mercredi 6 avril 2011

Interview du cosmonaute Alexandre Skvorstov, commandant de Soyouz TMA-18 et d'Expedition 24

Alexandre Skvorstov est un cosmonaute russe.
Colonel de l'Armée de l'Air, il a été sélectionné en 1997.
Il est le fils du cosmonaute Alexandre Skvorstov (sélectionné en 1965 mais qui ne vola jamais dans l'espace).
Il est commandant de la mission Soyouz TMA-18 qui rejoint l'ISS en avril 2010.
Il sera ingénieur de bord pour l'équipage Expedition 23 et sera la commandant de l'équipage Expedition 24.
Après 176 jours en orbite, il retourne sur Terre en septembre 2010.
Interview réalisée à Paris le 4 avril 2010. (merci encore au traducteur officiel qui était présent et qui a traduit directement)
Q : Depuis combien de temps étiez-vous affilié au programme spatial avant votre mission ?
R : Je viens de l’Armée de l’air russe. J’ai été sélectionné en 1997.
Il faut être patient, car j’ai attendu plus de 10 ans mais la patience est un des secret de la réussite dans ce métier passionnant (sourire).
Q : Dans quel état d’esprit étiez-vous avant le décollage ? Etiez-vous détendu, stressé, angoissé…?
R : Tout ça à la fois (rires)… mais cela était un peu stressant, un peu plus que je ne l’imaginais (rires).
Mais en tant que professionnel, j’étais prêt et préparé à toutes sortes de situations qui pourraient arriver pendant le décollage.
Mais c’était surtout stressant pour la famille, les amis, les équipes au sol.
J’étais, nous étions prêt, à accomplir notre mission !
Q : Comment s’est passé le décollage ? Qu’avez-vous ressenti lors de ce décollage ?
R : Ni moi, ni mon équipage (Oleg Kornienko et Tracy Caldwell-Dyson) n’avions jamais volé en Soyouz.
C’était le premier vol pour nous tous, notre premier vol en Soyouz !
Une première expérience pour nous tous, qui s’ajoutait à mon sentiment d’avant le décollage.
A la joie de décoller, à mon léger stress, venait s’ajouter l’inconnu.
Il n’y avait personne dans la capsule nous ''rassurer'' mutuellement. Tracy avait déjà volé en navette mais jamais en Soyouz.
Au moment du décollage, il y a vraiment cette sensation, lorsque la fusée décolle, de ne plus être soutenu par la Terre.
C’est une sensation absolument fantastique !!!
La puissance est telle que l’on ressent cette sensation dans la moindre partie de son corps, et je comprends mieux Gagarine, qui lors de son vol, a lancé POYAKHELI (c’est parti) !
C’est impossible de ce taire à se moment-là ! On a envie de dire quelque chose, de crier quelque chose… C’est ce que j’ai fais, mais je ne sais plus ce que j’ai dis…(rires).
Q : Avez-vous pensé à autre chose que la mission ? Comment fait-on pour rester concentrer et opérationnel durant 6 mois dans l'espace ?
R : On a un travail à faire, on est assigné à une tâche, mais il est tout à fait normal, comme n’importe quel être humain, de ressentir des émotions, des pensées.
Cela s’échelonne en fonction de notre activité dans la station.
On pense à autre chose dès que l’on peut.
On essaie de mener ‘’une vie normale’’ malgré le fait que l’on soit à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.
On essaie de se créer un domicile, un entourage, une ambiance de chez soi, afin d’être bien, de se sentir bien !
Et quand tu vois de loin, cette Terre qui est grande, tu comprends à quel point notre Station Spatiale Internationale est petite, fragile.
Tu comprends à quel point ce volume dans lequel tu te trouves est limité.
Mais on s’y entraine, en fait, bien avant le départ afin de pas être dépaysé, désorienté, d’avoir le mal de la Terre, le mal de son chez soi, ce qui conduirait à l’échec de notre mission qui nous a été assignée.
Q : Etiez-vous triste de rentrer ? et comment s’est déroulé le retour ?
R : Niet… (sourire)
On avait bien envie de revenir sur Terre.
Notre mission était terminée et notre vol touchait à sa fin. Nous avions compris et accepter la fin de la mission.
Nous avons d’ailleurs été un peu gênés de ne pas repartir aussitôt comme prévu.
Notre départ a été retardé et repoussé suite à un mauvais fonctionnement de notre système de désamarrage.
Nous sommes repartis avec 24h de retard. Nous avons donc fait deux fois nos adieux à la station (sourire).
Le retour s’est déroulé comme prévu, même si nous nous sentions très lourd après tous ces mois passés en orbite.
Un peu comme certains manèges à sensations fortes de fêtes foraines.
Mais là, au moins, nous étions sûr d’être revenu sur la Terre.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire