Michel Granger.

Ce logo est considéré comme un des plus beaux logos de missions spatiales conçus. Ce logo a reçu le nom de Starman. Alexeï Leonov lui-même lui a trouvé un nom : L'homme aux abeilles.

Retrouver l'interview de Michel Granger au sujet de ce logo sur Space Quotes - Souvenirs d'espace.

Interview de Michel Granger sur Space Quotes - Souvenirs d'espace

Au niveau collection, il y a bien sûr, les enveloppes philatéliques. Une émission de 3 timbres et un bloc ont été émis pour l'occasion par l'URSS le jour-même du lancement.

(Bloc 1er Jour signé par l'équipage et par l'artiste Michel Granger)
On trouve aussi des enveloppes ayant voyagé dans Saliout 7.

(FLOWN Cover signé par Jean-Loup Chrétien)

Il y aussi la littérature.

Quelques semaines, avant le lancement, parait le livre Spatiale Première, écrit par Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry et le journaliste Bernard Chabert. Ce livre, raconte essentiellement la phase d'entrainement et ce que est un vol spatial.

Il y a aussi le livre d'Alexandre Ivanchenkov Un million de lieues autour de la Terre qui est paru en français en 1983.


Puis le livre URSS - FRANCE racontant la mission en images et paru en 1983.

Pour les 20 ans du vol, un numéro spécial de L'Astronomie sort.


En 2009, Jean-Loup Chrétien publie un nouvel ouvrage Rêves d'étoiles, écrit avec Catherine Alric, où une large part est consacré à Soyouz T-6. Il fait un tour de France pour rencontrer le public.

(Jean-Loup Chrétien lors d'une de ses présentations en province)
Suite à une demande du public, il sort un DVD afin de mettre des images sur son livre. Distribué par Connaissances du Monde, il sera proposé lors des nombreuses conférences que fera Jean-Loup Chrétien en 2010-2011. Ce film est composé en très grande partie d'images d'archives personnelles et inédites de Jean-Loup Chrétien, qui en a aussi assuré la composition musicale.

Le DVD est toujours disponible au prix de 20 euros. De plus, il sera dédicacé. Pour les personnes intéressés, merci de me contacter, et je vous mettrai en relation avec l'éditeur.

(Affichette des conférences DVD signée par Jean-Loup Chrétien)


On peut aussi collectionner les patchs.

Il y en a 3 dont deux officiels.

Le premier est celui du CNES (avec le logo de l'époque)


Le patch du logo de la mission


Et le patch commémoratif, qui lui n'est pas officiel (du moins n'a pas été porté sur les combinaisons).



La capsule Soyouz T-6 est en exposition au Musée de l'Air et de l'Espace au Bourget. Il y a également exposé la combinaison spatiale portée par Jean-Loup Chrétien lors de ce vol.

(Photo signée par Jean-Loup Chrétien)


samedi 16 juin 2012

Décollage de Shenzhou 9 - Liu Yang devient la première femme Taïkonaute

Ce matin, a décollé la 4ème mission habitée chinoise, Shenzhou 9.

A son bord, 3 taïkonautes dont la première femme taïkonaute Liu Yang.

L'équipage est composé de Jing Haipen, dont c'est le 2ème vol (il avait volé lors de Shenzhou 7 en 2009), Liu Wang et Liu Yang dont ce sera le premier vol.




mardi 12 juin 2012

Rencontre avec Robin Walter, auteur de la bande dessinée KZ Dora


Robin  Walter est auteur de Bande Dessinée.

(Crédit : Robin Walter)

Son premier album, KZ Dora (en deux volumes), est inspiré de son grand-père qui a été déporté au camp de concentration de Dora, où furent assemblés les tristement célèbres V2. C’est aussi dans ce camp que travaillèrent les principaux ingénieurs allemands qui contribuèrent par la suite au succès des programmes spatiaux américains et russes.


KZ Dora est édité par Des ronds dans l’O Editions.

KZ Dora a remporté un grand succès auprès des lecteurs.

Le tome 1 a remporté, lors de sa sortie en 2010, le Prix Griffe Noire de la première BD  et le tome 2 de KZ Dora a obtenu le Prix du Public lors du festival de la BD au Bourget en mai 2012 (La BD prend l’air).

Robin Walter possède son blog où vous pourrez trouver d’autres informations sur KZ Dora, son travail et où vous trouverez des liens pour acheter ses albums (FNAC, Amazon, etc...).


Interview réalisée en juin 2012.


Qui êtes-vous et comment avez-vous décidé de faire de la Bande Dessinée votre profession ?

KZ Dora, découpé en 2 albums, est ma première BD.

Avant la sortie du tome 1, en octobre 2010 (le second étant sorti en janvier 2012), j’ai mis plusieurs années à travailler en école de graphisme puis en autodidacte, avant de signer chez un éditeur.
Mais j’avais cette volonté de raconter des histoires depuis tout petit, quand je dessinais des récits pour mon petit frère, qui avait droit à son magazine de BD chaque semaine.

La déportation est très peu représentée, voire quasiment absente en Bande Dessinée, contrairement à d’autres faits de la 2ème guerre mondiale. KZ Dora s’inspire de votre grand-père qui lui-même a été déporté à Dora.
Pourquoi justement avoir pensé à faire de votre premier album l’évocation de cette période ? Pas facile pour un premier album ?

Au moment de me lancer dans cette histoire, Maüs et Auschwitz étaient quasiment les seules bandes dessinées traitant de la déportation. De la Shoah précisément.
Il n’y avait rien concernant la déportation des résistants, ni sur celle des homosexuels ou des tziganes…
Quand mon grand-père a finalement réussi à transmettre ses mémoires de déportation, j’ai découvert ce qu’était le camp de Dora, que je ne connaissais que de nom.

J’ai très vite eu envie de raconter son histoire, mais je mentirai si je disais que j’ai totalement choisi de commencer par cet album.
En fait, ce sujet me tenait tellement à cœur que je préférais me faire la main sur d’autres BD, afin de gagner en maturité de dessin et de narration.
J’ai proposé aux éditeurs quelques projets, en essayant de surfer sur la vague de trucs qui me semblaient bien marcher, mais avec le recul, je me rends compte que je n’étais pas passionné par ce que je racontais, que ce n’était pas assez personnel. C’est assez logique que cela n’ait pas marché.

Quand mon grand-père est tombé malade, cela a déclenché mon écriture sur KZ Dora, et là, le projet a tout de suite trouvé preneur.
Aujourd’hui, je ne regrette vraiment pas cette tournure des événements, bien au contraire je suis ravi d’avoir commencé par cette histoire.


Vous avez suivi les pas de votre grand-père, Pierre Walter. À part ses souvenirs, comment avez-vous procédé pour la reconstitution historique afin de mettre des images dans cette évocation ? Vous êtes-vous rendu à Dora ?

En fait, le point de départ, ce sont les mémoires de déportation de mon grand-père, écrits en rentrant d’Allemagne, pour son meilleur ami et sa fiancée. Après leur avoir fait lire, il les a mis de côté, pour tourner la page.
Face à l’insistance de mon père qui en connaissait l’existence, mon grand-père les a finalement sortis de son coffre pour les 50 ans de mon paternel, voici 15 ans. Après lecture, Il l’a aidé à les rendre au propre, puis les a distribué à toute la famille.

J’ai d’abord lu ses mémoires, avant de participer à plusieurs voyages organisés par l’amicale Dora-Ellrich, accompagnant mon grand-père et d’autres membres de ma famille.
J’ai donc visité les sites de Dora, Buchenwald, Peenemünde, Compiègne… Entourés de plusieurs déportés, toutes ces découvertes ont été poignantes et passionnantes. Durant cette période, j’ai également pas mal lu sur le sujet (Levi, Semprun…)


Le graphisme en noir et blanc est-elle une volonté délibérée de votre part ?

Oui, je voulais garder le noir et blanc. J’ai un dessin qui se tient bien ainsi, avec des aplats de noir, et vu le sujet, il me semblait logique de ne pas mettre de couleur.
La 2nde Guerre Mondiale est d’ailleurs souvent associée au noir et blanc, notamment à cause des premières images télé. Chez Des ronds dans l’O, ma maison d’édition, ils ont eu le même  ressenti.



Pour beaucoup de personnes, Dora évoque le camp de concentration, le camp de travail des V2, et pour d’autres personnes, Dora, évoque les débuts des fusées, du spatial, de Wernher Von Braun et d’autres ingénieurs ‘’célèbres’’.
Comment avez-vous réussi ces concilier ces deux points de vues totalement opposés mais indissociable ?

Quand j’ai découvert Dora, j’ai très vite compris que ce camp, pourtant surnommé « le cimetière des Français », à cause des conditions  inhumaines d’internement et du fait que la plupart des déportés étaient des prisonniers politiques français, des résistants, était bien moins connu que d’autres camps de concentration comme Buchenwald ou Dachau.

Et j’ai compris qu’il y avait une raison à cela : les V2. Les grands ingénieurs allemands ayant travaillé sur les V2, ont en effet eu de brillantes carrières dans les différents programmes aérospatiaux des pays vainqueurs.

Le cas le plus connu, c’est évidemment Von Braun, officier Nazi, faut-il le rappeler, qui est devenu un véritable héros aux Etats-Unis, après avoir envoyé les Américains sur la lune.

Tous les vainqueurs, car les Russes et les Européens ont également récupéré des ingénieurs allemands, semblent s’être mis d’accord, afin de ne pas abîmer l’image de leurs nouveaux héros, pour tenter de laisser dans l’ombre le camp de Dora.

Mon souhait était alors, tout en rendant hommage à mon grand-père, de tenter de participer à la mise en lumière de cette histoire. Comme vous le dites, Dora a été à la fois un enfer concentrationnaire et le début des fusées. En expliquant les origines du camp, j’allais pouvoir associer les 2 éléments.


Pourquoi avoir choisi de raconter le destin de cinq personnages principaux et pas seulement celui de votre grand-père ?

Pour raconter ce qu’était Dora, il fallait que j’explique le point de vue des déportés mais aussi celui des scientifiques et des SS.
Ainsi, sont nés 5 personnages dont l’un a le parcours de mon grand père. J’ai aussi un autre déporté, qui illustre le fait que tous n’ont pas forcément vécu la même chose en Allemagne. J’ai un scientifique de Peenemünde et deux SS, afin de tenter d’expliquer comment et pourquoi on arrive à suivre une idéologie totalitaire.

Je raconte le parcours de ces 5 personnages, sur la période 39-45, qui vont tous se retrouver à Dora.
 Ces 5 personnages sont fictifs mais auraient pu exister. Même pour le personnage de mon grand-père, j’ai dû changer certaines choses par soucis d’équilibre scénaristique.



Quelle(s) a(ont) été les réactions des déportés ou de leur famille à la lecture de votre album ?

Dés le début, j’ai présenté mon projet à l’amicale Dora-Ellrich. Les avis étaient partagés.

Les déportés avaient énormément de mal à imaginer leur histoire en BD. Ces personnes âgées avaient alors une vision de la BD qui s’arrêtait à Tintin, Mickey ou Astérix. Les moins vieux, leurs enfants, connaissaient davantage la BD d’aujourd’hui.

Ce qui les effrayait, je crois, c’était le fait que je raconte le point de vue des SS et que je les humanise. J’ai tout de même assez vite ressenti une réelle attente de la part de toutes les familles de déportés et particulièrement de la mienne, évidemment.

Lors des festivals, je rencontre souvent des gens ayant eu de la famille déportée. Tous sont ravis de découvrir une BD sur le sujet. Les retours que j’ai, de leur part, sont nombreux et sincères. Je reçois de temps en temps des courriers.
L’amicale de Dora-Ellrich mais aussi l’association Buchenwald-Dora me soutiennent.
Les déportés et leurs familles semblent au moins satisfaits du résultat et sont ravis d’avoir un outil pour transmettre leur histoire, aux plus jeunes générations notamment. D’ailleurs, je me déplace dans les écoles, pour présenter ma BD et transmettre cette histoire aux élèves.

Parmi les déportés, il n’y en a qu’un qui avait tout de suite compris l’intérêt d’une BD sur le sujet, c’est Stéphane Hessel (Ce merveilleux bonhomme de 95 ans qui a notamment écrit « Indignez-vous » l’année dernière) qui m’a fait l’honneur de préfacer le premier tome de KZ Dora.
Ce qui est amusant, c’est de voir que le regard sur la BD, des déportés, de ces personnes âgées, a évolué. 

Quel accueil a été fait par le public BD traditionnel ? Et par le monde de la BD en général ?

Le public BD traditionnel ou le monde de la BD en général, a très bien accueilli mon album. Tous ont semble-t-il été sensibles au fait que je racontais l’histoire de mon grand-père.

Et puis, pour beaucoup, je leur racontais une histoire qu’ils ignoraient ou qu’ils connaissaient mal. J’ai même reçu plusieurs prix dont celui du public, au festival BD du Bourget.

Savez-vous quels étaient les sentiments de votre grand-père par rapport à l’exploration spatiale en général, et par rapport aux anciens scientifiques allemands de Dora qui rejoignirent les USA et développèrent ou contribuèrent au développement de ce qui allait le programme spatial américain ?
Certains de ces scientifiques sont devenus ‘’de véritables stars’’ auprès de beaucoup de passionnés de la Conquête Spatiale, notamment Wernher Von Braun.

Dans les écrits de mon grand-père (dont quelques extraits sont publiés à la fin de chacun des 2 albums de KZ Dora), qu’il nous avait distribués, il avait inséré, en plus de quelques documents photo, un échange qu’avait eu un de ses camarades de déportation avec Von Braun.

Ce camarade, suite à un énième reportage télé sur la conquête spatiale, glorifiant l’ancien SS et ne mentionnant aucunement Dora, lui avait en effet écrit, à la NASA, de manière très cordiale, s’étonnant de ces oublis. Von Braun lui a répondu, prétendant seulement découvrir les conditions de travail des déportés. Cela a été sa ligne de défense toute sa vie : Il ne savait pas.

Hors, on sait aujourd’hui que c’était impossible, j’ai moi-même rencontré des déportés qui m’ont affirmé l’avoir croisé plusieurs fois dans le tunnel de Dora, où la misère et la mort étaient omniprésentes.

Cette période de la conquête spatiale semble avoir été particulièrement difficile pour les déportés de Dora et leurs familles, car ils avaient le sentiment qu’on célébrait leurs anciens bourreaux.
Ces ingénieurs étaient tellement passionnés, qu’ils semblaient vivre déjà sur une autre planète, mettant des œillères lors de leurs passages sur la misère qu’ils provoquaient indirectement.


Vous-même, quel regard avez-vous de l’exploration spatiale, par rapport à Dora, à votre grand-père ?

Ce que je regrette, c’est que ces hommes, ces « stars » n’aient pas eu la décence d’avoir des mots pour les déportés de manière significative. S’ils avaient de suite, lors des premiers succès de la Nasa ou des Russes, eu l’intelligence d’en parler, il y aurait eu beaucoup moins de souffrance.
Mais l’Histoire nous a déjà prouvé que les grands ingénieurs n’étaient pas forcément des grands humanistes.
Aimeriez-vous allez dans l’espace et pourquoi ?

Ces grands ingénieurs permettent tout de même à nous autres de faire de sacrés rêves !
Partir à la conquête de l’espace, quelle aventure incroyable !
Et puis, simplement observer la Terre de l’espace, cela doit être un spectacle magnifique, qui doit nous faire prendre conscience de pas mal de choses…

Quels sont vos futurs projets ?

Je reviendrai certainement sur le sujet de la mémoire de la déportation, mais j’ai un besoin de souffler, de traiter de choses plus légères.
Je travaille actuellement sur l’univers du foot, avec l’envie de dénoncer pas mal de choses, mais aussi de briser des préjugés.
L’aspect sociologique m’intéresse pas mal. Je commencerai à communiquer sur ce projet dans quelques mois, sur mon blog. Sinon, j’ai pas mal d’autres projets, mais il est encore trop tôt pour en parler.

mercredi 6 juin 2012

Disparition de Ray Bradbury (1920 - 2012)

Ray Bradbury, l'inoubliable auteur de Fahrenheit 451 et de Les Chroniques Martiennes (entre autres), vient de nous quitter à l'âge de 91 ans. Il était le ''dernier grand'' de l'âge d'or de la SF.

(Crédit Photo : Ray Bradbury)


(Collection Stéphane Sebile / Spacemen1969)


lundi 4 juin 2012

Solar Impulse en route pour le Maroc (via Madrid) - Phase 2

Solar Impulse a annoncé tout à l'heure que le vol Madrid - Rabat devrait se faire demain, mardi 5 juin 2012.

www.solarimpulse.com

Le programme annonce un départ vers 05h30 (heure de Paris) pour une arrivée prévue vers 23h00. Solar Impulse sera piloté cette fois-ci par Bertrand Piccard.

Solar Impulse volera en direction de Toledo à une altitude de 3 600 mètres environ. Puis il se dirigera vers Seville, et montera à une altitude de 8 500 mètres pour franchir le détroit de Gibralter avant d'atteindre les côtes marocaines où .

(Solar Impulse se prépare / Crédit Photo : André Borschberg via Twitter)

Mardi 5 juin 2012
Solar Impulse a décollé tout à l'heure vers 05H30 avec Bertrand Piccart aux commandes.
A partir de 08h00, une interview en direct Solar Impuslse avec le Prince Albert II de Monaco a été faite, qui lui, se trouve en Corée du Sud.

(Crédit Photo : Stéphane Sebile / Spacemen1969 via Solar Impulse)
La traversée du Détroit de Gibraltar s'est effectuée vers 14h30 et Solar Impulse a longé les côtes. Solar Impulse est entré dans l'espace aérien marocain a déclaré Mustapha Bakkouri, le président du Directoire de l'Agence marocaine de l'énergie solaire (MASEN) / Source AFP.

(Crédit Photo : Stéphane Sebile / Spacemen1969 via Solar Impulse)
Le survol du territoire marocain a commencé peu avant 17h00. Solar Impulse est attendu à Rabat vers 22h00 et sera acceuilli par l'Agence marocaine de l'énergie solaire (MASEN).

Solar Impulse est arrivé à bon port. Il a atterri à 22.35 (GMT) sur l'aéroport de Rabat;

(Crédit Photo : Stéphane Sebile / Spacemen1969 via Solar Impulse)