PETITES HISTOIRES
et GRANDS DEBOIRES
de l'EXPLORATION
de la LUNE
Rencontre avec l'auteur Nicolas Beck
A l'occasion de la sortie de Petites histoires et grands déboires de l'exploration de la Lune de Nicolas Beck (et illustrations de Flore Avram), je vous invite à rencontrer l'auteur qui a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'interview.
L'illustratrice Flore Avram nous a répondu aussi, c'est ici :
Peux-tu te présenter
en quelques mots ? Dire qui tu es, ce que tu fais et à quand remonte ta passion
pour l’espace ?
Enfant, je suis tombé amoureux des
cailloux et j’ai très rapidement voulu m’orienter vers la géologie.
Durant mes études en Sciences de la Terre
et de l’Univers à Nancy, j’ai vite compris que l’histoire de notre planète et
celle du Système solaire formaient un tout : en regardant le ciel, on comprend
aussi d’où l’on vient, d’une certaine manière. Et c’est ce que j’aime dans la
géologie et l’astronomie, ce rapport au temps absolument vertigineux !
Le géologue parle en millions voire
milliards d’années, mais paradoxalement, certaines roches sont toutes récentes
: j’ai d’ailleurs eu la chance de collecter des basaltes encore chauds, à peine
formés, à la Réunion.
Dans le ciel se rajoutent des distances
colossales, que l’on peine à cerner. Jouer avec l’espace et le temps, c’est
vraiment ce qui me plaît dans ces sujets passionnants. Et aujourd’hui, j’ai
l’opportunité de côtoyer des scientifiques brillants, dont des planétologues.
Dans mon activité professionnelle, je
travaille à l’accompagnement des structures de recherche dans un service du
Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
C’est aussi pour moi l’opportunité de
garder toujours un pied dans les sciences en train de se faire, ce qui nourrit
d’une certaine façon mon travail d’écriture que j’effectue en parallèle.
Pourquoi as-tu choisi
de vulgariser – même si ceux qui ont lus ton 1er livre le savent déjà (en finir avec les idées reçues sur la
vulgarisation scientifique, 2017) ?
Vulgariser, transmettre, partager… cette
démarche me semble essentielle dans une logique de dialogue entre la recherche
et ceux qui gravitent autour, plus ou moins loin.
Dans mes activités de médiation
scientifique, j’aide les chercheurs qui veulent discuter avec le public pour
non seulement partager leur passion, mais aussi être à l’écoute. Car sans qu’on
s’en rende forcément compte, un chercheur gagne à transmettre sa recherche au
public !
A commencer par une prise de hauteur
souvent indispensable à une meilleure recherche.
Personnellement, même si je ne suis pas
chercheur, j’ai toujours adoré ce contact avec le public. Quoi de plus
stimulant que des yeux qui brillent lorsqu’on évoque un sujet enthousiasmant…
et le domaine spatial s’y prête particulièrement bien !
Même si j’écris
beaucoup, ma démarche de médiation ne s’arrête pas à la publication d’un livre
: je prolonge le geste en rencontrant le public lors d’ateliers, de
conférences, d’animations, qui donnent vie au contenu proposé. C’est l’occasion
de raconter, de débattre mais aussi d’apprendre du public qui souvent me faire
découvrir des anecdotes ou me conseille des lectures.
Toi qui est un
‘’martien’’, pourquoi avoir choisi la Lune cette fois-ci ? (les 3 précédents
ouvrages de Nicolas concernent Mars, dont le superbe Nix Olympica) – Combien de
temps as-tu travaillé sur ton dernier livre Petites histoires et grands
déboires de l’exploration de la Lune ?
Je ne dirai pas que j’ai fait le tour de
Mars, car il reste tellement à découvrir et à raconter… Disons plutôt que
j’essaie d’être en phase avec la temporalité des missions spatiales en cours.
En 2021, je venais de publier Nix Olympica
et je finissais En Avant Mars, alors que Perseverance faisait ses premiers
tours de roues.
Aujourd’hui, je sors un ouvrage sur la Lune alors qu’Artemis 2
s’apprête à décoller et que les années à venir seront très lunaires. Ce n’est
pas qu’un effet de mode, c’est aussi pour répondre à l’actualité en lien avec
la démarche de médiation que j’évoquais juste avant.
Le temps d’écriture d’un livre est
complexe à mesurer : cela s’étale sur plusieurs mois mais c’est entrecoupé de
tout un tas d’autres activités. J’aimerais tellement pouvoir écrire d’une seule
traite, et disposer de temps consacré uniquement à l’écriture…
A noter que je
finalise 3 autres livres sur la Lune : un album jeunesse (rendez-vous en août
2026 pour la sortie) mais également deux autres plus conséquents à paraître en
2027.
A suivre !
Comment as-tu
travaillé sur les illustrations avec ton illustratrice Flore Avram (bravo,
elles sont très chouettes).
C’est l’éditrice, Jeanne Cochin, qui
travaille pour Delachaux&Niestlé, qui m’a proposé de travailler avec Flore.
Elle avait déjà illustré des ouvrages édités par Jeanne, et Jeanne a tout de
suite perçu que son style pourrait correspondre à mes textes.
Nous nous sommes dans un premier temps mis
d’accord sur le ton, le grain, et les gammes de couleurs à utiliser. Flore nous
a fait plusieurs propositions et nous avons choisi un style percutant, vif, qui
ferait écho aux anecdotes racontées dans le texte.
Le travail s’est étalé sur plusieurs mois
avec de régulières discussions pour valider les dessins, à partir d’exemples
que je suggérais. Est ensuite venu le temps de la maquette, qui a été réalisée
par Grégory Bricout : l’idée était là-aussi de garder le dynamisme des textes
pour donner un ensemble vraiment percutant et cohérent avec le style d’écriture
et les contenus parfois un peu décalés. J’en profite pour les remercier tous
les trois car le livre est réellement sublimé par le travail graphique qui a été
effectué.
Maintenant qu’Artemis
est en route et que l’annonce de l’Administrateur de la NASA Jared Isaacman
concernant les nouvelles orientations de la NASA concernant le programme
lunaire vient d’être faite, comment vois-tu le futur de l’exploration de la
Lune ?
(avec un peu de chance, au moment où sera publiée l’interview, un
équipage sera peut-être retourné autour de la Lune)
Comme beaucoup de passionnés du domaine,
j’ai hâte que les vols habités vers la Lune puis sur la Lune reprennent. C’est
vraiment une aventure incroyable à suivre et nous avons la chance de pouvoir la
vivre « en direct ».
Scientifiquement, la Lune a encore
énormément à nous apprendre et j’espère que ces expéditions apporteront des
informations inédites, des découvertes qui aideront à comprendre l’histoire de
la formation de la Lune ou expliqueront la présence d’eau.
Malgré tout, je suis un peu inquiet du
modèle spatial qui s’est transformé ces 20 dernières années, dans la logique du
NewSpace. Les divers pays et les grosses entreprises qui ont mis les pieds dans
l’exploration de la Lune n’y vont pas majoritairement pour des raisons
scientifiques, on le sait bien. Quelle peut être la tournure que prend
l’exploration lunaire si une base habitée américaine, puis une chinoise, puis
d’autres encore, s’installent ? Quelles dérives pourrait-on craindre si la Lune
devient un terrain de jeu ou d’exploitation de ressources plutôt qu’un terrain
d’exploration et de science ? J’espère que l’Homme arrivera à préserver ce
patrimoine, dans une logique de transmission pour les générations futures.




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