mercredi 27 mars 2013

Dossier Espace militaire - Le Commandement Interarmées de l'Espace (CIE)


Le Commandement Interarmées de l’Espace (CIE)


Les moyens spatiaux dans notre dispositif de défense sont très importants.

En plus de cinquante ans, le rôle que tenait l’espace auprès de l’armée est devenu indispensable.
 Nous sommes passés de l’arme nucléaire qui intégrait les capacités spatiales (missiles balistiques développés par les USA, URSS et la France), de la force de frappe et la dissuasion, à la planification et la conduite des opérations.

L’espace est donc devenu, non seulement essentiel pour l’homme et ses activités en général, mais aussi essentiel pour l’armée.

L’utilisation de l’espace permet d’augmenter les capacités militaires sur un théâtre d’opérations.

L’utilisation maîtrisée de l’Espace est devenu un des socles de la souveraineté nationale.

Renseignements, communications… c’est l’acquisition d’une supériorité opérationnelle. Voilà pourquoi, les moyens spatiaux sont aujourd’hui des moyens indispensables à la défense.

La conduite des opérations, ces dernières années, a été largement réussie grâce au spatial (cartographie, renseignement, ciblage, communication …) pour un commandement en temps quasi-réel.
 
L’espace est un vecteur de puissance, mais comme nous en sommes aussi très dépendant dans certains domaines (et l’armée n’y échappe pas), c’est aussi un vecteur de vulnérabilité.

La protection, la gestion de l’espace, sont pour les militaires indispensables. Cela permet la préservation d’une maîtrise de capacité stratégique et opérationnelle.

C’est à ce titre qu’a été créé le 1er juillet 2010, le Commandement Interarmées de l’Espace (CIE).

‘’Donnant la capacité de voir, écouter, communiquer, alerter, localiser et synchroniser, à l'échelle mondiale et avec une disponibilité permanente, les satellites ont un rôle majeur dans la maîtrise de l’information dans les phases d’appréciation de situation, de préparation et d’action.

L'espace permet d'agir vite, de façon globale et sans dépendre de tiers. Les moyens spatiaux offrent l'avantage d'être non intrusifs, non coercitifs, ni oppressifs : ils ont cette spécificité d'opérer dans un milieu libre de circulation où les contraintes de souveraineté ne s'exercent pas. Ces moyens permettent, en toute autonomie, l'accès à tout lieu du globe en un temps limité avec une certaine discrétion et une grande répétitivité’’.

‘’ Le Commandement Interarmées de l’Espace a pour rôle de répondre à la dimension stratégique croissante du milieu extra-atmosphérique’’
(Livre blanc sur la Défense et la sécurité publique, 2008).

Le commandement du CIE est exercé par tutelle, pour le chef d’Etat-Major des Armées (EMA), par le sous-chef opérations de ce même EMA, actuellement le Général de brigade aérienne Yves Arnaud.
‘’Point d'entrée des armées pour toutes les questions spatiales militaires, le CIE veillera à assurer la disponibilité des capacités spatiales au profit de nos forces armées engagées en opérations et au bénéfice de nos hautes autorités afin qu’elles puissent prendre en toute autonomie les décisions qui leur incombent’’.
(Général Yves Arnaud)

(Crédit : Ministère de la Défense)
L’action du CIE porte sur l’ensemble des capacités spatiales nationales de la défense, quelles soient civiles, militaires ou commerciales.

Pour exercer son mandat, le CIE repose sur 4 grandes fonctions opérationnelles : Naviguer, Observer, Surveiller et Communiquer.

Naviguer :

Fonction indispensable, car cela permet la radiocommunication par satellites pour la localisation, la navigation et le guidage de beaucoup de systèmes d’armes.

La maîtrise de cette fonction permet la synchronisation entre l’information, la communication et le commandement.

La couverture est mondiale grâce à :

-         GPS (Global Positioning System) de l’US Air Force en service depuis 1994
-         Glonass développé par la Russie, en service et avec une forte montée en puissance actuellement grâce au téléphone portable
-         Galileo développé par l’Europe et qui devrait être pleinement opérationnel d’ici 2020. Galileo permettra également une complémentarité avec le GPS (notamment dans le PNT : Position, Navigation, Temps) et offrira un plus grand partenariat avec les USA.
-         BeiDou / Compass développé par la Chine et qui sera pleinement opérationnel aussi vers 2020 (il existe un accord de coopération avec Galileo).


Observer :

C’est la Direction du Renseignement Militaire (DRM) qui est en charge du contrôle opérationnel des satellites d’observation.

Grâce à une coopération européenne, le Ministère de la Défense peut disposer de plusieurs satellites d’observation, tant français, allemands ou italiens (et réciproquement pour ces pays), que ce soit des satellites d’observation optique ou radar. Ces satellites profitent également à la Belgique, l’Espagne et la Grèce.

Ce système d’observation est composé de SSO (Segment Sol Observation) qui comprend les satellites et tout ce qui permet de travailler avec, comme les centres de réception au sol (Segment Sol), les équipes, les logiciels, la gestion et le traitement des images.

Pour ce programme SSO, les satellites suivants sont utilisés :

-          2 satellites Helios II-A et II-B et 2 satellites Pléiades : France / Satellites optiques
-          5 satellites SAR-Lupe : Allemagne / Satellites radar
-          4 satellites COSMO-Skymed : Italie / Satellites radar

Cet ensemble de satellites et ce programme permet pour le Ministère de la Défense d’avoir une capacité d’observation totale de la Terre, de jour comme de nuit.

Satellite Helios II-A et II-B :
Le programme Helios a débuté en 1995 et Helios II-A et II-B succèdent aux Helios I-A (1995) et I-B (1999).

Helios II-A a été lancé le 18 décembre 2004 par une Ariane et II-B le 18 décembre 2009, toujours par une Ariane (en orbite héliosynchrone basse à 675 km).

(Crédit : CNES / Mira Productions)


Les satellites Pléiades :
Les deux satellites, Pléiades-1A et Pléiades-1B, ont été lancés de Kourou respectivement le 17 décembre 2011 et le 2 décembre 2012 par un lanceur Soyouz. Les deux satellites ont été construit par Astrium et les instruments ont été fournis par Thales Alenia Space.

Ils sont en orbite héliosynchrone à 694 km.

(Crédit : Thales Alenia Space)

 
Satellite SAR-Lupe :
Les cinq satellites allemands SAR-Lupe sont identiques. Ils ont été tous lancés depuis le cosmodrome de Pletsek en Russie entre décembre 2006 et juillet 2008 par un lanceur Cosmos-3M.

Ces satellites pèsent plus de 750 kg chacun et ont été construit par OHB-System AG.

Ils ont été placés sur 3 orbites héliosynchrones à 500 km.

Leur technologie radar (RSO = Radar Système d’Ouverture ou SAR en anglais) permettent d’acquérir des images quelque soit les conditions météorologiques (et aussi très efficace pour capter les ondes au-dessus de l’eau).

(Crédit : Ministère de la Défense)
 
Satellite COSMO-Skynet :
Les quatre satellites italiens COSMO-Skynet (Constellation de petits satellites pour la surveillance du bassin méditerranéen) utilisent comme les SAR-Lupe allemands une imagerie par radar RSO (voir plus haut).

Les quatre satellites ont été lancés depuis la base américaine Vandenberg en 2007 (2 lancements), 2008 et 2010, par une Delta II.

Ils sont en orbite héliosynchrone à 619 km d’altitude.

(Crédit : Ministère de la Défense)
 

En 2014, sera mis en place GEODE 4D (GEographie, hydrographie, Océanographie et météorologie de DEfense en 4 Dimensions). Cela permettra de mieux connaitre et comprendre l’environnement géophysique des théâtres d’opérations. Les satellites utilisés serons Musis, Pléiades et Spot 6 et 7.

 
Surveiller :

Surveiller l’espace est une nécessité. Maintenant, nous sommes dépendants des satellites et outils spatiaux.

Les satellites peuvent être victimes de plusieurs ‘’menaces’’ :

-          Environnement extrême que représente l’espace
-          Risque de collisions des débris incontrôlables
-          Tirs antisatellite (Asat), que sont capables de réaliser les USA et la Chine

Il faut donc contrôler et surveiller cet environnement spatial, et se protéger.

Si la France a limité l’armement antisatellite (entre autre par crainte  de polluer encore plus l’espace avec des débris), elle a développé d’autres moyens de se protéger :

-          Cyber-attaque, et la guerre électronique

L’Armée de l’Air et le CNES se partagent les tâches de manœuvres, de programmation et de surveillance afin de permettre à la France de préserver ses moyens spatiaux (la collision avec un débris est le risque majeur).

 
Communiquer :

C’est le Centre national de mise en œuvre des moyens satellitaires, basé à Maisons-Laffitte (78), qui s’occupe de la gestion opérationnelle des systèmes de communications.

Il veille 24 h / 24 h et 7 jours / 7 à ce qu’il y ait toujours un moyen de communication entre le Ministère de la Défense à Paris et les forces engagées à l’extérieur.

C’est grâce au système Syracuse 3 (ou III) que cela est possible (SYstème de RAdiocommunications Utilisant Un SatellitE). Syracuse s’appuie sur une flotte de deux satellites Syracuse 3A et 3B. Dans le cours de l’année, le satellite Sicral devrait s’ajouter à ceux-ci.

Syracuse est insensible au brouillage et à une très forte capacité de transmission rapide. Syracuse est le ‘’système-cœur’’ des télécommunications militaires.

Les satellites de Syracuse fonctionnent en moyen débit, et Sicral (Syracuse 3c fabriqué par l’Italie) permettra le haut débit pour des infos moins sécurisées mais tout aussi utile. Le satellite Athena, construit aussi par l’Italie, aidera aussi dans la transmission en haut débit. Sicral et Athena doivent être lancés cette année.

C’est la troisième génération de ce système débuté en 1980.


Syracuse 3A a été lancé le 13 octobre 2005 depuis Kourou par une fusée Ariane 5 GS (Vol n° 168). C’est Thales Alenia Space qui a construit le satellite à Cannes Mandelieu.

Le satellite mesure environ deux mètres sur trois avec une envergure de 30 mètres panneaux solaires déployés.

Il est en orbite géostationnaire à 47° de longitude est.

(Syracuse 3A - Vue d'artiste / Crédit : Thales)
 
Syracuse 3B est la copie conforme de 3A. Il a été lancé le 11 août 2006 par une Ariane 5 ECA (vol n° 172).

Il est utilisé également pour le secteur militaire maritime avec Telcomarsat en complément (qui utilise des satellites commerciaux).
 
 
Le Futur

La guerre aujourd’hui se fait sur quatre champs d’affrontements : aéroterrestre, aéromaritime, cybernétique et spatial.

Dans un contexte d’économie en crise, la coopération entre pays souhaitant obtenir des capacités spatiales est devenue aussi indispensable. Avec chacun leur spécificité en besoin spatial, cette coopération permet une complémentarité des programmes entre pays alliés.

Cette coopération internationale a permis au niveau européen de créer, en 1993, le Centre Satellitaire de l’Union Européenne (CSUE). Basé en Espagne près de Madrid, sur la base aérienne Torrejon de Arsoz.

(Dessin d'artiste du CSUE / Crédit : Ministère de la Défense)
Ses missions principales sont de soutenir les décisions de l’Union Européenne pour la Politique Européenne de Sécurité Commune (PESC) et de contribuer au soutien des opérations civiles et militaires de l’Union Européenne en temps quasi réel par son nouveau Service Européen d’Action Extérieure (SEAE).

L’autonomie d’action stratégique et politique de l’Union Européenne doit beaucoup au CSUE et son SEAE.

Prévention, aide à la décision, planification et conduites des opérations militaires et civiles se font donc grâce au Centre Satellitaire de l’Union Européenne, qui pour ce faire, achète auprès d’opérateurs privés (Astrium, GeoEye, Digital Globe, etc…) des images mais aussi se fait transmettre les images des systèmes militaires nationaux. En effet, l’Union Européenne ne possède pas de satellites propres d’imagerie.

 
En 2016, le programme international MUSIS (MUltinational Space-based Imaging System for surveillance, reconnaissance and Observation) remplacera peu à peu les satellites Helios, SAR-Lup et COSMO-Skymed, par des satellites CSO (Composante Spatiale Optique) qui seront développés par la Direction Générale de l’Armement et par le CNES.

CSO étant la partie française et aura pour fonction une optique très précise. L’Espagne fournira Ingenio qui répondra à une optique grand champ, l’Allemagne fournira Sarah et l’Italie une deuxième génération de COSMO-Skymed, tous deux des satellites radar.

La CIE continue de développer le projet Ceres (Capacité Roem Spatial)** qui a pour objectif de détecter et localiser depuis l’espace les signaux électromagnétiques envoyés par les systèmes adverses dans toutes les zones du monde.

Il devrait être opérationnel vers 2020.

(Ceres / Crédit ; CNES - DGA)
L’intérêt de Ceres est une capacité de surveillance étendue. Seule la détection des signaux sera prise en compte sans écoute des télécommunications.

Pour préparer Ceres, quatre microsatellites Elisa ont été lancés le 16 décembre 2011 depuis Kourou par une fusée Soyouz. Ils sont dans la continuité des démonstrateurs de renseignements électromagnétiques, comme Cerise (1995), Clémentine (1999) ou Essaim (2004). Le rôle principal ces microsatellites est l’interception des émissions des radars.

C’est la DGA qui a la charge de ces microsatellites, mais c’est le CNES qui est responsable des satellites et des moyens de commande.
 

(Plateforme Elisa / Crédit : Astrium)
 
** ROEM (Renseignement Origine ElectroMagnétique).

 
Sources :

·         Ministère de la Défense / Commandement Interarmées de la Défense
·         CNES
·         L’Espace au service des opérations par Les Cahiers de la Revue Défense Nationale (2ème trimestre 2011)
·         Stratégie spatiale Penser la guerre des étoiles : une vision française par le Colonel Jean-Luc Lefebvre (collection Stratégie et Défense aux éditions L’esprit du Livre juin 2011)
·         Revue Armées d’Aujourd’hui
· Astrium
· Thales Alenia Space

samedi 23 mars 2013

25 mars 1965 - La mission Gemini 3 à 48 ans - Paroles de Gus Grissom

Ce 23 mars 1965, il y a 48 ans, décollait la première mission habitée du programme Gemini, avec Gus Grissom et John Young.
 
Qui mieux que le commandant, Gus Grissom, pour parler de la Terre vue depuis l'espace.

(La Terre vue depuis le vaisseau spatial Gemini 3)

Il y a dans l'espace une clarté, une
brillance que l'on ne retrouve pas sur
Terre, même par un beau jour d'été
sans nuages sur les Rocheuses, et
nulle part on ne peut saisir si
pleinement la majesté de notre Terre
et être autant impressionné à la
pensée que ce n'est qu'une parmi des
innombrables milliers de planètes.

 
There is a clarity, a brilliance to space
that simply doesn't exist on Earth,
even on a cloudless summer's day in
the Rockies, and nowhere else can you
realize so fully the majesty of our
Earth and be so awed at the thought
that it's only one of untold thousands
of planets.

(Extrait de : Gemini : A personal account of man's venture into space - chez World Book Encyclopaedia Science Service Inc. 1968)

jeudi 21 mars 2013

21 mars - Satellite Planck - Conférence à l'ESA et Image de l'Univers la plus ancienne


Ce matin, au siège de l'ESA à Paris, avait lieu une conférence donnant les derniers résultats obtenus grâce au satellite Planck - mais surtout la publication de l'image la plus ancienne de l'Univers.
 
Grâce à Planck, nous avons maintenant une image de l'Univers alors qu'il n'avait que 380 000 ans ! Soit 380 000 ans après le Big Bang. Une image de l'Univers datant environ de 13,2 milliards d'années !
 
Sur cet instantané, on voit différentes variétés de couleurs correspondant aux fluctuations de températures, ce qui nous permet de voir les ''graines'' de ce qui allait devenir les étoiles et les galaxies.

380 000 ans parès le Big bang, la densité de l'Univers est telle (elle a baissé) que les photos arrivent enfin à s'échapper. C'est cette première lumière que l'on peut voir ici.


Lien pour photo en Haute Définition (cliquez sur le lien jaune)

On apprend aussi que l'Univers s'étend un peu moins vite que prévu !
Grâce à sa précision, Planck a pu déterminer un taux d'expansion inférieur aux précédentes mesures (notamment ceux d'Hubble). Mais même si l'Univers a ''grandi'' plus lentement, ce n'est pas pour cela qu'il est plus vieux.
On apprend aussi que l'énergie sombre est un peu moindre que prévu (69% aujourd'hui au lieu de 72%).

Cette carte montre aussi quelques anomalies, notamment un ''mystérieux point froid'', déjà repéré en 2003 par le satellite WMAP.

Planck a fonctionné 30 mois. Et là, ce sont les premiers résultats portant sur l'étude des quinze premiers mois de fonctionnement. Rendez-vous donc pour les résultats des quinze derniers mois.

''La qualité extraordinaire du tableau de l’Univers juvénile que nous brosse Planck nous permet de mettre à nu jusqu’à ses fondements sous les différentes strates du temps et met en évidence que notre représentation du cosmos est loin d’être complète. Et c’est l'industrie européenne qui a rendu ces découvertes possibles en développant à cet effet des technologies sans équivalent''.
(Jean-Jacques Dordain, directeur de l'Agence Spatiale Européenne)

'' Depuis la diffusion en 2010 du premier relevé de l’ensemble du ciel acquis par Planck, nous avons soigneusement extrait et analysé toutes les émissions lumineuses d’avant-plan qui se situent entre nous et la lumière originelle émise par l’Univers, ce qui nous a permis de faire apparaître le rayonnement de fond cosmologique hyperfréquence avec une précision encore jamais atteinte''.
(George Efstathiou, directeur de l'Institu Kivli de Cosmologie à l'Université de Cambridge en Grande-Bretagne).

(Crédit Photo : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
 
 
Le communiqué de l'ESA : A lire ICI (cliquez sur le lien en jaune)
 
(Crédit Photos : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
 
Planck, la machine à remonter
la nuit des temps...
...pour assister à l'aube de l'Univers

Les résultats ont été présentés par Jean-Jacques Dordain, Directeur de l'Agence Spatiale Européenne ainsi que des responsables du programme Planck comme George Efstathiou, Jean-Loup Puget, Alvaro-Giménez Canete ou François Bouchet, par exemple.

De nombreux médias étaient présents et ont réalisés des interviews et / ou reportages.

(François Bouchet de l'Institut d'Astrophysique de Paris et responsable de l'instrument HFI 
Crédit Photo : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
(Jean-Jacques Dordain, directeur de l'Agence Spatiale Européenne
Crédit Photo : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
(Roger-Maurice Bonnet, astrophysicien, ancien directeur des programmes de l'ESA
et actuel directeur du Cospar
Crédit Photo : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
(Jean-Loup Pujet, astrophysicien et un des responsables de l'instrument HFI de Planck
Crédit Photo : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)

Le Satellite Planck est conçu pour se consacrer à l’étude du ‘’bruit de fond cosmologique’’ en mesurant les infimes variations de température de ce fond cosmologique, rayonnement dans le domaine micro-onde (CMB = Cosmic Microwave Background). A la recherche du rayonnement fossile de l'Univers.

 
Grâce à ces mesures, Planck nous montre l’image de l’Univers tel qu’il était 380 000 ans après le Big Bang, soit une image d’il y a environ 13,8 milliards d’années.
 
C’est en 1996 que la mission est retenue par l’ESA. Elle s’appellera Planck, en hommage à Max Planck, physicien allemand et prix Nobel de physique et qui découvrit la forme du spectre de corps noir dont le fond diffus cosmologique s’avère est la plus parfaite réalisation dans la nature.
 
Ce sera la troisième mission de grande ampleur de mesure de ce fond cosmologique, après les deux missions américaines COBE (1989) et WMPA (2001).
 
Pour pouvoir effectuer ces mesures, Planck a été placé sur une orbite héliocentrique à 1,5 million de km – Point de Lagrange L2.
 
L’ESA confie la réalisation de Planck à Thales Alesia Space en tant que maître d’œuvre en 2001 (ainsi qu’Herschel). L’élément essentiel de Planck est son télescope et les deux instruments de mesures LFI et HFI.
 
Caractéristiques de Planck :
 
-          4,20 mètres de hauteur et largeur
-          2 tonnes
-          Fréquences de 30 à 850 Ghz
-          Durée de vie de 21 mois au minimum
 
Planck a étudié le rayonnement cosmologique en mesurant la température dans la sphère céleste. Son télescope a donc pu capter le rayonnement du fond cosmique, puis les deux ensembles LFI et HFI qui convertissent les signaux reçus en température.
Ces détecteurs ont pu enregistrer des variations de température du fond de l’Univers de l’ordre du millionième de degré. Et ainsi obtenir une image de l’Univers tel qu’il était 380 000 ans après le Big Bang.
 
Le télescope a un diamètre de 1,5 mètre qui lui a permis de discerner des détails extrême, largement supérieur à ces prédécesseurs, ainsi que les instruments LFI (Low Frequency Instrument = instrument micro-onde développé en Italie) et HFI (High Frequency Instrument = avec une capacité de détection de sensibilité de température submillimétrique et dont les détecteurs sont refroidis à 0.1 Kelvin ou 1/10ème de degré sous le zéro absolu).
 
Le télescope travaille dans un domaine millimétrique et submillimétrique (entre 300 microns et 1cm de longueur d’onde). Il a une sensibilité et résolution bien supérieur au satellite WMAP de la NASA (x10 en sensibilité et x4 en résolution) ainsi qu’une bande spectrale plus grande.
Son miroir principal est maintenu à 60 Kelvin (- 213°)
 
Les détecteurs LFI sont, eux, maintenus à une température inférieure à 20 Kelvin (- 253°) et les détecteurs (bolomètres fournis par la NASA) du HFI, sont eux, maintenus à 0,1 kelvin (- 273,5°) soit sous le zéro absolu et deviennent ainsi les objets les plus froids de l’Univers.
 
Et pour maintenir cette température basse extrême, il y a six étages de refroidissement – trois passifs et trois actifs qui permettent une stabilité mécanique et thermique extrême.
 
Et pour finir, les émissions électroniques ont été réduites au maximum.
 
Lancé en même temps que le satellite Hershel (sur une plateforme – SVM - spéciale développé par Thales Alenia Space) par une fusée Ariane 5-ECA de Kourou le 14 mai 2009, Planck donne une 1ère image d’une partie du fond de  mesurée en août 2009.
C’est en juillet 2010, que Planck envoie sa première image intégrale du ciel avec vue absolument incroyable et inédite de la Voie Lactée.
 
Et aujourd’hui, présentation des premiers résultats d’analyse du rayonnement cosmologique et première présentation officielle de l’image de l’Univers tel qu’il était 380 000 ans après le Big Bang…
 
 
 

mardi 19 mars 2013

19 mars 2013 - Conférence IAF - GNF à Paris

(en cours de publication)

''Off the Earth, For the Earth
The Next Steps in Human Space Exploration"

Ce mardi soir, se tenait en marge des sessions du printemps de l'IAF (International Astronautical Federation) à Paris, une conférence concernant les vols habités.

De nombreuses personnalités du monde spatial et des astronautes étaient présents.
 
Pour ce petit compte-rendu, j’ai préféré mettre quelques phrases résumées des intervenants de cette conférence (et débat), plutôt qu’une fastidieuse retranscription de la totalité de celle-ci (que je n’ai de toute façon pas faite).
Les maître-mots ont été, comme vous le verrez : COLLABORATION / COOPERATION
 
(Tout crédit photos : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)
 
Le Président de l’IAF, Kiyoshi Higuchi a ouvert cette conférence.

(Kiyoshi Higuchi, Président de l'IAF)

William Gersteinmaier (Administrateur-Adjoint de la NASA pour l’exploration humaine)
 
‘’Pour que l’exploration spatiale aille plus loin, pour que les vols habités aillent plus loin, il faut une vision politique. ‘’We need have a vision’’
 
‘’La Station Spatiale Internationale est un premier pas vers cette exploration spatiale lointaine’’
 
‘’Il faut aussi faire la différence entre le vol habité en basse proche de la Terre (LEO) et au-delà de cette orbite basse (BEO) car cela fera appel à des technologies différentes’’

(William Gerstenmaier, directeur-Adjoint de la NASA pour l'exploration humaine)

Shoichiro Asada (Manager General de Mitsubishi Heavy Industries)
 
‘’La contribution du Japon à l’ISS est forte. Nous avons l’HTV et le module Kibo’’
 
‘’Le Japon a toujours collaboré comme avec les astronautes qui ont volé avec la NASA’’
 
‘’Il faut donner une vision aux jeunes pour le futur’’
 
Johann-Dietrich Wörmer (Responsable de la DLR, agence spatiale allemande)
 
‘’Le vol habité ? Pourquoi ? Quel planning ? Kennedy en avait fait une fierté américaine avec un planning précis – aller sur la Lune avant la fin de la décennie’’
 
‘’Il faut ABSOLUMENT expliquer que l’exploration spatiale n’est pas qu’une question de fierté nationale mais aussi et surtout qu’elle bénéficie au monde entier’’
 
‘’Pourquoi le vol habité ? Pourquoi l’exploration spatiale habitée ?
Il suffit juste de répondre et d’expliquer : What ? Where ? How ? When ?’’
 
‘’Les astronautes sont les représentants des volontés spatiales nationales. Ils doivent devenir les représentants des volontés du monde’’

Mark Sirangelo (Vice-Président de Sierra Nevada Corp)
 
Explique le programme Dream Chaser développé en collaboration avec la NASA et aussi certainement d'une coopération qui pourrait être décidée l'année prochaine avec d'autres partenaires, comme l'ESA. Partenariat qui permettrait à l'ESA de composer des missions avec le Dream Chaser ? (qui sait ? ;-) )

 
Li Ming (Vice-Président de l’Académie Chinoise de Technologie Spatiale)
 
’La Chine est pour la collaboration’’
 
‘’Lorsqu’on me demande si la Chine veut retourner sur la Lune en coopération internationale, je réponds toujours un peu amusé :
On parle toujours de retourner sur la Lune, mais ce n’est pas le cas pour la Chine. Pour nous, marcher sur la Lune est une première !’’
 
‘’La Lune est l’étape suivante logique de notre programme. Pour tous nos ingénieurs, c’est un beau rêve’’
 
‘’Il y a encore pas mal de soucis pour la collaboration, notamment avec les américains. Ce sont les USA qui trainent un peu, il faut le dire, pas la Chine’’
 
‘’La collaboration est une question facile, qui demande une réponse facile, mais sa mise en application est loin d’être facile, elle est très compliquée’’
 
‘’Mais nous avons déjà collaboré sur nos vols habités, comme avec l’ESA pour Shenzhou 8’’
 
Joo-Jin Lee (Ancien directeur de l’Institut de Recherche Aérospatiale de la Corée du Sud)
 
‘’La Corée du Sud développe pour 2020 un Lunar Orbiter ainsi qu’un Lander, qui se fera en coopération internationale’’
 
‘’L’exploration spatiale doit inspirer les jeunes. L’exploration spatiale, grâce à cette inspiration ; est source de création d’emplois et de relance économique’’
 
‘’La Corée du Sud investit beaucoup dans le spatial – Space Science’’

Bart Reijnen (Directeur du site d’Astrium Espace à Brême)
 
‘’ Pour les vols en BEO, il faut repenser les nouveaux habitats, les Support Life’’
 
‘’Il faut aussi maitriser totalement le RDV spatial, ce qui donnent une grande autonomie aux agences spatiales qui le possède, comme avec l’ATV’’ (dont Astrium est maitre d’œuvre)
 
‘’Il faudra développer de nouvelles technologies – Ce sera un sacré challenge qui doit être source d’inspiration pour les générations futures’’
 
John Shannon (ancien Flight Director de la NASA / Program Manager de l’ISS chez Boeing)
 
‘’ A quoi sert l’ISS ? Et bien l’ISS est un démonstrateur technologique pour aider à la suite de ce qui pourra ce faire dans le domaine des vols habités.
l’ISS permet de prouver que la technologie fonctionne
l’ISS permet une étude sur les hommes
L’ISS permet d’étudier et d’innover en matière de communications
l’ISS est le meilleur démonstrateur technologique que nous ayons pour l’instant. L’installation d’une base humaine sur la Lune, même si elle est faisable, reste pour l’instant beaucoup trop chère pour les états’’

 
Alexeï Krasnov (Directeur Vols habités de la l’Agence spatiale de la Russie)
 
‘’Il fallait quelque chose à la suite de MIR, sans quoi, tout ce que nous aurions appris aurait été perdu. Il faudra quelque chose à la suite de l’ISS, pour ne pas perdre non plus ce que nous avons appris’’.

 
Jean-Jacques Dordain (Directeur de l’Agence Spatiale Européenne ESA)
 
‘’Il faut une coopération globale’’
 
‘’Exploration is Endeavour’’
 
‘’Le train de l’exploration est en route, et on continuera l’exploration spatiale, et peu importe le contexte’’
 
‘’Nous devons travailler ensemble’’
 
‘’ Cela a été un long combat, mais la coopération est là’’
 
‘’Mais il faut aller plus vite dans la coopération. On avance trop lentement, trop de choses nous ralentissent’’
 
‘’L’exploration spatiale, c’est dans toutes les directions et non dans une seule. Il faut viser plusieurs objectifs : Terre, LEO, BEO, Lune, Mars, etc…
Il faut respecter le choix des partenaires. Toutes les directions sont respectables.
Différentes directions, c’est différentes synergies, mais un même objectif’’
 
‘’Arrêtons d’opposer la collaboration à la compétition. 
Des fois la coopération est la meilleure des solutions, des fois c’est la compétition, mais elles ne doivent pas s’affronter’’
 
‘’Pour l’ISS, nous avons fait une erreur. Il n’y a pas eu de politique commune pour décider d’avoir un moyen de transport unique pour la station spatiale. Il ne faudra pas répéter cette erreur’’
 
‘’Nous avons besoin de compétition pour trouver de meilleures solutions, et après, nous pouvons collaborer’’
 
‘’Il faut associer le public à ces compétitions… et la coopération qui peut être de plusieurs façons, est la seule solution pour avancer’’.


(Jean-Jacques Dordain, Directeur de l'ESA)

 
(Tout crédit photos : Stéphane Sebile / Space Quotes - Souvenirs d'espace)