lundi 28 décembre 2009

Rencontre avec Scott Crossfield, légendaire pilote d'essai américain qui a volé sur la plupart des avions expérimentaux des années 40-60

Scott Crossfield est un pilote d'essai américain. Il rejoint le NACA (ancêtre de la NASA) en 1950 avec lequel il pilotera le X-1, X-4, X-5, XF-92A, le D-558-I et D-558-II. Il totalisera 87 vols en propulsion-fusée avec le X-1 et D-558-II.
Il entre dans l'histoire aéronautique en devenant le premier homme à Mach 2 le 20 novembre 1953 avec le D-558-II.
Il quitte le NACA en 1955 pour rejoindre North American Aviation qui venait de gagner le contrat de construction du X-15. Il sera le chef-pilote d'essai du début du programme X-15 pour North American Aviation.
Il effectue le 1er vol du X-15 en 1959...Il volera sur 2 des 3 prototypes du X-15 (14 vols et 16 vols captifs).
En 1960, il publie son autobiographie "Always Another Down. The Story of a Rocket Test Pilot" (qui deviendra une version abrégée intitulée X-15 en France chez France-Empire).
Il travaille encore chez North American sur le Programme Apollo puis rejoindra Eastern Airlines en 1967. Il prend sa retraite en 1977 et devient consultant.
Il meurt accidentellement dans le crash de son avion personnel en avril 2006 à l'âge de 84 ans.
Souvenirs de sa carrière recueillis aux USA en 2003.
Q : Quand et comment vous êtes passionné pour l'aviation et avez-vous décidé de devenir pilote ?
A : J'ai commencé à voler vers 12 ans. Je passais tous mes temps libres à l'aérodrome du coin. Je faisais toutes sortes de petits boulots et la récompense était de voler. Mais je ne voulais pas que piloter, je voulais aussi comprendre pourquoi et comment un avion volait. Je décide de passer un diplôme d'ingénieur à l'Université. La guerre arrive et je rejoint la Navy. Je deviens intructeur de vol (sur Corsair notamment). Après la guerre, je fais partie de la Patrouille Acrobatique de la Navy sur Corsair. Puis reprends mes études d'ingénieur. Je rejoins finalement le NACA.
Q : Durant votre carrière de pilote au NACA, qu'est-ce qui vous a le plus ''amusé'' à piloter ?
R : (rires). J'ai vraiment aimé piloter tous ces avions mais ce qui m'a le plus amusé et qui est le plus inoubliable, c'est les journées chargées qui faisaient que je pilotais plusieurs avions totalement différents dans la journée... Le planning était serré et il y avait des retard. Et pour les combler, je devais piloter, par exemple, un X-1 de bonne heure le matin, puis un X-4 à l'heure du déjeuner et terminer la journée par un vol en D-558-II. Ce type de journée était fatiguante pour moi, stressante et harassante pour l'équipe au sol, mais réellement excitante...
Q : Comment arriviez-vous à gérer mentalement le passage de l'un à l'autre ? Le X-1 et le D-558-II ne se pilotent pas tout à fait pareil...
A : C'est vrai que les caractéristiques de vol de ces 2 avions ne sont pas identiques, mais c'étaient de bons avions quand même... Pas parfait mais cela facilitait les choses. On est concentré sur le pilotage donc on a pas le temps de penser à autre chose.
Q : Qu'avez-vous ressenti après avoir franchi Mach 2 pour la première fois avec le D-558-II ?
A : Je laisse mes émotions au sol quand je vole. La concentration sur le pilotage est très importante. C'est cela qui nous aide à nous sortir de situations périlleuses... J'ai eu pas mal de soucis en vol avec les avions expérimentaux,et seule la concentration du pilotage m'a aidée, et un peu de chance aussi (Rires...). Mais arrivé au sol, j'étais content... Non pas d'être le premier homme à Mach 2 mais content pour le programme et toutes les personnes qui travaillaient dessus. C'est l'aboutissement de nombreuses années de travail...
Q : Que pouvez-vous me dire sur le x-15 et sur le pilote de X-15 que vous avez été ?
A : Le X-15 était un avion formidable... Superbe, très beau... mais comme toutes les stars, capricieux et difficile (Rires...). J'ai rejoins North American Aviation uniquement pour le piloter, être le premier... Imaginez que l'on parlait d'un réacteur de 75 000 pounds et qu'on posait un fuselage dessus avec un pilote... Quel challenge... Puis surtout je voulais participer à l'élaboration de l'avion depuis le début. En 1955, ce n'était qu'une ébauche sur un papier... en 1959, il volait... Des années de travail, mais un beau résultat, vous ne trouvez pas (Rires...).

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