mardi 12 octobre 2010

Interview de Michel Granger, artiste et créateur du logo du Premier Vol Habité français dans l'espace

Michel Granger est un peintre français, né à Rouanne en 1946.
Diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts à la fin des années 60, il travaille au début des années 70 dans des revues et pour la télévision.
Michel Granger est surtout connu pour les pochettes de disques de Jean-Michel Jarre qu'il a réalisées et ses oeuvres relatives à la Terre.
Artiste aux multiples facettes, il excelle aussi bien dans le ''gigantisme'', comme avec ses oeuvres Traces ou Empreintes faites avec des chenilles de chars d'assault Leclerc ou AMX-10, et dans le ''miniaturisme'' puisqu'il est le créateur de plusieurs timbres-postes pour la France et les Nations-Unies.
En 1982, il créé le logo du Premier Vol Habité français pour la mission Soyouz T-6 qui verra Jean-Loup Chrétien devenir le premier français dans l'espace.
Starman, nom de l'oeuvre donné par Michel Granger à ce logo, est reconnu comme l'un des plus beaux logos/patchs de missions spatiales jamais créé.
Le cosmonaute Alexeï Leonov, premier homme à marcher dans l'espace et aussi peintre de talent, a baptisé ce logo : l'Apiculteur...
L'oeuvre de Michel Granger est mondialement connue et reconnue...
Il vient ici nous parler de son travail de création au sujet du logo de PVH et des timbres-postes qu'il a réalisé.
Interview réalisée en 2010 dans son atelier parisien.
Q : Comment avez-vous été ‘’choisi’’ pour la création du patch de la première mission spatiale habitée française ?
R : Moi, j’avais rencontré Daniel Meslée, et je l’ai rencontré, je m’en souviens, lors d’un dîner.
A l’époque je travaillais à la télé. C’était quelqu’un de la télé qui avait organisé ce dîner chez lui.
Et il y avait ce monsieur, qui m’a naturellement proposé de faire le logo.
Et moi, je n’étais pas trop, je ne savais pas trop, comment je pouvais faire un truc comme ça.
Et en fait, j’ai trouvé assez vite l’élément central, parce que pour moi, un mec qui part dans l’espace, c’est un homme-étoiles, c’était un personnage féérique composé d’étoiles.
C’est venu relativement vite. Je ne me souviens pas d’avoir cherché des jours et des jours, des heures et des heures, ça c’est sûr…
Bon, c’est aussi parce qu’ils l’ont accepté tout de suite ... (rires).
Parce que des fois, on trouve des idées comme ça, puis les gens n’acceptent pas. Donc on repart dans d’autres directions, et après, des fois on se perd.
Mais cela m’avait paru assez logique, pour moi, ce personnage, STARMAN, comme je l’ai appelé.
Q : Une fois que vous avez trouvé l’idée, le thème, vous a-t-il fallu beaucoup de dessins, d’esquisses ?
R : Si je recherche dans mes cartons, dans mes archives, je dois avoir tout cela, les esquisses, quotes, etc… Mais une fois, le personnage décidé, cela n’a pas été aussi facile.
Je sais qu’il y a eut des petites histoires par rapport au drapeau français à droite et drapeau soviétique à gauche, des petits trucs comme cela.
A cette époque, c’est des amis à moi, qui tenaient une agence, qui avaient récupéré la distribution du logo. Et je me souviens qu’il y avait eu un GROS problème.
Ils n’arrivaient pas à le faire fabriquer parce c’est du tissu spécial, et ignifugé pour les combinaisons, et qu’ils ne trouvaient personne en France pour le faire avec les étoiles brodées.
Cela a failli faire ‘’un incident diplomatique’’. Puis finalement, cela c’est fait en URSS, je ne sais plus chez qui.
Il n’est pas simple le logo à faire, avec les étoiles brodées.
Q : Au début, c’était des étoiles, puis cela a fini en points…
R : Bah, de toute façon, c’est toujours des points de pinceaux, c’est toujours des taches blanches (rires).
Mais le faire avec des fils, ce n’est pas évident…
Après, il y a eu es affiches, etc…
Moi, j’ai bien aimé faire ce travail.
Faire un logo comme cela, c’est super intéressant…
Q : Après, il a eu le timbre, le bloc. Lorsque l’on vous a dis ‘’On va faire un timbre du logo’’, qu’en avez-vous pensé ?
R : Je ne crois pas que cela ce soit passé comme ça.
Je crois tout simplement qu’on m’a dit un jour, tiens il y a un timbre qui a été fait…
Je n’avais plus les mains libres. Cela se passait en Russie, et ils ont dû faire plein de trucs avec, comme des cartes, etc…
En général, lorsque je fais un travail de ce genre, une commande, ils font ce qu’ils veulent avec… sous réserve bien sûr, que j’ai le BAT, que je n’ai jamais d’ailleurs… (rires), mais je laisse souvent faire pour que les gens puissent faire ce qu’ils veulent.
Q : Si vous aviez eu à faire le logo d’une mission spatiale passée, lequel auriez vous aimé faire ?
R : Toutes les missions sont intéressantes, je ne vois pas particulièrement ce que j’aurai aimé faire. Ou sûrement faire un logo, un dessin sur la Lune… oui, cela aurait été super …
Q : Puis vous êtes passé au timbre… Vous qui avez fait des œuvres monumentales, l’exemple de vos toiles avec des empreintes de chenilles de char d’assaut, comment arrive-t-on a passer du monumental au tout petit ?
R : Vous savez comment ? Quand vous êtes dans une voiture sur une autoroute, si vous avez une affiche, et bien si vous faites comme cela (entre pouce et index), vous voyez que l’affiche tient dans vos doigts, comme cela, avec la perspective.
Et bien, un dessin, vous le réduisez de la même façon.
S’il est bien fait, qu’il soit réduit ou agrandit, il garde toutes ses qualités, à condition qu’il soit bien lisible, bien construit.
Alors, en général, lorsque l’on travaille en petit, il faut, quand même, essayer de centrer sur une lecture rapide et facile.
Si je fais un dessin avec plein de personnages, ce n’est pas très bon pour un timbre… quoique…
La dimension n’est pas un problème pour moi…
Les timbres, j’en ai fais pas mal…
Pour les Nations Unies, j’en ai fais trois contre l’arme chimique.
Si ma mémoire est bonne, il y en a un qui devait sortir le jour de la guerre du Golfe.
Le Canard Enchaîné en avait parlé. Evidement, le timbre n’est pas sorti… La raison donnée était des erreurs à l’imprimerie, et qu’il avait fallu tout refaire.
Mais en fait, c’était bien la raison… technique et non politique… (rires). La date de sortie n’était qu’une coïncidence…
Puis j’ai fais une série de 6 timbres pour les Nations Unies sur la Prévention Routière, puis pour la France, j’en ai fais deux.
Ah, il y a aussi un autre timbre pour les Nations Unies qui n’est jamais sorti. Un timbre sur l’article 7 des Droits de l’Homme.
Q : Lorsque vous avez créé ces timbres, c’était dans le cadre d’un concours ou d’une commande spécifique ?
R : C’était à chaque fois des commandes. Je ne fais plus de concours (ndlr : la Poste demande à plusieurs artistes un projet de timbre sur un sujet, puis choisie celui qui lui convient). On ne s’investit pas de la même façon sur un concours…
Ah, si j’ai fais le concours des Marianne en timbre… Mais c’est différent, le timbre a une autre utilité que la commémoration. C’est pour un usage de tous les jours. J’avais bien aimé faire cela. Cela m’aurait plus d’avoir ma Marianne.
Q : Dans les années 70, vous avez travaillé avec une maison philatélique, la maison Thiaude, pour illustrer des enveloppes 1er jour…
R : Ah oui… ce remonte à loin (rires). C’est Claude Andreotto qui m’avait demandé cela…
Q : Sur certaines, on reconnait des illustrations que vous avez reprises plus tard pour Jean-Michel Jarre, l’album Equinoxe…
R : Oui, il y en a une… ce n’est pas tout à fait la même…
A l’origine, c’était une illustration pour un journal. J’aimais bien faire cela… Pour moi, c’était facile. Je me souviens avoir fait cela très vite, naturellement…
J’aime bien faire les timbres.
Pour la Prévention Routière, pour moi, la Prévention routière, c’est la carte… donc très vite, je peux dessiner, m’exprimer dessus…
Mais maintenant, il y a le GPS, il faudrait faire la même chose avec des images de cartes de synthèse (rires).
Pour les timbres des Nations Unies, je fais tous relire…
Le ‘’Books not Guns’’ avait été très difficile à faire.
Avec les Nations Unies, c’est très politique. Ces timbres, ce sont des gens des Nations Unies qui les utilisent, qui les mettent sur leurs enveloppes. Il faut faire attention à ne froisser aucune suceptibilité.
Q : Quel effet cela vous fait de voir une de vos œuvres sur des enveloppes, une œuvre qui voyage aux quatre coins du monde ?
R : J’adore cela … C’est vraiment un truc qui me plaît.
J’ai bien aimé travailler sur des cartes postales, sur des timbres, sur ce qui véhicule une image…
Le timbre, c’est extraordinaire…
Malgré sa petite taille, un timbre c’est monumental…
Si on les mets les uns à côté des autres lorsqu’ils ont tirés à des millions d’exemplaires, c’est monumental…
Ce sont des objets quotidiens, ce sont des images quotidiennes, qui ont beaucoup d’importance.
Les gens les choisissent afin que l’on s’en souvienne… Ils véhiculent un message…
Pour moi, faire un timbre, ce n’est pas mineur du tout, bien au contraire…
La fonction de l’image est de circuler, d’être vue… et le timbre répond à cette fonction, plus qu’un tableau original… Mais l’un ne vas pas sans l’autre…

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